PrĆœfacede Bernard de Fallois (Paris : Gallimard, [1954]). Nous renvoyons au texte de La Recherche par la simple mention du volume et de la page (par exemple : I, 121). Pour Contre Sainte-Beuve, nous usons du sigle CSB. 2 Jean Pouillon, Ç Les R‱gles du Je È, Les Temps Modernes, XII (19561957), 1594. Ñ 10 Ñ deux moments de la
EXPÉRIENCES DU PRÉSENT TEXTES Vous trouverez les textes suivants dans le cadre du dossier Le Temps vĂ©cu » SÉNÈQUE De la briĂšvetĂ© de la vie extrait saint AUGUSTIN Confessions, livre XI extrait. MONTAIGNE Essais, II, XII, Apologie de Raymond Sebond extrait Essais, III, 13, De l'expĂ©rience extrait Blaise PASCAL, De l'esprit gĂ©omĂ©trique extrait Jean-Jacques ROUSSEAU Les RĂȘveries du promeneur solitaire extrait Emmanuel KANT Anthropologie du point de vue pragmatique extrait Charles BAUDELAIRE L'Horloge Les Fleurs du Mal Marcel PROUST Du cĂŽtĂ© de chez Swann extrait. Charles PÉGUY Note conjointe sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne extrait Henri BERGSON La PensĂ©e et le mouvant extrait COLETTE La Maison de Claudine extrait Jules SUPERVIELLE Les chevaux du Temps Jean-Paul SARTRE La NausĂ©e extrait ALAIN ElĂ©ments de philosophie extrait CIORAN Le Livre des leurres La Chute dans le temps extraits Ernst BLOCH Le principe EspĂ©rance extrait Claude MAURIAC Le Temps immobile VI extrait AndrĂ© COMTE-SPONVILLE TraitĂ© de la bĂ©atitude et du dĂ©sespoir extrait Jean ONIMUS Bonheurs, bonheur extrait. Corpus de citations. Accueil du site Magister Vocabulaire Types de textes Genres littĂ©raires Explication de texte Le commentaire Texte argumentatif La dissertation Parcours ƒuvres intĂ©grales Dossiers BTS Liens
Sangde la terre, 1995, 254 pp. [Autorisation accordĂ©e par les ayant-droit et les traducteurs, MM. Jacques Grinevald et Ivo Rens, UniversitĂ© de GenĂšve, le 17 fĂ©vrier 2004] Courriel: Ivo.Rens@ de caractĂšres utilisĂ©e : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points. Édition
DerniĂšre mise Ă  jour 07/06/2021 ‱ ProposĂ© par Pierre-Jean Haution professeur Texte Ă©tudiĂ© D’oĂč viennent les idĂ©es qui s’échangent? Il ne faut pas croire que la vie sociale soit une habitude acquise et transmise. L’homme est organisĂ© pour la citĂ© comme la fourmi pour la fourmiliĂšre, avec cette diffĂ©rence pourtant que la fourmi possĂšde les moyens tout faits pour atteindre le but, tandis que nous apportons ce qu’il faut pour les rĂ©inventer et par consĂ©quent pour en varier la forme. Chaque mot de notre langue a donc beau ĂȘtre conventionnel, le langage n'est pas une convention, et il est aussi naturel Ă  l'homme de parler que de marcher. Or quelle est la fonction primitive du langage? C'est d’établir une communication en vue d'une coopĂ©ration. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il dĂ©crit. Dans le premier cas, c’est l’appel Ă  l’action immĂ©diate, dans le second, c’est le signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriĂ©tĂ©s, en vue de l'action future. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la fonction est industrielle, commerciale militaire, toujours sociale. Les choses que le langage dĂ©crit ont Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©es dans le rĂ©el par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriĂ©tĂ©s qu'il dĂ©crit sont les appels de la chose Ă  une activitĂ© humaine. Le mot sera donc le mĂȘme ... quand la dĂ©marche suggĂ©rĂ©e sera la mĂȘme, et notre esprit attribuera Ă  des choses diverses la mĂȘme propriĂ©tĂ©, se les reprĂ©sentera de la mĂȘme maniĂšre, les groupera enfin sous la mĂȘme idĂ©e, partout oĂč la suggestion du mĂȘme parti Ă  tirer, de la mĂȘme action Ă  faire, suscitera le mĂȘme mot. Telles sont les origines du mot et de l'idĂ©e. Bergson, La PensĂ©e et le Mouvant Ce corrigĂ© est disponible sur un site externe Ă  20aubac. En cas de problĂšme d'accĂšs Ă  la page originale, vous pouvez accĂ©der aux copies enregistrĂ©es. Consultez ce corrigĂ© Copie Copie format PDF
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Dissertationde 11 pages en culture générale & philosophie publié le 17 juillet 2006: Bergson : La pensée et le mouvant ; seconde partie de l'introduction ; p.84-86 : « Qu'est-ce en effet que l'intelligence ?. Ce document a été mis à jour le 17/07/2006

A quoi vise l'art, sinon Ă  nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă  un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. Au fur et Ă  mesure qu'ils nous parlent, des nuances d'Ă©motion et de pensĂ©e nous apparaissent qui pouvaient ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l'image photographique qui n'a pas encore Ă©tĂ© plongĂ©e dans le bain oĂč elle se rĂ©vĂ©lera. Le poĂšte est ce rĂ©vĂ©lateur. [...] Remarquons que l'artiste a toujours passĂ© pour un idĂ©aliste ». On entend par lĂ  qu'il est moins prĂ©occupĂ© que nous du cĂŽtĂ© positif et matĂ©riel de la vie. C'est, au sens propre du mot, un distrait ». Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă  y voir plus de choses? On ne le comprendrait pas, si la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes n'Ă©tait une vision que notre attachement Ă  la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă  rĂ©trĂ©cir et Ă  vider. De fait, il serait aisĂ© de montrer que, plus nous sommes prĂ©occupĂ©s de vivre, moins nous sommes enclins Ă  contempler, et que les nĂ©cessitĂ©s de l'action tendent Ă  limiter le champ de la vision. Henri Bergson. La pensĂ©e et le mouvant, 1938. PUF, Quadrige1990. Ă  151. ThĂšme L'art. La perception. Question Quelle est la finalitĂ© de l'art ? Vise-t-il seulement Ă  exprimer un Ă©tat Ă©motionnel, une psychologie individuelle avec sa particularitĂ© et son arbitraire comme semble le croire la vulgate dĂ©posĂ©e dans les copies d'Ă©lĂšves ? Avec cette question, Bergson nous invite Ă  interroger l'essence de l'art et Ă  affronter la question au niveau qui est celui du grand art. Exit la miĂšvrerie psychologisante ; la grande affaire des artistes n'est pas le divan du psychanalyste et son horizon Ă©gotiste, c'est le rĂ©el tel qu'il s'offre Ă  une libertĂ© qui s'en empare et en interroge l'ĂȘtre. A quoi vise donc l'activitĂ© artistique ? ThĂšse À nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience » rĂ©pond Bergson. L'art fait voir ce qu'ordinairement on ne sait pas voir. Il dĂ©couvre Ă  nos regards ce qui s'y trouve depuis toujours mais demeure cachĂ© sans le dĂ©voilement qu'en opĂšre l'artiste. Au fond l'art atteste qu' une extension des facultĂ©s de percevoir est possible » Ibid, Ce qui conduit Bergson Ă  affronter une nouvelle question. Question Comment rendre compte de cette possibilitĂ© ? Qu'est-ce qui permet ce pouvoir rĂ©vĂ©lateur de l'art ? ThĂšse La rĂ©ponse bergsonienne tient du paradoxe. Si la peinture, la littĂ©rature ont un pouvoir de rĂ©vĂ©lation, c'est que l'artiste est moins attachĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© » que le commun des hommes. Tout se passe comme si sa distraction », son dĂ©tachement Ă©tait le vecteur d'une perception plus Ă©clairante dans laquelle chacun retrouve sa propre expĂ©rience mais une expĂ©rience ayant besoin de l'artiste pour prendre conscience d'elle-mĂȘme. Que faut-il entendre par lĂ  ? Explication dĂ©taillĂ©e I L'art est rĂ©vĂ©lation de ce qui est. L'art donne Ă  voir apprend-on. Il montre, il fait surgir dans un matĂ©riau sensible un contenu insĂ©parable de la forme glorieuse dans laquelle il s'exhibe. La question est de savoir ce qu'il en est de ce contenu. Est-ce une rĂ©alitĂ© créée de toute piĂšce par l'artiste de telle sorte que l'art ouvrirait sur des fantaisies ou des mythologies personnelles ? Le propos bergsonien dissuade d'emblĂ©e d'envisager ainsi la crĂ©ation artistique en soulignant que l'art renvoie Ă  l'expĂ©rience humaine universelle. Il met en jeu les donnĂ©es universelles de l'expĂ©rience des hommes. D'une part ce qui est et qui est constituĂ© aussi bien du monde extĂ©rieur, dĂ©signĂ© dans le texte par le mot de nature, que du monde intĂ©rieur, celui que le texte dĂ©signe comme monde de l'esprit. D'autre part les sens et la conscience. C'est, en effet, par l'intuition sensible ou par l'intuition que la conscience a de ses Ă©tats et des ses actes que nous avons accĂšs aux donnĂ©es naturelles ou spirituelles. La montagne qui se dĂ©coupe lĂ -bas, le petit coin de ciel bleu ou de mur jaune qui surgit dans le champ de vision sont ce qui existe pour nous par la mĂ©diation des sens et de la conscience. C'est pareil pour la vie de l'Ăąme avec ses modulations affectives, ses rĂȘves, ses joies et ses souffrances. Elle requiert un acte de la conscience pour ĂȘtre perçue. Or les sens et la conscience sont-ils par principe attentifs Ă  l'infinie richesse du rĂ©el ? Il semble que non et ce qui l'atteste, selon Bergson, c'est l'expĂ©rience mĂȘme de l'art. Il y a, en effet, depuis des siĂšcles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement ». Ibid, La rĂ©flexion sur l'art engage donc une rĂ©flexion sur la perception car si la finalitĂ© de l'art est de porter Ă  l'expression ce qui existe et que nous ne savons pas voir, cela signifie que la facultĂ© perceptive n'accomplit pas parfaitement sa fonction. PB Qu'est-ce que la perception et pourquoi est-elle en dĂ©faut par rapport au rĂ©el auquel elle renvoie ? La perception est la fonction de notre rapport au rĂ©el. C'est par elle que nous nous reprĂ©sentons des objets dans l'espace, que nous formons une image de ce qui existe, et ce n'est pas une mince affaire de savoir comment s'Ă©labore cette reprĂ©sentation. Suppose-t-elle une passive rĂ©ception de ce qui est donnĂ© aux sens et Ă  la conscience ? A l'Ă©vidence non puisque le monde perçu varie d'un sujet Ă  un autre et qu'avec Bergson on peut faire de la perception la pierre de touche de la distinction de l'artiste et du commun des hommes. Il semble donc qu'elle soit tributaire d'une maniĂšre de se projeter vers les choses, de les configurer de telle sorte que le sujet percevant intervient activement dans la construction de l'objet perçu. OpĂ©ration complexe donc que la perception, l'enjeu de ce texte Ă©tant d'Ă©tablir que la fonction de notre ouverture au rĂ©el, peut ĂȘtre moins ce qui nous le rĂ©vĂšle que ce qui fait Ă©cran et tisse un voile empĂȘchant d'accĂ©der Ă  la rĂ©alitĂ© des choses. Le donnĂ© avec sa richesse et son originalitĂ© n'apparaĂźt pas nĂ©cessairement aux sens et Ă  la conscience dans la clartĂ© de son offrande. Il ne frappe pas explicitement nos sens et notre conscience » dit Bergson. Entendons, il est possible que nous n'y soyons pas sensibles ou attentifs. Ce qui n'est pas explicitĂ© » est, en effet, ce qui n'est pas portĂ© Ă  la lumiĂšre du jour, ce qui reste cachĂ©, ce qui demeure invisible au regard ou Ă  la conscience. Ces effets d'occultation » sont le lot de la perception commune. Ex La coupe de fruits sur la table de la cuisine est bien perçue par la cuisiniĂšre mais il faut le grand art de CĂ©zanne pour rendre visible ce que l'on voit sans le voir vraiment la profondeur, le veloutĂ©, la mollesse, la duretĂ© mĂȘme des objets - CĂ©zanne disait mĂȘme leur odeur » Merleau-Ponty dans le doute de CĂ©zanne, Sens et non sens, Gallimard, p. 20. Ex De mĂȘme il faut l'art de Turner pour dĂ©voiler le paysage comme atmosphĂšre et on ne voit plus la lagune de Venise aprĂšs lui comme on la voyait avant. Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-lĂ , ont aperçu dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. - Dira-t-on qu'ils n'ont pas vu, mais créé, qu'ils nous ont livrĂ© des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu'elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement Ă  regarder la nature Ă  travers l'image que les grands peintres nous en ont tracĂ©e ? C'est vrai dans une certaine mesure; mais, s'il en Ă©tait uniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines oeuvres - celles des maĂźtres qu'elles sont vraies ? oĂč serait la diffĂ©rence entre le grand art et la pure fantaisie ? Approfondissons ce que nous Ă©prouvons devant un Turner ou un Corot nous trouverons que, si nous les acceptons et les admirons, c'est que nous avions dĂ©jĂ  perçu quelque chose de ce qu'ils nous montrent. Mais nous avions perçu sans apercevoir. C'Ă©tait, pour nous, une vision brillante et Ă©vanouissante, perdue dans la foule de ces visions Ă©galement brillantes, Ă©galement Ă©vanouissantes, qui se recouvrent dans notre expĂ©rience usuelle comme des dissolving views» et qui constituent, par leur interfĂ©rence rĂ©ciproque, la vision pĂąle et dĂ©colorĂ©e que nous avons habituellement des choses. Le peintre l'a isolĂ©e; il l'a si bien fixĂ©e sur la toile que, dĂ©sormais, nous ne pourrons nous empĂȘcher d'apercevoir dans la rĂ©alitĂ© ce qu'il y a vu lui-mĂȘme. » La pensĂ©e et le mouvant, Si la peinture Ă©largit la facultĂ© perceptive, la littĂ©rature enrichit la conscience de la vie intĂ©rieure. Les romanciers comme les musiciens font entendre ou figurent dans des personnages la petite musique de l'Ăąme. Stendhal peint par exemple les Ă©motions, les dĂ©sirs, les espĂ©rances, les dĂ©ceptions de Julien Sorel, de Madame de RĂȘnal ou de Mathilde de la Mole, dans Le Rouge et le Noir. Comment pourrions-nous vivre de la vie de ces hĂ©ros s'ils ne nous parlaient pas de nous-mĂȘmes ? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă  un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. » affirme Bergson. De fait qu'est-ce qui fait du personnage d'Emma Bovary une grande crĂ©ation littĂ©raire ? Il est vrai que Flaubert disait Madame Bovary c'est moi », mais si la tendance Ă  fuir dans une vie fantasmatique la mĂ©diocritĂ© de son quotidien social et sentimental, si le dĂ©sir d'ĂȘtre autre chose que ce que l'on est n'avaient pas un Ă©cho en chacun de nous, Flaubert ne serait pas l'auteur d'une grande Ɠuvre d'art. Le bovarysme n'aurait-il pas son siĂšge dans quelques uns des sous-moi qui composent notre complexe nature psychologique ? » demande judicieusement Georges Palante dans son essai sur le bovarysme 1903. C'est parce que le romancier a su Ă©lever son expĂ©rience Ă  l'universel qu'il nous Ă©meut. Son gĂ©nie est de peindre un Ă©tat de notre Ăąme, si passager, si furtif pour certains qu'ils n'en soupçonnent mĂȘme pas l'existence. Lui, en rĂ©vĂšle les multiples nuances, les couleurs changeantes et en suivant Emma dans son exaltation ou son dĂ©sespoir, dans ses rĂȘves ou dans son ressentiment, Flaubert nous permet de dĂ©couvrir une part de nous-mĂȘmes qui nous Ă©tait inconnue ou du moins si peu sensible que nous ne la remarquions mĂȘme pas. Il eĂ»t fallu pour cela ĂȘtre attentif Ă  la durĂ©e et Ă  son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, thĂšme cher Ă  notre philosophe. Tout ce qui existe dĂ©ploie son ĂȘtre dans le temps et celui-ci se caractĂ©rise par l'absence d'homogĂ©nĂ©itĂ©. Le temps vĂ©cu n'est pas le temps des horloges, temps mathĂ©matique oĂč une heure est identique Ă  une heure ; c'est la durĂ©e oĂč chaque instant est unique, diffĂ©rent d'un autre au point qu'ĂȘtre fidĂšle au rĂ©el impliquerait une disponibilitĂ© permanente Ă  l'imprĂ©visible nouveautĂ© des choses extĂ©rieures et intĂ©rieures. Il y a une minute du monde qui passe, il faut la peindre dans sa rĂ©alitĂ© » disait CĂ©zanne. Comme le peintre, le poĂšte essaie de capter la vie mouvante de l'Ăąme, ses couleurs changeantes, ses ombres et ses clartĂ©s. Il s'agit de dĂ©voiler sous la pauvretĂ© de ce qui apparaĂźt Ă  une perception rĂ©trĂ©cie une rĂ©alitĂ© concrĂšte que seule une attention pĂ©nĂ©trante peut mettre Ă  jour. L'artiste est l'homme de cette attention. En lui la nature ou l'Ăąme se sent, se pense et s'exprime. C'est dire que l'artiste ne fait pas exister arbitrairement ce qu'il dĂ©peint. Ni il ne le crĂ©e absolument, ni il ne se contente de l'imiter. Il n'invente pas ; il dĂ©couvre au regard une rĂ©alitĂ© prĂ©existante. Il n'imite pas car l'opĂ©ration de dĂ©voiler est toujours transposition d'une rĂ©alitĂ© dans un Ă©lĂ©ment le poĂšme, le roman, la peinture, la musique d'une autre nature et dont les contraintes exigent de ruser avec le rĂ©el pour en restituer la vĂ©ritĂ©. L'esthĂ©tique de la mimesis n'a jamais Ă©tĂ© une invitation Ă  reproduire le rĂ©el, le propos aristotĂ©licien disant que l'art imite la nature ou l'achĂšve» signifiant que l'artiste doit ĂȘtre un aussi bon artiste que la nature pour porter Ă  l'expression ce qu'il cherche Ă  en montrer. Or pour rivaliser avec la nature, il faut savoir lui ĂȘtre infidĂšle. Le corps humain n'a jamais eu les proportions de la statuaire grecque mais ce sont ces proportions qui en montrent la force et l'harmonie. L'homme qui marche n'a jamais eu les deux pieds rivĂ©s au sol, comme dans l'Ɠuvre de Rodin, mais sans cette ruse, le mouvement serait suspendu. L'art est un mensonge qui dit la vĂ©ritĂ© ; tous les artistes le proclament Ă  leur façon. La servile reproduction ne dĂ©voile rien. Quel intĂ©rĂȘt aurait une activitĂ© se contentant de reproduire ce qui se donne Ă  la perception immĂ©diate ? La vocation de l'art consiste Ă  dĂ©chirer les apparences qui dissimulent sous leur abstraction le concret pour faire apparaĂźtre ce qui n'apparaĂźt pas Ă  la perception banale. Bergson recourt Ă  une image pour illustrer la fonction rĂ©vĂ©latrice de l'art. Ce qui se passe dans l'art est comparable Ă  ce qui se passe pour l'image photographique. Le bain dans lequel on plonge la pellicule pour faire apparaĂźtre l'image ne crĂ©e pas cette derniĂšre, il ne fait que la rĂ©vĂ©ler mais sans la solution nĂ©cessaire Ă  la fixation de l'image, celle-ci demeurerait invisible. Ainsi en est-il de l'art. L'artiste n'invente pas la rĂ©alitĂ© qu'il donne Ă  voir mais sans lui elle demeurerait invisible. La question est donc maintenant de comprendre pourquoi il a ce pouvoir. II La raison d'ĂȘtre de ce pouvoir. Et ce n'est pas un moindre paradoxe de dĂ©couvrir que si l'artiste est le rĂ©vĂ©lateur du rĂ©el, c'est parce qu'Ă  la diffĂ©rence des autres hommes, il y est moins attachĂ© ». Il est, dit-on, un distrait », un idĂ©aliste ». Quelle que soit la dĂ©nomination, on signifie que l'artiste n'est pas inscrit dans le rĂ©el comme les hommes le sont ordinairement. Fait Ă©tonnant. Bergson s'y attarde en mettant en Ă©vidence le paradoxe Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă  y voir plus de choses ? ». On a plutĂŽt tendance Ă  penser qu'il faut ĂȘtre solidement arrimĂ© au rĂ©el pour le voir. Or l'artiste incarne le contraire de ce qui se revendique comme modalitĂ© d'ĂȘtre rĂ©aliste ». Le rĂ©aliste se croit au plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© parce que les besoins et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels des hommes sont ce qui structure son rapport au rĂ©el. Il a les pieds sur terre », lui ; il a le souci de l'utilitĂ© et de l'efficacitĂ© ! Il est Ă©tranger Ă  ce qu'il qualifie d'idĂ©alisme » Ă  savoir cette façon d'exister comme une sensibilitĂ© et une spiritualitĂ© libre, laissant subsister le rĂ©el dans son Ă©trange prĂ©sence pour en faire un objet de contemplation. La rĂ©alitĂ© est pour lui le corrĂ©lat de sa maniĂšre intĂ©ressĂ©e de se projeter vers elle. Aux antipodes de son affairement, de son pragmatisme, l'artiste lui semble dans la lune ». Sa maniĂšre d'ĂȘtre au monde est si dĂ©tachĂ©e de ses prĂ©occupations utilitaires qu'il lui semble en retrait, sur une autre planĂšte », et c'est ce que connote l'idĂ©e de distraction. Le distrait est aveugle Ă  ce qui Ă©blouit les yeux des autres. Il ne voit pas ce qu'ils voient. Il a une maniĂšre d'ĂȘtre prĂ©sent au monde donnant le sentiment de l'absence. Les liens tissant les rapports des autres au rĂ©el sont chez lui comme suspendus. Bergson insiste sur son dĂ©tachement ». Le dĂ©tachement est la vertu que l'on reconnaĂźt habituellement au philosophe parce que le travail de la pensĂ©e exige le recul, la distance, la mise hors jeu des dĂ©sirs, des passions et des intĂ©rĂȘts matĂ©riels dont l'effet est de dĂ©tourner l'esprit de sa fin propre, Ă  savoir de la recherche de la vĂ©ritĂ©. C'est aussi celle de l'artiste, selon Bergson, mais chez lui le dĂ©tachement n'est pas le rĂ©sultat d'une ascĂšse. Il n'est pas volontaire, conquis, il est un Ă©tat naturel ». Tout se passe comme si la nature avait donnĂ© Ă  certains hommes le don de sentir ou de penser autrement que le commun des hommes. Pour prendre la mesure de leur singularitĂ©, il convient de dĂ©crire la maniĂšre usuelle d'ĂȘtre au monde. Elle se caractĂ©rise par le privilĂšge de l'action sur la contemplation et par le rĂ©trĂ©cissement du champ de vision. Pourquoi ? Parce que vivre c'est agir. Il y a lĂ  une urgence de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Nous avons des besoins Ă  satisfaire, des intĂ©rĂȘts vitaux et nous sommes tout naturellement enclins Ă  ne saisir du rĂ©el que ce qui est en rapport avec ces besoins et ces intĂ©rĂȘts matĂ©riels. L'arbre en fleurs est pour le paysan la promesse d'une bonne rĂ©colte, il n'en perçoit que ce qu'il lui est utile d'en percevoir. Sa perception est intĂ©ressĂ©e, ses prĂ©occupations le dĂ©tournant de regarder l'arbre Ă  la maniĂšre du peintre Bonnard. Ce dernier ne le voit pas pour ce qu'il pourra en tirer, il le voit pour lui-mĂȘme. Les formes, les couleurs, les volumes de l'amandier en fleurs s'imposent Ă  lui dans l'Ă©nigme de leur visibilitĂ©. Dans son texte d'hommage Ă  Berthe Morisot, ValĂ©ry insiste sur cette caractĂ©ristique du peintre d'ĂȘtre affranchi d'un rapport pragmatique au rĂ©el. A la diffĂ©rence du paysan, du militaire et du gĂ©ologue qui ne voient du paysage que ce qui fait sens pour leurs intĂ©rĂȘts, celui-ci est chose vue, simplement vue pour l'artiste peintre. Aux nĂ©cessitĂ©s de l'action structurant la perception des uns, s'oppose l'attitude contemplative de l'autre. Si l'on rajoute que pour les besoins de l'action, il a fallu dĂ©signer les choses par des mots, des mots qui finissent par se substituer Ă  elles de telle sorte qu'on ne les voit plus dans leur originalitĂ© et leur unicitĂ© mais on se contente des Ă©tiquettes que le langage a collĂ©es sur elles, on comprend que la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes soit une vision que notre attachement Ă  la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă  vider et Ă  rĂ©trĂ©cir ». A l'opposĂ©, le dĂ©sintĂ©rĂȘt des artistes pour l'action et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels les rend disponibles pour une perception plus profonde de la rĂ©alitĂ©. Ils sont sensibles en gĂ©nĂ©ral par un seul sens et attentifs au concret, Ă  son caractĂšre unique, original, mouvant. Leur perception est ouverte au don infiniment renouvelĂ© de la rĂ©alitĂ© pure. Elle en a la densitĂ© et, grĂące Ă  eux, la perception commune rĂ©trĂ©cie et vidĂ©e » s'Ă©largit et s'enrichit. Il est donc bien vrai que l'art donne Ă  voir. Il n'imite pas le visible, il rend visible » disait Klee. Il ouvre sur un monde qui, en un certain sens, est bien le monde de tel ou tel artiste car le sensible est toujours au point de convergence du sentant et du senti et le sentant est irrĂ©ductiblement un ĂȘtre singulier. C'est CĂ©zanne ou Flaubert. Mais si ce monde Ă©tait purement subjectif, l'oeuvre serait privĂ©e de toute puissance d'Ă©motion esthĂ©tique. Car, ainsi que l'Ă©crit Mikel Dufrenne Le critĂšre de la vĂ©racitĂ© esthĂ©tique, c'est l'authenticitĂ© Ă  travers l'auteur de l'oeuvre, s'il est inspirĂ©, il semble que ce soit le monde comme Nature naturante qui nous fasse signe, et nous donne Ă  dĂ©chiffrer un de ses visages. Chaque monde singulier est un possible du monde rĂ©el. [..] Le monde, c'est l'inĂ©puisable il dĂ©borde toujours ce que vivent, comme leur principal souci et leur principale tĂąche, les hommes d'une Ă©poque » EsthĂ©tique et philosophie, Klincksieck, p. 26. NĂ©anmoins peut-on affirmer que le monde ouvert par l'artiste procĂšde d'un accĂšs direct Ă  la rĂ©alitĂ©? Bergson le soutient dans de nombreux textes La nature a oubliĂ© d'attacher leur facultĂ© de percevoir Ă  leur facultĂ© d'agir. Quand ils regardent une chose, ils la voient pour elle, et non plus pour eux. Ils ne perçoivent plus simplement en vue d'agir ; ils perçoivent pour percevoir, - pour rien, pour le plaisir. Par un certain cĂŽtĂ© d'eux-mĂȘmes, soit par leur conscience soit par un de leurs sens, ils naissent dĂ©tachĂ©s ; et selon que ce dĂ©tachement est celui de tel ou tel sens, ou de la conscience, ils sont peintres ou sculpteurs, musiciens ou poĂštes. C'est donc bien une vision plus directe de la rĂ©alitĂ© que nous trouvons dans les diffĂ©rents arts ; et c'est parce que l'artiste songe moins Ă  utiliser sa perception qu'il perçoit un plus grand nombre de choses » Ibid, p. 152, 153. Dans Le rire, il Ă©crit aussi Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des Ăąmes plus dĂ©tachĂ©es de la vie. Je ne parle pas de ce dĂ©tachement voulu, raisonnĂ©, systĂ©matique, qui est oeuvre de rĂ©flexion et de philosophie. Je parle d'un dĂ©tachement naturel, innĂ© Ă  la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une maniĂšre virginale, en quelque sorte, de voir, d'entendre ou de penser. Si ce dĂ©tachement Ă©tait complet, si l'Ăąme n'adhĂ©rait plus Ă  l'action par aucune de ses perceptions, elle serait l'Ăąme d'un artiste comme le monde n'en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts Ă  la fois, ou plutĂŽt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur puretĂ© originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matĂ©riel que les plus subtils mouvements de la vie intĂ©rieure. » PUF, p. 120. 1900. Si l'on peut suivre Bergson dans l'idĂ©e qu'une perception dĂ©livrĂ©e des limites du besoin, des prĂ©occupations utilitaires et des conventions linguistiques est sans doute plus disponible Ă  la richesse du donnĂ© que celle qui en est prisonniĂšre, en revanche il est difficile de le suivre lorsqu'il parle d'une maniĂšre virginale » de percevoir permettant de saisir les choses dans leur puretĂ© originelle ». Car cette idĂ©e d'une virginitĂ© possible des sens et de la conscience n'est-elle pas une illusion ? Les sens et la conscience ne sont-ils pas irrĂ©ductiblement des mĂ©diations dans le rapport au rĂ©el et ces mĂ©diations peuvent-elles jamais ĂȘtre virginales ? Ce serait oublier qu'elles ont Ă©tĂ© Ă©duquĂ©es dans un contexte culturel, qu'elles portent la marque d'une subjectivitĂ© mĂȘme si elle est Ă©levĂ©e Ă  l'universel, et surtout qu'elles ne sont pas des instruments passifs dans la reprĂ©sentation. Le donnĂ© est toujours l'objet d'une transposition et toute transposition implique une part de construction. Peut-on sĂ©rieusement prĂ©tendre que l'artiste Ă©chapperait aux lois gĂ©nĂ©rales de la perception ? Telle Ă©tait l'aspiration des grands artistes modernes. Les Monet, Gauguin, CĂ©zanne, Malevitch, Klee Ă©taient obsĂ©dĂ©s par le souci de retrouver un rapport au rĂ©el vierge de toutes les influences d'une civilisation dont ils voulaient secouer le joug. Ils ont produit de grandes Ɠuvres. Peut-on dire pour autant qu'ils nous ont donnĂ© accĂšs Ă  la puretĂ© originelle des choses ? Conclusion Il y a dans ce texte une conception originale de l'art. Bergson soutient que l'art est une voie d'accĂšs plus directe Ă  la rĂ©alitĂ© que la perception commune car les sens et la conscience de l'artiste sont en consonance avec le rĂ©el. Ce statut d'exception tient au fait que la nature a fait naĂźtre des Ăąmes qui, de maniĂšre innĂ©e, sont dĂ©tachĂ©es de la vie, ce dĂ©tachement naturel Ă©tant la garantie d'une maniĂšre virginale de percevoir. ThĂšse intĂ©ressante mais problĂ©matique. La question est en derniĂšre analyse de savoir s'il suffit d'ĂȘtre dĂ©livrĂ© des intĂ©rĂȘts pragmatiques pour mieux voir et faire disparaĂźtre les mĂ©diations. Est-il lĂ©gitime de prĂ©tendre qu'il y a pour l'homme une intuition possible de l'immĂ©diat ? C'est en tout cas ce qu'affirme Bergson. Par l'Ă©largissement de la facultĂ© perceptive et de la conscience qu'il implique, l'art a l'insigne privilĂšge de dĂ©truire les mĂ©diations occultantes pour donner accĂšs Ă  la rĂ©alitĂ© pure.

ï»żexplicationde texte bergson l'Ă©nergie spirituelle la conscience. Tristan Et Iseut Chapitre 4 Analyse, Assassin's Creed Odyssey Valeurs Familiales HĂ©rodote, Pliage Oiseau Papier Facile, Laurier Du Caucase Allergie, Le Petit Corps Culbutant De Travers, Aphasie Mots FlĂ©chĂ©s, ClĂ© D'identification Des Insectes, Robot Tondeuse Husqvarna, Boucle D'oreille Double Trou Or, Voici le texte intĂ©gral de la lettre de Spinoza Ă  propos de la libertĂ©, adressĂ©e Ă  G. H. texte complet de la lettre est suivi par un commentaire de texte, qui constitue une correction possible si le sujet vous est posĂ© lors d’une Ă©preuve de corrigĂ©s vous permettront de mieux comprendre le texte et expliquent ce qu’il faut lire derriĂšre les lignes. NĂ©anmoins, la lecture de la lettre originale est importante avant de lire la correction – commentaire de intĂ©gral de la lettre de Spinoza sur la libertĂ©J’appelle libre, quant Ă  moi, une chose qui est et agit par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature ; contrainte, celle qui est dĂ©terminĂ©e par une autre Ă  exister et Ă  agir d’une certaine façon par exemple, existe librement bien que nĂ©cessairement parce qu’il existe par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature. De mĂȘme aussi Dieu se connaĂźt lui-mĂȘme librement parce qu’il existe par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature. De mĂȘme aussi Dieu se connaĂźt lui-mĂȘme et connaĂźt toutes choses librement, parce qu’il suit de la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la libertĂ© dans un libre dĂ©cret mais dans une libre descendons aux choses créées qui sont toutes dĂ©terminĂ©es par des causes extĂ©rieures Ă  exister et Ă  agir d’une certaine façon dĂ©terminĂ©e. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose trĂšs simple une pierre par exemple reçoit d’une cause extĂ©rieure qui la pousse, une certaine quantitĂ© de mouvements et, l’impulsion de la cause extĂ©rieure venant Ă  cesser, elle continuera Ă  se mouvoir nĂ©cessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nĂ©cessaire, mais parce qu’elle doit ĂȘtre dĂ©finie par l’impulsion d’une cause extĂ©rieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singuliĂšre, quelle que soit la complexitĂ© qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent ĂȘtre ses aptitudes, parce que toute chose singuliĂšre est nĂ©cessairement dĂ©terminĂ©e par une cause extĂ©rieure Ă  exister et Ă  agir d’une certaine maniĂšre maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurĂ©ment, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indiffĂ©rente, croira qu’elle est trĂšs libre et qu’elle ne persĂ©vĂšre dans son mouvement que parce qu’elle le est cette libertĂ© humaine que tous se vantent de possĂ©der et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appĂ©tits et ignorent les causes qui les dĂ©terminent. Un enfant croit librement appĂ©ter le lait, un jeune garçon irritĂ© vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre dĂ©cret de son Ăąme ce qu’ensuite, revenu Ă  la sobriĂ©tĂ©, il aurait voulu taire. De mĂȘme un dĂ©lirant, un bavard, et bien d’autres de mĂȘme farine, croient agir par un libre dĂ©cret de l’ñme et non se laisser prĂ©jugĂ© Ă©tant naturel, congĂ©nital parmi tous les hommes, ils ne s’en libĂšrent pas aisĂ©ment. Bien qu’en effet l’expĂ©rience enseigne plus que suffisamment que, s’ils est une chose dont les hommes soient peu capables , c’est de rĂ©gler leurs appĂ©tits et, bien qu’ils constatent que partagĂ©s entre deux affections contraires, souvent ils voient le meilleur et font le pire, ils croient cependant qu’ils sont libres, et cela parce qu’il y a certaines choses n’excitant en eux qu’un appĂ©tit lĂ©ger, aisĂ©ment maitrisĂ© par le souvenir frĂ©quemment rappelĂ© de quelque autre SPINOZA, lettre Ă  Schuller, Lettre LVIII, in ƒuvresCommentaire de texte Explications sur la lettre de Spinoza Ă  propos de la libertĂ©[INTRODUCTION][ThĂšme]Dans sa correspondance, dont une partie prend place aprĂšs la parution de l’Ethique, Spinoza a maintes fois l’occasion d’aborder le thĂšme de la libertĂ©. Il en est ici de nouveau question.[PrĂ©sentation de l’auteur]Baruch Spinoza est un philosophe nĂ©erlandais du XVIIe siĂšcle, dont les Ă©crits lui ont valu une excommunication de la communautĂ© juive. Si ses ouvrages sont alors scandaleux, ce n’est pas tant par un quelconque refus de la religion, mais bien par sa rĂ©interprĂ©tation ou son interprĂ©tation simplement des concepts religieux mais aussi philosophiques, au nombre desquels la libertĂ© doit compter.[Enjeu] Cette lettre s’inscrit donc Ă  une Ă©poque oĂč la libertĂ© entendue comme libre-arbitre veut ĂȘtre prĂ©servĂ©e, notamment pour rendre compte du pĂ©chĂ© comme acte dĂ©libĂ©rĂ© et contre la rĂ©forme protestante qui un siĂšcle plus tĂŽt en Europe Ă©galement ouvre la voie Ă  la notion de prĂ©destination.[ProblĂ©matique] Ainsi, le problĂšme auquel rĂ©pond Spinoza dans sa lettre Ă  G. H. Schuller est celui de comprendre comment le prĂ©jugĂ© du libre-arbitre peut ĂȘtre percĂ© et Ă©lucidĂ© par les ĂȘtres humains. Comment la libertĂ© peut ĂȘtre conçue pour ce qu’elle est, Ă  savoir une libre nĂ©cessitĂ© plutĂŽt qu’un libre dĂ©cret, ce dernier n’étant qu’une illusion ?[ThĂšse]Spinoza souligne l’importance de se dĂ©faire des superstitions, au rang desquelles appartient le libre-arbitre, et qui rĂ©side dans le fait que l’homme pense savoir qu’il vit selon sa propre dĂ©cision, alors qu’il ne fait que suivre la nĂ©cessitĂ©.[Plan]Pour aboutir Ă  cette thĂšse, il est possible d’identifier trois mouvements dans le texte selon ses trois paragraphes d’abord, Spinoza rappelle les conclusions de l’Ethique, en prĂ©cisant ce qu’i appelle libertĂ©. Puis il fait voir les dĂ©veloppements et les consĂ©quences de ces conclusions en insistant sur le fait que toute chose est dĂ©terminĂ©e si elle est singuliĂšre. Enfin, il porte un coup Ă  l’illusion de maĂźtrise des hommes en dĂ©voilant par plusieurs exemples que l’homme n’est pas cet empire dans un empire » Ethique qu’il croit ĂȘtre.[Importance]Cette dĂ©couverte, Ă  savoir que la libertĂ© en tant que libre-arbitre n’est qu’illusion, est fondamentale dans l’histoire de la philosophie, puisque les auteurs Ă  venir ne feront que se situer par rapport Ă  Spinoza sur cette question ; d’oĂč la phrase de Hegel l’alternative est Spinoza ou pas de philosophie. ».[PREMIÈRE PARTIE]Dans la premiĂšre partie, Spinoza entend donc rappeler les conclusions de l’ commence donc par faire la distinction entre ce qui est libre et contraint. Est libre une chose qui est et agit par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature ». Pour Spinoza, la nĂ©cessitĂ© consiste en ce qui ne peut pas ne pas ĂȘtre, ce qui dans l’Ethique vaut pour Dieu lui-mĂȘme et donc le monde. Si tout n’est pas libre, tout est nĂ©cessaire pour Spinoza. Le contingent n’est pas une caractĂ©ristique du monde possible. Il est donc plus important d’insister sur les mots la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature » dans le sens oĂč rien d’extĂ©rieur n’intervient, et c’est ce qui donne le caractĂšre libre. Au contraire, ce qui est contraint est dĂ©terminĂ© par une autre Ă  exister ». C’est bien l’agent extĂ©rieur qui fonde la distinction, car tout est est il est possible de dire de Dieu qu’il est libre. Car si lui-mĂȘme est nĂ©cessaire, c’est-Ă -dire qu’il n’aurait pas pu ne pas ĂȘtre ou ĂȘtre diffĂ©rent, pour autant rien ne l’a poussĂ© Ă  exister ou Ă  persĂ©vĂ©rer dans son ĂȘtre de maniĂšre causale et par un agent extĂ©rieur. Dieu, Ă©galement, connaĂźt toutes choses librement » de façon Ă©vidente Ă  la lecture de l’Ethique, puisque Dieu consiste en le monde entier, il est illimitĂ© et infini, ces attributs dĂ©rivant de sa nature par dĂ©finition. Puisqu’il est toutes choses, il connaĂźt » toutes pourquoi Spinoza rectifie contre la possibilitĂ© de galvauder les termes l’idĂ©e que la libertĂ© pour lui reviendrait au libre dĂ©cret » notion synonyme de libre-arbitre » tel qu’il est posĂ© par Saint Thomas d’Aquin dans sa Somme thĂ©ologique, dĂ©cret » insistant sur le pouvoir dĂ©cisionnel. La libertĂ© pour Spinoza consiste donc Ă  suivre sa propre nature, et rien d’autre.[DEUXIÈME PARTIE]Dans la seconde partie de ce texte, Spinoza prend l’exemple d’une chose singuliĂšre pour rendre compte qu’elle est dĂ©terminĂ©e par une cause extĂ©rieure et donc bien comprendre l’exemple que prend Spinoza, il convient de voir qu’i prĂ©pare en fait une comparaison avec l’ĂȘtre humain. Mais Ă  ce moment, Spinoza se contente de descendre » Ă  une chose singuliĂšre, dont personne n’affirme ou n’a affirmĂ© qu’elle pourrait ĂȘtre libre en l’occurrence une pierre. Ainsi une pierre jetĂ©e par quelqu’un, ou entraĂźnĂ©e par quelque chose d’autre, imprimera un mouvement et sera en dĂ©placement. Personne ne soupçonnerait alors que cette pierre est libre. Si cette rĂ©flexion servira pour la troisiĂšme partie, dans la prĂ©sente Spinoza dĂ©finit ainsi une chose contrainte, et gĂ©nĂ©ralise depuis a pierre Ă  toute chose singuliĂšre, c’est-Ă -dire toute chose qui est unique et bien prĂ©sente, matĂ©rielle. Il est important de dire que Spinoza inclut les ĂȘtres vivants, animaux comme humains, visĂ©s en particulier par formule quelque chose la complexitĂ© qu’il vous plaise de lui attribuer ». Ainsi il n’est pas de diffĂ©rence radicale entre une pierre, un animal et un ĂȘtre humain, si ce n’est par la complexitĂ©, qui sont tous des choses singuliĂšres. Or toute chose chose singuliĂšre, donc un homme u compris, existe par une cause et d’une certaine façon dĂ©terminĂ©e, tout comme la pierre a Ă©tĂ© jetĂ©e. La seule exception Ă©tant bien sĂ»r Dieu, qui n’est provoquĂ© ou engendrĂ© par aucune cause extĂ©rieure ni dĂ©terminĂ© Ă  agir d’aucune sorte.[TROISIÈME PARTIE]Spinoza dans la troisiĂšme partie montre par l’exemple comment comprendre le prĂ©jugĂ© du dĂ©monstration par l’exemple passe par l’idĂ©e d’accorder Ă  la pierre, donc pour rappel personne ne soupçonne qu’elle soit libre, la pensĂ©e et la conscience. Bien sĂ»r le parallĂšle avec l’homme est voulu et important. Il s’agit pour Spinoza de faire voir que l’homme a simplement conscience et sait qu’il se meut et qu’il persĂ©vĂšre dans son mouvement » sans pour autant ĂȘtre maĂźtre de ses actions, sans qu’il ne soit cet empire dans un empire », illusion dĂ©noncĂ©e dĂ©jĂ  dans l’Ethique. Ainsi que la pierre n’est pas dotĂ©e de libertĂ© mais est contrainte, de mĂȘme l’homme est dĂ©terminĂ©. L’illusion tient donc seulement au fait que les hommes sont conscients de leur conatus, terme spinoziste dĂ©crivant l’effort de persĂ©vĂ©rer dans son ĂȘtre. Mais les hommes ne se rendant pas compte de toutes les causes qui les poussent Ă  agir, de mĂȘme que la pierre ne s’entraĂźne pas elle-mĂȘme, ils croient alors qu’ils sont libres. Il serait possible d’ajouter que cette dĂ©sillusion est une humiliation pour l’homme comme le dĂ©note l’utilisation du terme se vante », car cette illusion participait pour l’homme de se croire tout puissant sur en ce sens Ă©numĂšre une sĂ©rie d’exemples pour renforcer son argumentation et ainsi au passage marquer le fait qu’il n’y a pas de radicale diffĂ©rence entre un enfant », un jeune garçon irritĂ© », un ivrogne », un dĂ©lirant » ou encore un bavard », mais surtout avec un adulte qui n’a aucune de ces conditions ou de condition similaire. Ils sont certes diffĂ©rents par la conscience et la pensĂ©e qu’ils ont sur eux-mĂȘmes, mais pas du tout dans le fait qu’is sont entiĂšrement humain, quelle que soit sa condition ou sa proximitĂ© avec des standards normaux » n’est donc pas libre dans le sens d’un libre dĂ©cret. Circonstance attĂ©nuante de cette Ă©erreur, Spinoza explique que cette illusion est naturelle, c’est-Ă -dire qu’elle vient Ă  l’esprit spontanĂ©ment. Mais l’Ethique est bien l’ouvrage qui appelle Ă  se dĂ©tacher de cette opinion, et cette lettre conclut de faire comprendre ce qu’est rĂ©ellement la libertĂ© pour Spinoza.[CONCLUSION][Bilan] En conclusion, il s’agit dans cette lettre Ă  G. H. Schuller non seulement de rappeler le rĂ©sultat de l’Ethique en matiĂšre de libertĂ©, mais surtout de pourfendre dĂ©finitivement le caractĂšre illusoire du libre-arbitre, en dĂ©voilant par l’exemple ce qu’est vraiment la libertĂ© et ce qu’elle n’est pas.[Ouvertures] L’ĂȘtre humain, duquel il faut exclure tout libre-arbitre, se trouve ainsi remis Ă  sa place dans l’immensitĂ© du monde que Dieu est. C’est pourquoi, il faudrait d’une part rĂ©flĂ©chir sur cette humiliation, ou blessure narcissique » d’aprĂšs les termes de Freud, ce dernier ne l’ayant pas inclus dans son Introduction Ă  la psychanalyse comme une des blessures, alors qu’il pourrait ĂȘtre remarquĂ© un rapprochement avec la critique de l’inconscient, qui pousse Ă  dire que l’homme n’est pas son propre maĂźtre. D’autre part, il serait intĂ©ressant de voir comment pour Spinoza la destruction de l’illusion du libre-arbitre conduit Ă  mieux connaĂźtre Dieu, et par consĂ©quent se rapprocher de la fĂ©licitĂ©.→ Explications du Discours de la MĂ©thode – Descartes corrigĂ©bts professions immobiliĂšres 2020 ; tony gallopin et sa nouvelle compagne Mon - Sun 10:00 - 20:00. lettre de demande de rĂ©duction des frais de scolaritĂ© pdf; garp one piece fruit du dĂ©mon; liste des chaĂźnes canal+ plus; macaron vanille cyril lignac; dĂ©finition de colonie grecque. Home; About Us; Services; Cars; Blog; Contact; radis jaune corĂ©en bienfaits. explication de
CONCEPTION ET MISE EN PAGE PAUL MILANExplication de texte Bergson sur l’art À quoi vise l’art ? Sinon Ă  montrer, dans la nature mĂȘme et dans l’esprit, horsde nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notreconscience ? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d’ñme ne le crĂ©ent certespas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas ennous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur et Ă  mesure qu’ilsnous parlent, des nuances d’émotion et de pensĂ©e nous apparaissent qui pouvaient ĂȘtrereprĂ©sentĂ©es en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l’image photographiquequi n’a pas encore Ă©tĂ© plongĂ©e dans le bain oĂč elle se rĂ©vĂ©lera. Le poĂšte estce rĂ©vĂ©lateur . . ..Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certainevision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot,un Turner, pour ne citer que ceux-lĂ , ont aperçu dans la nature bien des aspects quenous ne remarquions pas - Dira-t-on qu’ils n’ont pas vu, mais crĂ©e, qu’ils nous ont livrĂ©des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu’elles nousplaisent, et que nous nous amusons simplement Ă  regarder la nature Ă  travers l’image queles grands peintres nous ont tracĂ©e ? C’est vrai dans une certaine mesure ; mais, s’il Ă©taituniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines Ɠuvres - celles des maĂźtres qu’ellessont vraies ? OĂč serait la diffĂ©rence entre le grand art et la pure fantaisie ? Approfondissonsce que nous Ă©prouvons devant un Turner ou un Corot nous trouverons que, sinous les acceptons et les admirons, c’est que nous avions dĂ©jĂ  perçu sans apercevoir. . . .Remarquons que l’artiste a toujours passĂ© pour un "idĂ©aliste". On entend par lĂ  qu’il estmoins prĂ©occupĂ© que nous du cĂŽtĂ© positif et matĂ©riel de la vie. C’est, au sens propre, un"distrait". Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă  y voir plus de choses ?On ne le comprendrait pas, si la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurset de nous-mĂȘmes n’était qu’une vision que notre attachement Ă  la rĂ©alitĂ©, notre besoin devivre et d’agir, nous a amenĂ©s Ă  rĂ©trĂ©cir et Ă  vider. De fait, il serait aisĂ© de montrer que,plus nous sommes prĂ©occupĂ©s de vivre, moins nous sommes enclins Ă  contempler, et queles nĂ©cessitĂ©s de l’action tendent Ă  limiter le champ de la vision. »Henri Bergson, La pensĂ©e et le mouvantIl faut ĂȘtre attentif Ă  la premiĂšre phrase thĂšse de l’auteur l’art viserait c’estĂ -direaurait comme objectif de nous montrer ce qui " dans la nature mĂȘme etdans l’esprit des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notreconscience ". Autrement dit, l’art serait un moyen Ă  la fois de mieux percevoir lemonde, la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et de mieux percevoir ce que nous ressentons. S’il enest ainsi c’est que la perception ordinaire laisse Ă©chapper quelque chose du rĂ©el,quelque chose du sensible. On ne percevrait pas tout ou plutĂŽt on ne percevraitpas assez comme si notre perception Ă©tait faible, appauvrie, voire grossiĂšre. Il ya un paradoxe car nous croyons spontanĂ©ment que le monde perçu serait uneimage fidĂšle de la rĂ©alitĂ©. Or Bergson semble soutenir qu’il y a plus Ă  voir dansle monde que ce que nous en voyons et qu’on passerait ainsi Ă  cĂŽtĂ© de la richessesensible. Le monde est en excĂšs par rapport aux filtres qui nous le donnent. Cettephrase est Ă  expliquer. Bien entendu cela est exprimĂ© de façon rhĂ©torique."Le poĂšte et le romancier que expriment un Ă©tat d’ñme ne le crĂ©ent certes pasde toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas enBENJAMIN THEIFFRY 1 PHILOSOPHIE TERM S
HenriBergson (1859-1941) La pensée et le mouvant. Essais et conférences. (Recueil d'articles et de conférences datant de 1903 à 1923) Une édition électronique réalisée du livre La pensée et le mouvant. Paris :Les Presses universitaires de France, 1969, 79e édition, 294 pages. Collection : BibliothÚque de philosophie contemporaine. Polices de caractÚres utilisée : Pour le texte
Bergson dĂ©fend une thĂšse qui peut paraĂźtre surprenante sur l’art. Selon lui, l’art vise Ă  nous faire prendre conscience de choses auxquelles nous n’avions pas prĂȘtĂ© attention jusque lĂ . Ces choses sont en nous et hors de nous. Il veut dire ainsi que nous allons prendre conscience ou faire l’expĂ©rience, par exemple, d’une Ă©motion que nous n’avions encore jamais ressenti. Par exemple, grĂące Ă  la littĂ©rature, je pourrais faire l’expĂ©rience de ce que cela peut susciter comme Ă©motion de se sentir marginal et mĂ©prisĂ©. L’art nous fait Ă©galement percevoir des choses hors de nous nous allons prendre conscience d’une certaine harmonie de couleurs et de formes. Nous allons prĂȘter attention Ă  une certaine qualitĂ© ou intensitĂ© de la lumiĂšre dans le tableau et cela peut transformer notre façon de voir la lumiĂšre au quotidien. Pour Bergson, on peut dire que l’art rend visible et non crĂ©e de toute piĂšce des Ă©tats d’ñmes parce que s’il s’agissait une pure invention de l’artiste, nous ne serions pas touchĂ©s par l’art. Or, quand l’artiste nous le montre cela nous apparaĂźt finalement comme une Ă©vidence et nous le comprenons. Bergson dĂ©fend donc l’idĂ©e que l’art nous rend plus sensibles et nous permet de vivre plus intensĂ©ment car nous percevons notre monde, notre vie et nos Ă©motions de maniĂšre infiniment plus riche et variĂ©e. À quoi vise l’art ? Sinon Ă  montrer, dans la nature mĂȘme et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d’ñme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur et Ă  mesure qu’ils nous parlent, des nuances d’émotion et de pensĂ©e nous apparaissent qui pouvaient ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l’image photographique qui n’a pas encore Ă©tĂ© plongĂ©e dans le bain oĂč elle se rĂ©vĂ©lera. Le poĂšte est ce rĂ©vĂ©lateur [
]. Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. » Henri BERGSON, La pensĂ©e et le mouvant. Si vous avez aimĂ©, n'hĂ©sitez pas Ă  partager !
lapensée et le mouvant explication de texte. November 16, 2021; classement national des cabinets d'expertise comptable 2020
Avant-propos Le recueil est prĂ©sentĂ© comme complĂ©ment » de L’Énergie spirituelle, ce dernier portant sur des rĂ©sultats » tandis que l’autre porte sur la mĂ©thode », et plus prĂ©cisĂ©ment sur l’origine » de celle-ci, ainsi que sur la direction qu’elle imprime Ă  la recherche ». La distinction entre les deux n’a rien de nouveau, et remonte aux Grecs, notamment Ă  Platon et Aristote. L’idĂ©e s’est rapidement imposĂ©e que la dĂ©couverte du vrai supposait un cheminement adĂ©quat de la pensĂ©e. Mais distinction ne signifie pas dissociation. C’est la pensĂ©e moderne, avec Descartes, qui fait de la dĂ©finition de la mĂ©thode un prĂ©alable Ă  la dĂ©marche de connaissance, conception que prolonge le criticisme kantien en jugeant nĂ©cessaire Ă  la connaissance une dĂ©termination prĂ©alable des limites de la connaissance, Ă  partir d’une rĂ©flexion philosophique sur les mĂ©thodes des mathĂ©matiques et de la physique expĂ©rimentale, censĂ©e valoir pour la connaissance en gĂ©nĂ©ral. Il apparaĂźtra vite assez Ă©vident que Bergson s’oppose, souvent explicitement, aux diverses formes de l’idĂ©alisme moderne gĂ©omĂ©trisation de la physique chez Descartes, et rĂ©duction kantienne du temps, Ă  l’instar de l’espace, au statut de forme de la sensibilitĂ©, condition a priori des constructions conceptuelles de la mathĂ©matique. Par lĂ  Bergson se rapproche sans doute des Grecs, et notamment d’Aristote – car le rationalisme cartĂ©sien est une rĂ©surgence du platonisme. Pour l’aristotĂ©lisme, aucune mĂ©thode correcte de recherche scientifique ne peut ĂȘtre dĂ©finie purement a priori, indĂ©pendamment d’une certaine connaissance prĂ©alable de son objet, acquise fondamentalement Ă  partir de l’expĂ©rience sensible. La sĂ©paration de la mĂ©thode et des rĂ©sultats est une modalitĂ© pĂ©dagogique de leur prĂ©sentation la dĂ©finition de celle-lĂ  suppose que certains de ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©jĂ  acquis. Cela est vrai a fortiori de la mĂ©thode bergsonienne, Ă  savoir l’intuition », laquelle n’est pas dĂ©finissable abstraitement et Ă  part, mais n’est connaissable que dans son acte mĂȘme. Hegel Ă©crivait dĂ©jĂ  qu’en philosophie, la mĂ©thode ne fait qu’un avec l’objet, n’étant pas un mode d’emploi de la pensĂ©e qu’il faudrait appliquer, mais au contraire l’autodĂ©veloppement, tout Ă  la fois, de la pensĂ©e et de son objet qui, dans la connaissance, ne font qu’un. Or Hegel l’entendait dans un sens conceptualiste et rationaliste que prĂ©cisĂ©ment Bergson rĂ©cuse, tout en cherchant dans l’intuition la vĂ©ritable pensĂ©e du devenir, en ce qu’elle n’en est pas la reconstruction conceptuelle, mais au contraire l’apprĂ©hension immĂ©diate dans et par le devenir mĂȘme de la pensĂ©e. On comprend que s’il est possible de dĂ©finir la direction » de la recherche » sans prĂ©juger des rĂ©sultats de celle-ci, ce ne peut ĂȘtre qu’en montrant, de façon nĂ©gative, l’incapacitĂ© d’autres mĂ©thodes, rĂ©pondant Ă  des projets spĂ©cifiques, Ă  donner connaissance de ce dont elles supposent l’existence sans permettre de vraiment l’apprĂ©hender, cela mĂȘme que Bergson appelle la durĂ©e. [Voir Sur cette notion de direction », voir Les sciences, Ɠuvres de l’intelligence conceptualisante, visent Ă  la maĂźtrise du monde matĂ©riel. Cela ne les empĂȘche pas d’ĂȘtre vraies, mais si l’on peut montrer que, ce faisant, elles renoncent Ă  considĂ©rer quelque chose que pourtant elles supposent, on ouvrira par là‑mĂȘme une autre voie de recherche, qui retrouvera la visĂ©e thĂ©orique, c’est-Ă -dire spĂ©culative et non plus pragmatique, qui Ă©tait celle de la philosophie grecque. Bergson pense simplement que la limite de cette derniĂšre est d’avoir cru qu’il Ă©tait possible de remplir cette visĂ©e au moyen de concepts qui ne peuvent convenir vraiment qu’au travail d’explication scientifique. Kant a pour lui montrĂ© l’impasse de cette forme de la spĂ©culation mĂ©ta-scientifique, mais il s’y est Ă  son tour enfermĂ© et, tout en voyant qu’elle ne serait possible que par le recours Ă  une intuition, a jugĂ© Ă  tort cette derniĂšre impossible, faute de considĂ©rer l’apprĂ©hension du temps dans ce qu’elle a de joints La pensĂ©e et le mouvant. Commentaire - Introduction I et II - Le possible et le rĂ©el - L'intuition philosophique extrait La pensĂ©e et le mouvant. Commentaire - Introduction I et II - Le possible et le rĂ©el - L'intuition philosophique complet Bergson, La PensĂ©e et le Mouvant La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la comprĂ©hension prĂ©cise du texte, du RĂ©sumĂ© Le but de cet article est de montrer que l’étude minutieuse du trajet de la notion de bon sens dans la pensĂ©e de Bergson, au croisement de rĂ©flexions sur le normal psychologique, les normes sociales, et l’action morale, rĂ©vĂšle au sein de son Ɠuvre un ensemble de profondes tensions entre la question de la nature de la santĂ© mentale et de celle de l’aptitude morale. Haut de page EntrĂ©es d’index Haut de page Texte intĂ©gral 1 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, MĂ©langes, Paris, PUF, 1972, p. 370. 1La notion de bon sens, mentionnĂ©e explicitement dans la plupart des ouvrages de Bergson, depuis MatiĂšre et MĂ©moire jusqu’aux Deux sources de la morale et de la religion, ne constitue pas Ă  proprement parler un concept central de la pensĂ©e bergsonienne, ne serait-ce qu’en vertu du peu d’importance qui lui est, quantitativement, accordĂ©. Cela dit, aprĂšs l’avoir examinĂ©e pour la premiĂšre fois en dĂ©tail dans le discours de remise des prix du concours gĂ©nĂ©ral prononcĂ© le 30 juillet 1895 et intitulĂ© Le bon sens et les Ă©tudes classiques, Bergson n’aura de cesse de revenir sur la dĂ©finition de cette notion et sur la description de la rĂ©alitĂ© Ă  laquelle elle renvoie. L’étude de cette notion a donnĂ© lieu Ă  des interprĂ©tations trĂšs diffĂ©rentes chez les commentateurs et il semble que cela soit dĂ» Ă  deux facteurs premiĂšrement, cherchant pour la plupart Ă  considĂ©rer la notion de bon sens comme un bloc homogĂšne malgrĂ© certaines contradictions manifestes entre les diffĂ©rents ouvrages, ils n’ont pas assez pris en compte les Ă©volutions et modifications qui ont marquĂ© le trajet de la notion de bon sens dans le corpus bergsonien depuis le discours de 1895. DeuxiĂšmement, il semble que la plupart d’entre eux ait accordĂ© une trop faible importance Ă  la distinction que Bergson opĂšre dans Les deux sources de la morale et de la religion, entre un bon sens ordinaire et un bon sens qu’il dĂ©signe comme bon sens supĂ©rieur ». Ainsi, sans cĂ©der Ă  la tentation de produire une exposition plus systĂ©matique de la doctrine et aussi l’apparence d’une clartĂ© supĂ©rieure »1, nous souhaiterions mettre en avant le fait que l’examen attentif des variations subies par la notion de bon sens permet de mettre en lumiĂšre le trajet de la pensĂ©e de Bergson elle-mĂȘme en ce qui concerne la question de l’action juste et plus largement, du champ de l’activitĂ© morale. 2 Ibid., p. 364. 3 Ibid., p. 360. 4 H. Bergson, L’énergie spirituelle, op. cit., p. 893 Cela, c’est veiller, c’est vivre la vie psy ... 2En effet on peut remarquer, dĂšs le discours de 1895, l’entrecroisement de deux lignes dans la dĂ©finition du bon sens il est posĂ© Ă  la fois comme une santĂ© mentale, comme le bon fonctionnement de l’esprit qui permet son adaptation souple, sa disponibilitĂ© Ă  l’égard d’une rĂ©alitĂ© se renouvelant sans cesse, mais aussi comme un instrument, avant tout, de progrĂšs social »2, mu par ce que Bergson dĂ©signe comme l’esprit de justice ». Cette binaritĂ© est reprise dans la lettre Ă  O. GĂ©rard, prĂ©ambule du discours dans l’édition des MĂ©langes le bon sens est la facultĂ© de raisonner juste, non seulement sur ses propres affaires, mais encore et surtout sur celles du pays »3, le bon sens Ă©tant caractĂ©risĂ© Ă  la fois par la justesse de son adaptation et la justice de son action. Or, il apparaĂźt trĂšs vite que les ouvrages immĂ©diatement ultĂ©rieurs ne reprennent et n’approfondissent que la premiĂšre dimension de cette dĂ©finition, faisant du bon sens une forme originale de santĂ© mentale, pensĂ©e comme effort et comme Ă©quilibre. À partir du Rire puis dans l’Évolution crĂ©atrice, cette caractĂ©risation du bon sens comme vie psychologique normale »4 s’enrichit d’une rĂ©flexion sur la dimension proprement sociale de la rĂ©alitĂ© humaine le bon sens, sens social dĂ©fini comme souple disponibilitĂ© Ă  l’égard de la fluiditĂ© des Ă©changes humains, intĂšgre Ă  prĂ©sent un certain nombre de normes et de paramĂštres sociaux dans son fonctionnement. C’est cette dĂ©pendance du normal psychologique Ă  l’égard des normes sociales que nous envisagerons dans un premier temps. 3C’est seulement dans Les deux sources de la morale et de la religion, sur la base d’une rĂ©flexion sociologique renouvelĂ©e qui distingue Ă  prĂ©sent deux types de sociĂ©tĂ©s c’est-Ă -dire, deux types de rapports entre individus et normes sociales et deux types de justices, que le bon sens retrouve la dimension morale comme facteur de progrĂšs social produisant des actions justes que le discours lui prĂȘtait. Mais ce retour ne se fait qu’au prix de la distinction entre un bon sens supĂ©rieur et un bon sens ordinaire qui permet, certes, de rĂ©soudre les difficultĂ©s posĂ©es par le discours de 1895, en expliquant par le bon sens supĂ©rieur » la possibilitĂ© d’une action crĂ©atrice de normes, mais qui semble cependant remettre en question la dĂ©finition du normal psychologique donnĂ©e prĂ©cĂ©demment, ou qui suggĂšre tout du moins l’existence d’un conflit latent entre la morale et le normal dans la pensĂ©e bergsonienne. Nous examinerons donc en second lieu cette distinction capitale, qui met d’autant plus en jeu le rapport de la dĂ©finition du normal » Ă  la problĂ©matique morale selon laquelle l’individu moral, le mystique, est un individu anormal en au moins deux sens, qui se trouvaient au cƓur du bon sens ordinaire d’une part, en Ă©chappant Ă  l’égoĂŻsme et la loi du talion qui prĂ©valent dans la sociĂ©tĂ© close, il ne s’adapte plus aux normes sociales mais les modifie ; et d’autre part, sa singularitĂ© s’exprime par des manifestations pathologiques, qu’elles soient appelĂ©es dĂ©lire mystique ou perceptions anormales ». 5 Id., MatiĂšre et mĂ©moire, ƒuvres complĂštes, op. cit., p. 294 Entre ces deux extrĂȘmes [l’impulsif ... 6 Il est, dans Le Rire, continuitĂ© mouvante de notre attention Ă  la vie », ƒuvres, op. cit., p. 475 ... 7 Ibid., p. 475. 8 MatiĂšre et MĂ©moire, op. cit., p. 296‑302. 9 MĂ©langes, op. cit., p. 620. 10 Le Rire, op. cit., p. 476. 11 V. JankĂ©lĂ©vitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 2008, p. 127‑128. 12 H. Bergson, MĂ©langes, op. cit., p. 620 Tous ne sont pas capables de cette vie de travail, tous ... 13 Dans MatiĂšre et MĂ©moire, Bergson semble encore n’attribuer Ă  l’aliĂ©nation que des causes biologique ... 4 Un bref examen du bon sens tel qu’il est caractĂ©risĂ© depuis MatiĂšre et MĂ©moire jusqu’à l’Évolution crĂ©atrice permet de voir combien le normal, la santĂ© mentale qu’il incarne, est dĂ©terminĂ© par les exigences vitales et sociales Ă  partir de MatiĂšre et MĂ©moire, le bon sens apparaĂźt en effet Ă  la fois comme un Ă©quilibre psychologique entre deux tendances ennemies de l’action, la tendance corporelle Ă  l’automatisme et la tendance spirituelle au rĂȘve5, et comme effort d’attention Ă  la rĂ©alitĂ©6. Il est en effet prĂ©sentĂ© comme une tension visant Ă  tenir Ă  Ă©gale distance les souvenirs issus des deux pĂŽles opposĂ©s du moi que sont la mĂ©moire corporelle et la mĂ©moire pure et qui cherchent Ă  s’insĂ©rer dans la perception prĂ©sente. Agissant en amont du travail discriminant de la conscience en laiss[ant] tous les souvenirs dans le rang »7, le bon sens dĂ©blaie le terrain Ă  partir duquel celle-ci sĂ©lectionnera, en s’appuyant sur les formes motrices, la schĂ©matisation des souvenirs purs, les lois du rappel et la condition gĂ©nĂ©rale de ressemblance, le souvenir apte Ă  s’intĂ©grer profitablement Ă  la perception prĂ©sente pour l’informer. En tant que sens pratique », il est gage de souplesse dans la prise en compte de la rĂ©alitĂ© prĂ©sente et muselle la tendance Ă  agir mĂ©caniquement, sous l’impulsion de la reconnaissance automatique qu’a la mĂ©moire habitude des idĂ©es gĂ©nĂ©rales »8 dans la perception. En tant que sens du rĂ©el »9, il est liĂ© Ă  la veille et est un effort de tension contre l’évasement, la diffusion des souvenirs purs qui caractĂ©rise la dĂ©rive pathologique de Don Quichotte, en qui la mĂ©moire pure a pris l’ascendant et qui, au lieu d’utiliser ses souvenirs pour percevoir de maniĂšre adaptĂ©e, se sert au contraire de ce qu’il perçoit pour donner un corps au souvenir prĂ©fĂ©rĂ© »10. En tant qu’ oubli rĂ©glementĂ© et durable, [
] art de liquider son passĂ© »11, le bon sens s’insĂšre dans une conception du normal fondĂ©e sur l’idĂ©e que la santĂ© mentale rĂ©sulte d’un effort de tension qui s’écarte donc par degrĂ©s du pathologique qui peut rĂ©sulter alors d’une forme de paresse psychologique telle qu’elle a Ă©tĂ© identifiĂ©e par Pierre Janet chez les psychasthĂ©niques12, telle qu’elle s’exprime surtout Ă  partir de l’Energie spirituelle13. Par cet effort de tension, l’individu se rend capable de fournir une rĂ©ponse ajustĂ©e aux circonstances et Ă  ce que requiert la situation, le bon sens est donc liĂ© aux exigences vitales qui dĂ©terminent l’adaptation de l’individu, la survie individuelle. 14 Le Rire, op cit., p. 450. 15 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1065. 16 Guy Lafrance, La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, Ottawa, Ă©ditions de l’u ... 17 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1065. 18 Ibid., p. 1065. 19 Ibid., p. 1065. 5MĂȘme si Bergson distinguait dĂ©jĂ  dans le discours de 1895 le milieu naturel, domaine d’action des sens, du milieu social », domaine d’action du bon sens, c’est seulement Ă  partir du Rire qu’il entame une analyse de la dimension proprement sociale de l’existence, et c’est aussi dans cet ouvrage que le bon sens, dont l’opposĂ© est dĂ©sormais le comique [qui] exprime avant tout une certaine inadaptation particuliĂšre de la personne Ă  la sociĂ©tĂ© »14, se prĂ©cise sous l’aspect d’une adaptation au rĂ©el dans sa dimension sociale. Cet aspect de la notion se retrouve, trĂšs fortement accentuĂ©, dans Les deux sources, oĂč le bon sens est non seulement dĂ©crit comme sens social » mais encore caractĂ©risĂ© comme innĂ© Ă  l’homme normal »15 cette innĂ©itĂ© qui Ă©quivaut Ă  la prĂ©figuration de la sociĂ©tĂ© dans l’individu »16, s’explique par la nĂ©cessitĂ© pour la nature de donner Ă  l’homme des directives, au moins gĂ©nĂ©rales, pour la coordination de sa conduite Ă  celle de ses semblables »17. Aussi, s’il n’y a nul doute que notre structure psychologique ne tienne Ă  la nĂ©cessitĂ© de conserver et de dĂ©velopper la vie individuelle et sociale »18, cela signifie que le bon sens embrasse dans sa comprĂ©hension de la situation prĂ©sente la comprĂ©hension des normes qui rĂ©gissent l’agir en sociĂ©tĂ© et, par consĂ©quent, que celles-ci s’intĂšgrent Ă  ce qui fait chez Bergson la santĂ© mentale. Ainsi, le dĂ©lire d’interprĂ©tation » qui se caractĂ©rise par une incapacitĂ© Ă  comprendre le comportement d’autrui, rĂ©sulterait, selon Les deux sources, d’un dĂ©faut de bon sens qui s’expliquerait in fine par une insuffisance psychique [
] congĂ©nitale »19. Le bon sens prend donc ici les traits d’une prĂ©disposition Ă  s’adapter avec fluiditĂ© aux impĂ©ratifs sociaux, c’est-Ă -dire d’une souplesse adaptative prĂ©dĂ©terminĂ©e, point qui marque sans conteste une originalitĂ© de la pensĂ©e biologique et sociologique bergsonienne. 20 Le Rire, op. cit., p. 457‑458. 21 Ibid., p. 451. 22 Ibid., p. 457. 6DĂ©jĂ , Ă  travers les mutations subies entre l’Essai et le Rire par la notion de caractĂšre » qui devient dans le Rire ce qu’il y a de tout fait dans notre personne, ce qui est en nous Ă  l’état de mĂ©canisme une fois montĂ©, capable de fonctionner automatiquement »20, apparaĂźt une tension entre l’idĂ©e, exprimĂ©e dans le discours, que le bon sens aurait partie liĂ©e avec la libertĂ© du moi telle qu’elle Ă©tait Ă©voquĂ©e par l’Essai, et sa dĂ©finition comme capacitĂ© de souple adaptation sociale dans le Rire. En effet, il faut remarquer non seulement que cette adaptation Ă  la mouvance de la rĂ©alitĂ© sociale aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© jugĂ©e automatique du point de vue de l’Essai en tant qu’émanant des couches superficielles du moi comme dans le fameux exemple du rĂ©veil, mais encore que la critique de l’automatisme dans le Rire effectue un renversement puisqu’elle n’est plus tournĂ©e contre ce qu’une action peut avoir d’impersonnel mais bien contre ce qu’elle peut avoir de trop personnel au dĂ©triment d’une prise en compte des autres est comique le personnage qui suit automatiquement son chemin sans se soucier de prendre contact avec les autres »21 et qui nĂ©glige de regarder autour de soi »22. S’il est possible de considĂ©rer, pour rĂ©soudre cette tension, que le bon sens a partie liĂ©e avec la transition du moi profond vers le moi superficiel, nĂ©cessaire Ă  l’insertion de l’esprit dans la matiĂšre en amont de l’insertion dans une situation sociale, il n’empĂȘche qu’elle apparaĂźtra Ă  nouveau dans la distinction entre bon sens ordinaire et bon sens supĂ©rieur, sous la forme d’une tension entre une impulsion venue du moi profond et s’imposant Ă  l’extĂ©rieur et une impulsion venue de l’extĂ©rieur s’imposant, en le solidifiant, au moi profond. 23 Bergson fait rĂ©fĂ©rence de maniĂšre explicite Ă  la conception cartĂ©sienne du bon sens dans le discour ... 24 H. Bergson, Le Rire, op. cit., p. 452‑453. 7Si la description du bon sens ordinaire a mis hors-jeu la problĂ©matique de la justice et de l’action morale en charge du progrĂšs social telle qu’elle Ă©tait exprimĂ©e dans le discours de 1895 et qui rappelait le lien Ă©tabli par Descartes entre bon sens et recherche d’une vĂ©ritĂ© pratique23, c’est prĂ©cisĂ©ment d’une part parce que le principe selon lequel le vital engendrerait le social qui engendrerait Ă  son tour le normal, que Bergson pose au fondement mĂȘme de sa dĂ©finition de la santĂ© mentale, contribue Ă  substituer Ă  la problĂ©matique de la justice de l’action celle de la justesse de l’adaptation. D’autre part, cela est incontestablement liĂ© Ă  l’examen du fonctionnement de la vie sociale auquel Bergson se livre dans Le Rire puis dans Les deux sources, et qui lui a permis d’affirmer dĂšs le premier de ces ouvrages qu’ ĂȘtre en rĂšgle avec la stricte morale » n’a rien Ă  voir avec le fait de se mettre en rĂšgle avec la sociĂ©tĂ© »24 le bon sens, devenu facultĂ© d’adaptation souple au rĂ©el social et d’insertion bien ajustĂ©e dans le tissu humain, apparaĂźt dĂ©finitivement liĂ© Ă  cette seconde opĂ©ration. Reste Ă  prĂ©sent Ă  examiner, sur la base mĂȘme de cette dĂ©finition de la santĂ© mentale et de son lien avec la vie sociale, comment la notion de bon sens supĂ©rieur se trouve au cƓur d’un renversement de la pensĂ©e bergsonienne prenant corps dans Les deux sources et qui a pour but de rendre possible l’action morale. 25 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 26 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1174. 27 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 366. 28 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1056. 29 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 362. 30 Ce que Guy Lafrance appelle une justice intuitive », cf. La philosophie sociale de Bergson, sourc ... 31 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 32 Ibid., p. 362. 33 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 34 Ibid. p. 1172. 35 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 36 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1017. 8C’est parce que le bon sens est au cƓur de la rĂ©flexion bergsonienne sur le rapport de l’individu aux normes sociales et sur la justice que l’étude de cette notion permet d’aborder sous un jour nouveau l’itinĂ©raire et l’évolution de la pensĂ©e bergsonienne concernant l’action juste. Cette problĂ©matique, laissĂ©e de cĂŽtĂ© de MatiĂšre et MĂ©moire Ă  l’Évolution crĂ©atrice, rĂ©apparaĂźt dans Les deux sources et la plupart de ce qui Ă©tait posĂ© Ă  titre de postulat dans le discours de 1895 y est repris, repensĂ© et intĂ©grĂ© Ă  la problĂ©matique plus vaste d’une rĂ©flexion sur les rapports qui unissent morale et sociĂ©tĂ©. Le discours de 1895 apparaĂźt donc comme un programme, un ensemble d’intuitions abandonnĂ©es en l’absence d’un appareillage conceptuel suffisant. Il est important de souligner les correspondances qui existent entre les deux Ɠuvres pour mieux comprendre ce qui explique l’abandon puis la reprise de la problĂ©matique morale dans la dĂ©finition de la notion de bon sens dans l’Ɠuvre de Bergson. Ainsi, l’idĂ©e d’une action de bon sens orientĂ©e vers le progrĂšs de l’ensemble de la sociĂ©tĂ© Ă©tait soutenue dans le discours par le pressentiment d’un lien unissant principe de la vie et capacitĂ© Ă  produire des actions justes et progressistes de la part de l’individu de bon sens. Bergson y affirmait en effet de la notion de bon sens si elle porte ainsi avec elle l’intelligence de la vie, c’est sans doute qu’elle en a touchĂ© le principe »25, cette idĂ©e essentielle d’un fondement de la morale dans la prise de contact avec le principe de la vie se retrouve dans Les deux sources oĂč Bergson Ă©voque au sujet des agents du progrĂšs humain l’action de l’élan de la vie, cet Ă©lan mĂȘme, communiquĂ© intĂ©gralement Ă  des privilĂ©giĂ©s qui voudraient alors l’imprimer Ă  l’humanitĂ© entiĂšre »26. Et de fait, Ă  l’idĂ©e exprimĂ©e dans le discours selon laquelle il est rare que la nature produise spontanĂ©ment une Ăąme affranchie et maĂźtresse d’elle-mĂȘme, une Ăąme accordĂ©e Ă  l’unisson de la vie »27, rĂ©pond l’affirmation des Deux sources selon laquelle les mystiques et les ĂȘtres novateurs constituent en eux-mĂȘmes une espĂšce nouvelle composĂ©e d’un individu unique »28. En outre, la dĂ©finition du bon sens comme ignorance consciente d’elle-mĂȘme »29 dans le discours de 1895 trouve un Ă©cho dans la dĂ©finition du bon sens supĂ©rieur donnĂ©e dans les Deux sources comme innocence acquise », Bergson ajoutant dans les deux cas que cette ignorance doit s’accompagner d’un effort. LĂ  n’est sans doute pas pourtant le plus important en effet, la principale difficultĂ© du discours est l’affirmation selon laquelle le bon sens produit irrĂ©mĂ©diablement les actions les plus justes possibles30 dans un contexte donnĂ©, sans qu’il consiste pourtant ni dans une expĂ©rience plus vaste, ni dans des souvenirs mieux classĂ©s, ni mĂȘme, plus gĂ©nĂ©ralement, dans une logique plus rigoureuse »31, arguant qu’il choisit la meilleure solution Ă  une situation donnĂ©e parce qu’il peut en prĂ©voir [l]es consĂ©quences, ou plutĂŽt les pressentir »32. La question de l’infaillibilitĂ© morale de l’action de bon sens est finalement abordĂ©e Ă  nouveau par Bergson lorsqu’il Ă©voque dans Les deux sources le bon sens supĂ©rieur des mystiques, en termes de discernement prophĂ©tique du possible et de l’impossible »33 qui fournit du premier coup la dĂ©marche utile, l’acte dĂ©cisif, le mot sans rĂ©plique »34. De plus, on retrouve enfin clairement exprimĂ©e l’idĂ©e que le bon sens est, comme on pouvait le lire dans le discours, un instrument de progrĂšs social »35, puisque Bergson, qui fait du bon sens supĂ©rieur l’apanage des mystiques, gratifie ceux-ci d’une capacitĂ© essentielle Ă  pousser l’humanitĂ© en avant »36. 37 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364 Instrument, avant tout, de p ... 38 Ibid., p. 366. 39 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 40 Georges MourĂ©los, Bergson et les niveaux de rĂ©alitĂ©, Paris, PUF, 1964, p. 175‑176. 9Si Bergson, aprĂšs le discours, avait Ă©cartĂ© au profit d’une rĂ©flexion sur la santĂ© mentale cette problĂ©matique de l’action morale qu’il retrouvera dans Les deux sources, c’est peut ĂȘtre Ă  cause de l’insuffisance des outils conceptuels dont il disposait en matiĂšre d’analyse des rapports entre morale et sociĂ©tĂ© en 1895, dans la mesure oĂč il n’avait pas analysĂ© les liens que la sociĂ©tĂ© entretient avec le dĂ©veloppement d’une morale. En effet, la rĂ©flexion sociologique qui sous-tend le discours de 1895 semble assez irrĂ©aliste poussĂ©e jusqu’au bout, elle implique que, n’était le pouvoir pĂ©trificateur de l’intelligence, l’ensemble de la sociĂ©tĂ©, guidĂ© par le bon sens, agirait toujours non seulement de maniĂšre parfaitement adaptĂ©e Ă  la situation prĂ©sente mais encore toujours en vue du plus grand bien et du plus grand progrĂšs social, Ă©tant constamment animĂ© par l’ esprit de justice »37. Cette conception optimiste qui attribue comme principe Ă  la vie sociale ce mĂȘme esprit de justice », puisqu’on ne peu[t] [s]e reprĂ©senter ces volontĂ©s associĂ©es sans une fin derniĂšre raisonnable »38, a cĂ©dĂ© le pas dans les Ɠuvres ultĂ©rieures Ă  une analyse de l’origine vitale de la vie sociale orientĂ©e vers la survie de l’espĂšce et qui dĂ©termine, par ses normes, l’apprĂ©hension du rĂ©el il semble donc que ce soit une modification au sein mĂȘme de la rĂ©flexion bergsonienne sur la sociĂ©tĂ©, ses normes, et le rapport des individus Ă  ces normes, qui a dĂ» prĂ©sider au destin de la notion de bon sens dans son Ɠuvre. Si le discours de 1895 distinguait en passant une justice abstraite » d’une justice incarnĂ©e dans l’homme juste »39 la premiĂšre Ă©tant discrĂ©ditĂ©e au profit de la seconde, pour pouvoir penser l’acte vĂ©ritablement moral, cette distinction n’était pas assez prĂ©cise, ne s’appuyant pas sur l’arriĂšre-plan sociologique Ă©laborĂ© dans Les deux sources qui seul permet, en distinguant la sociĂ©tĂ© close de la sociĂ©tĂ© ouverte, de distinguer par lĂ  mĂȘme deux vĂ©ritables types de justices une justice relative et une justice absolue. C’est cette distinction qui permet en effet de rĂ©soudre le paradoxe du bon sens comme Ă©tant Ă  la fois un sens de l’adaptation au rĂ©el social mais aussi une aspiration innĂ©e au progrĂšs au sein de chaque individu, puisqu’elle permet de lier la premiĂšre tendance Ă  la justice relative, celle dont le fondement est Ɠil pour Ɠil, dent pour dent et qui s’exprime dans la dimension close de la sociĂ©tĂ© puisque la raison d’ĂȘtre de la morale close est, comme l’ont soulignĂ© certains, l’adaptation de l’individu40. La seconde est dĂ©sormais liĂ©e Ă  une justice absolue, qui fonde une morale de l’aspiration, elle-mĂȘme visant l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© ouverte. 41 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 42 Id., Deux sources, op. cit., p. 1169. 43 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 10En outre, dans Les deux sources, Bergson expose une double conception du rapport de l’individu aux normes sociales en ce qui concerne la sociĂ©tĂ© de type clos, les normes sociales agissent sur l’individu dans la mesure oĂč elles poussent son moi profond Ă  se solidifier en s’extĂ©riorisant, processus auquel, nous l’avons vu, le bon sens ordinaire n’est pas Ă©tranger, mais l’idĂ©e d’une sociĂ©tĂ© ouverte permet de briser le cercle dans lequel tournoie l’espĂšce humaine, prise dans la circularitĂ© close, en permettant de penser l’influence de l’individu d’exception, ayant presque par miracle Ă©chappĂ© Ă  l’obsession de l’utilitĂ© vitale, sur la sociĂ©tĂ©, par le biais de la crĂ©ation de valeurs morales. À un mouvement passif de rĂ©ception et d’intĂ©gration des normes afin de bien s’insĂ©rer dans le rĂ©el, analysĂ© dans le Rire et l’Évolution crĂ©atrice, peut succĂ©der un mouvement de projection hors de soi qui modifie en retour le rĂ©el, mouvement requis par les thĂšses du discours de 1895. La distinction entre une sociĂ©tĂ© close et une sociĂ©tĂ© ouverte est ce qui permet Ă  Bergson de comprendre Ă  nouveau le bon sens comme une poussĂ©e vers le progrĂšs moral guidĂ©e, comme le voulait le discours de 1895, par l’esprit de justice qui lui montre les injustices Ă  corriger et le bien Ă  faire »41. En effet, le bon sens supĂ©rieur recherche non pas l’adaptation Ă  des normes prĂ©existantes en vue de favoriser la survie individuelle, mais bien une action en retour sur la sociĂ©tĂ©, l’établissement de normes radicalement nouvelles dont le principe est dĂ©sormais le contraire de celui d’utilitĂ©, Ă  savoir la justice absolue fondĂ©e sur l’amour. Le bon sens supĂ©rieur, loin de recevoir passivement une stimulation Ă  l’action Ă©manant des impĂ©ratifs vitaux et sociaux de la situation prĂ©sente, loin de fournir seulement une rĂ©ponse aux questions posĂ©es par son environnement, prĂ©cĂšde toute sollicitation extĂ©rieure et vise Ă  imposer dans la rĂ©alitĂ© commune la rĂ©ponse Ă  une sollicitation Ă©manant du fond de l’individu. Il est ainsi un goĂ»t de l’action » mis en jeu lorsque le mystique choisit de diffuser son esprit dans la matĂ©rialitĂ© et est encore, Ă  ce titre, comme le bon sens ordinaire, une capacitĂ© de s’adapter et se rĂ©adapter »42 Ă  la mouvance du rĂ©el. Cependant sa visĂ©e n’est plus l’ajustement aux exigences vitales mais bien, comme le voulait le discours, la production de la plus grande somme de bien »43. Ce n’est qu’au prix de la transformation du bon sens en un bon sens supĂ©rieur, appuyĂ© sur une justice absolue et non plus relative, et supĂ©rieur » puisqu’entre temps le bon sens avait Ă©tĂ© dĂ©fini comme santĂ© mentale, que Bergson a pu en 1932 retrouver ce qu’il avait seulement supposĂ© en 1895. 44 Ibid., p. 360 Aussi la tĂąche de l’éducateur consiste surtout, en pareille matiĂšre Ă  conduire le ... 45 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1004 Chacun de nous [
] s ... 46 Ibid., p. 1060. 11Si elle permet de valider, par-delĂ  l’analyse du bon sens comme santĂ© mentale, les conclusions du discours de 1895, la distinction entre bon sens ordinaire, conduite sociale normale, et bon sens supĂ©rieur, conduite morale modifiant les normes sociales, est aussi l’annonce d’un changement dans la pensĂ©e morale bergsonienne. En effet, Ă  prĂ©sent, seul un nombre restreint de personnalitĂ©s gĂ©niales possĂšde le pouvoir de faire progresser la sociĂ©tĂ© que le discours de 1895 attribuait, Ă  travers le bon sens comme santĂ© de l’esprit, Ă  chaque individu, Ă  quelques degrĂ©s prĂšs de dispositions44. Ainsi, l’humanitĂ© ordinaire est rĂ©duite, en ce qui concerne la vĂ©ritable morale, Ă  un rĂŽle passif d’imitation des grands modĂšles45, imitation qui devient dĂšs lors, pour elle, le fondement de l’action morale et juste pour qui est dĂ©pourvu de gĂ©niale crĂ©ativitĂ© cette passivitĂ© est tout juste corrigĂ©e par l’idĂ©e que cette imitation peut aussi se faire communication de l’élan et ĂȘtre l’occasion d’une Ă©closion puisqu’il peut y avoir en nous un mystique qui sommeille et qui attend seulement une occasion de se rĂ©veiller »46. Si le bon sens du discours trouve sa formulation finale dans le bon sens supĂ©rieur, alors l’espoir en un homme nouveau est interdit, puisque seule une Ă©lite morale, celle des mystiques et des ĂȘtres dotĂ©s du bon sens supĂ©rieur, peut constituer une espĂšce nouvelle, chaque fois rĂ©duite Ă  un individu unique. 47 Bergson fonde probablement son interprĂ©tation de la morale kantienne sur l’analyse de la rupture d’ ... 48 Cf. Aristote, Ethique Ă  Nicomaque, traduction Jean Tricot, Paris, Vrin, 1997, p. 298. 49 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 987. 50 Id., Le Rire, op. cit., p. 461. 12Le postulat de l’infaillibilitĂ© du bon sens Ă  toujours produire l’action la plus juste, repris du discours dans Les deux sources, demande Ă  ĂȘtre interrogĂ©, et la question du fondement de la justice de l’action se pose d’autant plus Ăąprement que, dans Les deux sources, Bergson rejette fermement aussi bien la tentative kantienne de fonder la morale dans la logique ou ce qu’il voit comme tel47 que les thĂ©ories de type platonicien faisant dĂ©river la justice de l’idĂ©e de Bien. En tant qu’instance poussant Ă  accomplir irrĂ©mĂ©diablement l’action la plus juste, il pourrait rappeler l’eustochia aristotĂ©licienne, ou la justesse de coup d’Ɠil »48 portĂ© sur la situation, qui se passe de raisonnement, cependant, le fait que Bergson refuse de faire dĂ©river le bon sens de l’habitude ou de l’expĂ©rience contredit ce rapprochement. Notons en tout cas que le fondement de l’excellence de l’action de bon sens semble reposer, suivant un schĂ©ma tout aristotĂ©licien, sur l’excellence de l’agent qui dispose d’un bon sens supĂ©rieur, qu’elle contribue Ă  exprimer en retour. Dans la mesure mĂȘme oĂč l’aspiration essentiellement morale du mystique ou du hĂ©ros prĂ©cĂšde sa tendance Ă  accomplir des actions morales, et que la crise mystique n’est pas l’expression du bon sens supĂ©rieur mais ce qui prĂ©cĂšde son apparition, c’est en dĂ©finitive de l’excellence morale ou aspiration Ă  la justice absolue que dĂ©rive la justice de l’action rĂ©alisĂ©e par le bon sens supĂ©rieur. Or dans la mesure oĂč le bon sens supĂ©rieur se caractĂ©rise par un certain dĂ©tachement Ă  l’égard des exigences biologiques Ă©goĂŻstement utilitaires Ă  la fois vitales et sociales dans leur dimension close, dĂ©tachement liĂ© au fait que, mĂȘme si nous trouvons [la sociĂ©tĂ©] prĂ©sente en nous », sa prĂ©sence est plus ou moins marquĂ©e selon les individus »49, l’apparition de l’aspiration morale est due, comme le souligne Bergson, Ă  une sorte de hasard vital comparable Ă  celui qui prĂ©side, dans le Rire, Ă  l’apparition des artistes50. Si la justesse de son ajustement Ă  la situation prĂ©sente est encore le signe du lien qu’entretient le bon sens supĂ©rieur avec les exigences vitales circulaires de la survie en sociĂ©tĂ© close, la justice de ce qu’il vise Ă  produire a partie liĂ©e avec le vital au sens de la constante marche de l’élan, procĂ©dant par bonds, vers la crĂ©ation d’une sociĂ©tĂ© ouverte. C’est en cela que le bon sens supĂ©rieur est rĂ©vĂ©lateur au sein de la pensĂ©e bergsonienne de ce qu’on pourrait appeler la contradiction du vital », c’est-Ă -dire la coexistence en son sein de l’élan et de la retombĂ©e. 51 Id., Deux sources, p. 1174. 52 Ibid., p. 1061. 53 Ibid., p. 1021. 54 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1245. 55 Le bon sens supĂ©rieur est liĂ© Ă  la partie la plus intime de lui-mĂȘme que l’individu retrouve quand ... 56 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1020. 13Cette contradiction logĂ©e au cƓur de la distinction entre les deux bons sens se retrouve dans l’expression de contradiction rĂ©alisĂ©e », employĂ©e par Bergson pour dĂ©signer la capacitĂ© des mystiques Ă  convertir en effort crĂ©ateur cette chose créée qu’est une espĂšce, faire un mouvement de ce qui est par dĂ©finition un arrĂȘt »51. Si l’aspiration morale, qui brise le cercle dans lequel tournent les individus et la sociĂ©tĂ© close, est encore une expression du vital, c’est que celui-ci a Ă©tĂ© redĂ©fini entre l’Évolution crĂ©atrice et Les deux sources, passant d’un Ă©lan vers la vie sociale Ă  un Ă©lan qui contient lui-mĂȘme un germe moral, puisque selon le dernier ouvrage toute morale [
] est d’essence biologique »52 et que le contact avec le principe vital est devenu la seule source oĂč puiser la force d’aimer l’humanitĂ© »53. Si l’effort qui prĂ©side Ă  ce contact est dĂ©crit par Bergson comme effort en sens inverse de la nature, c’est dans la mesure oĂč la natura naturans effectue sa poussĂ©e contre l’inertie de la natura naturata ainsi, la morale de l’aspiration qui unit les individus d’un bon sens supĂ©rieur est dite rendre l’individu Ă  sa destination naturelle en le rendant crĂ©ateur, en accord avec l’univers dans sa dimension de machine Ă  faire des dieux »54. Par consĂ©quent, la distinction entre un bon sens supĂ©rieur et un bon sens ordinaire, tous les deux naturels en ces deux sens opposĂ©s, exprime la spĂ©cificitĂ© de l’espĂšce humaine en laquelle coexistent, en tant qu’elle est une espĂšce sociale, Ă©lan tension vers la sociĂ©tĂ© ouverte Ă  travers des personnalitĂ©s gĂ©niales et retombĂ©e tendance Ă  la clĂŽture. C’est dans un rapport croisĂ© entre le moi » et la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et sociale que s’exprime l’entrecroisement de ces deux naturels ainsi, le bon sens supĂ©rieur, qui favorise l’action en direction du progrĂšs de tous, est naturel dans la mesure oĂč il naĂźt d’un contact avec la rĂ©alitĂ© mouvante qui fait le fond des choses et les couches profondes du moi, ce qu’il y a de plus personnel, tandis que le bon sens ordinaire, qui vise un but essentiellement individuel l’adaptation en vue de la survie, est le produit d’une solidification naturelle du moi par le biais de normes et de processus d’adaptation essentiellement impersonnels exerçant une force d’inertie, ou plutĂŽt entraĂźnant dans un mouvement circulaire. Si la crise mystique qui prĂ©cĂšde l’apparition du bon sens supĂ©rieur n’est pas sans rappeler l’explosion crĂ©atrice du moi d’en bas, dans l’Essai, c’est peut-ĂȘtre parce qu’elle constitue la forme finale prise par l’acte libre dans la pensĂ©e bergsonienne, dans la mesure oĂč elle est pensĂ©e Ă  partir de la prise en compte de la pression fondamentale que la sociĂ©tĂ© exerce sur la constitution mĂȘme de l’individu Ă  laquelle participe le bon sens ordinaire qui n’avait pas encore Ă©tĂ© analysĂ©e au moment de l’Essai55. Exprimant les deux sens de la nature en l’homme, la distinction entre bon sens ordinaire et bon sens supĂ©rieur rĂ©pond finalement Ă  la constatation de ce que la morale comprend [
] deux parties distinctes, dont l’une a sa raison d’ĂȘtre dans la structure originelle de la sociĂ©tĂ© humaine et dont l’autre trouve son explication dans le principe explicatif de cette structure »56. 57 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 14Cette distinction permet Ă©galement de rĂ©soudre le problĂšme du rapport du bon sens Ă  la pratique artistique c’est le bon sens supĂ©rieur, qui rĂ©sulte d’un contact avec le principe crĂ©ateur de la vie et produit des actes moraux prenant Ă  leur tour la forme de crĂ©ations Ă  la fois de normes nouvelles et d’un nouveau moi, qui est dans la vie pratique, ce que le gĂ©nie est dans les sciences et les arts »57 selon la formule du discours, et c’est le bon sens ordinaire qui, Ă©tant liĂ© Ă  la perception utilitaire de la rĂ©alitĂ© qu’il contribue Ă  morceler avec souplesse, s’oppose Ă  la pratique artistique comme au rĂȘve, selon les analyses du Rire. 58 P. Janet, De l’angoisse Ă  l’extase, Paris, FĂ©lix Alcan, 1926, p. 459. 59 Ibid., p. 464. 60 H. Bergson, Les deux sources, op. cit., p. 1170. 61 P. Janet, De l’angoisse Ă  l’extase, op. cit., p. 461. 62 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 15La question de savoir si la supĂ©rioritĂ© morale ne peut surgir que d’un effort dirigĂ© contre le bon sens ordinaire, antĂ©rieurement dĂ©fini comme Ă©tat normal de l’esprit humain et santĂ© psychologique, et ses prĂ©occupations utilitaires, engage la viabilitĂ© de la morale bergsonienne. En effet, si la santĂ© mentale d’un individu est liĂ©e Ă  sa disponibilitĂ© passive Ă  l’égard de l’environnement social et si le fondement de l’aspiration morale qui gĂ©nĂšre le bon sens supĂ©rieur est la libĂ©ration Ă  l’égard de l’utilitĂ© vitale et des normes sociales, alors apparaĂźt la possibilitĂ© d’un conflit sous-jacent dans la pensĂ©e bergsonienne entre les dĂ©finitions de l’individu normal et de l’individu moral. En ce qui concerne la problĂ©matique de la santĂ© mentale, le principal interlocuteur, ou adversaire, de Bergson est Pierre Janet qui a pour ambition, dans De l’angoisse Ă  l’extase, de mettre Ă  jour la racine pathologique du dĂ©lire mystique qu’il apparente Ă  un trouble psychasthĂ©nique. À ce titre, il note que les croyances brutales » de sa patiente Madeleine, qu’il compare Ă  ThĂ©rĂšse d’Avila, prĂ©sentent en maints endroits des contradictions et ne tiennent aucun compte des rĂšgles vulgaires du bon sens »58, la principale caractĂ©ristique du discours mystique Ă©tant pour lui d’ĂȘtre une pensĂ©e en rĂ©gression, analogue Ă  celle des petits enfants et des sauvages »59. Pour lui rĂ©pondre, Bergson tente d’abord de distinguer l’anormal de l’extraordinaire, puis finit par admettre qu’en tant que passage Ă  l’extraordinaire c’est-Ă -dire au dynamique et Ă  l’ouvert, la violence mĂȘme du processus de libĂ©ration mystique peut gĂ©nĂ©rer l’apparition de symptĂŽmes anormaux au sens de morbides et dĂ©ranger les rapports habituels entre conscient et inconscient »60. Il est intĂ©ressant de constater que c’est de la prĂ©sence, chez les mystiques, du bon sens supĂ©rieur sous la forme d’un goĂ»t de l’action », c’est-Ă -dire de ce par quoi le bon sens supĂ©rieur ressemble au bon sens ordinaire, que Bergson cherche Ă  tirer argument pour justifier la santĂ© mentale des mystiques contre Janet. Mais, comme le note celui-ci contre l’idĂ©e que la foisonnante activitĂ© des mystiques serait le signe de leur santĂ© mentale l’état proprement psychasthĂ©nique n’est pas constant et un malade [
] peut ĂȘtre en dehors de ces crises assez actif et persĂ©vĂ©rant pour accomplir des Ɠuvres intĂ©ressantes »61. Mais l’originalitĂ© du bon sens supĂ©rieur est d’unir, dans le prolongement de la crise mĂȘme » au sens oĂč l’entend Janet, l’ajustement de l’action au rĂ©el et la visĂ©e plus haute inspirĂ©e par l’amour. C’est pourquoi Bergson va plus loin dans sa rĂ©ponse et avance que le bon sens supĂ©rieur est une santĂ© intellectuelle solidement assise, exceptionnelle, qui se reconnaĂźt sans peine »62. Et, en effet, si l’on considĂšre que l’aspiration morale est une forme de santĂ© dans la mesure oĂč elle est contact avec l’élan vital, nature naturante supĂ©rieure Ă  la circularitĂ© de la nature naturĂ©e, et, dans la mesure oĂč cette santĂ© est rĂ©servĂ©e Ă  une Ă©lite, alors se comprend le fait qu’il existe une santĂ© mentale en un sens non mĂ©taphorique se caractĂ©risant par l’exception et non par la moyenne cette santĂ© est normale en un sens normatif sans ĂȘtre normal en un sens statistique. Mais si le bon sens supĂ©rieur est une santĂ© intellectuelle », de quel genre d’état mental s’agit-il ? L’intelligence Ă  laquelle Bergson fait rĂ©fĂ©rence ici ne peut pas ĂȘtre celle qui soumet le rĂ©el Ă  son dĂ©coupage utilitaire, mais au contraire une intelligence qui parvient Ă  retrouver, entre les lignes de ce morcellement, le rĂ©el mouvant. 63 Ibid., p. 986. 64 Ibid., p. 986. 65 Ibid., p. 1243. 16L’équilibre des facultĂ©s qui caractĂ©risait le bon sens ordinaire se transforme dans le bon sens supĂ©rieur en un Ă©quilibre d’un autre genre »63 auquel Bergson fait allusion au dĂ©but des Deux sources, sans le lier Ă  la problĂ©matique du bon sens supĂ©rieur qui n’a pas encore Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e, ainsi que le suggĂšre allusivement le dĂ©but des Deux sources, prĂ©cisant toutefois au sujet de l’effort qui permet de s’enfoncer ainsi en soi Ă  la dĂ©couverte de son moi s’il est possible, il est exceptionnel »64. Il est possible d’avancer que cet Ă©quilibre d’un nouveau genre peut ĂȘtre liĂ© Ă  une forme de perception rĂ©elle quoiqu’anormale, justement parce qu’elle n’est pas contrainte par les exigences de l’action il doit y avoir, soit dans le corps, soit dans la conscience qu’il limite, des dispositifs spĂ©ciaux dont la fonction est d’écarter de la perception humaine les objets soustraits par leur nature Ă  l’action de l’homme. Que ces mĂ©canismes se dĂ©rangent, la porte qu’ils maintenaient fermĂ©e s’entrouvre quelque chose passe d’un en dehors », qui est peut ĂȘtre un au-delĂ  ». C’est de ces perceptions anormales que s’occupe la science psychique »65. Ce qui serait ordinairement jugĂ© pathologique, Ă  savoir ces perceptions anormales », reçoit finalement une justification morale, puisque ces perceptions Ă©manent de la santĂ© supĂ©rieure que constitue l’équilibre supĂ©rieur de l’esprit mystique soustrait aux exigences d’utilitĂ©. Cela signifie non seulement que le normal psychologique qui n’est que l’état moyen de l’esprit des individus rivĂ©s Ă  leur intĂ©rĂȘt n’a pas Ă  recevoir un statut normatif, mais surtout que le moral est une norme qui enjoint de dĂ©passer purement et simplement l’équilibre normal de l’esprit, le rĂ©el se trouvant modifiĂ© Ă  son tour parce qu’étendu Ă  ce que les exigences vitales rejetaient. 66 D. Lapoujade, Sur un concept mĂ©connu de Bergson l’attachement Ă  la vie », in FrĂ©dĂ©ric Worms di ... 17L’anormal est peut-ĂȘtre mĂȘme alors plus rĂ©el que le rĂ©el morcelĂ© par les exigences vitales, auquel l’état normal de l’esprit donne accĂšs, car tout se passe comme si l’équilibre humain, comme si la normalitĂ© engendrĂ©e par cet Ă©quilibre cessait d’ĂȘtre viable ; Ă  un niveau plus profond, il est perçu et vĂ©cu comme un dĂ©sĂ©quilibre en tant que son modus vivendi ne cesse de rĂ©primer les forces crĂ©atrices au sein de l’individu »66. Ériger l’anormal en norme morale permet donc Ă  Bergson de modifier en retour la dĂ©finition du normal par la mise en question de la validitĂ© de la perception normale c’est-Ă -dire habituelle elle-mĂȘme, qui Ă©tait au fondement Ă  la fois de la dĂ©finition de l’adaptation au rĂ©el, mais aussi du rĂ©el lui-mĂȘme. Ce renversement illustre finalement pleinement la contradiction qu’on trouve au sein de l’Ɠuvre bergsonienne entre le vital compris comme ensemble d’exigences d’utilitĂ© pour la survie individuelle et d’autre part comme Ă©lan crĂ©ateur le second l’emporte finalement sur le premier puisque l’aspiration morale contribue Ă  dĂ©faire le dĂ©coupage utilitaire du rĂ©el et donne ainsi accĂšs Ă  l’élan vital lui-mĂȘme. Haut de page Notes 1 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, MĂ©langes, Paris, PUF, 1972, p. 370. 2 Ibid., p. 364. 3 Ibid., p. 360. 4 H. Bergson, L’énergie spirituelle, op. cit., p. 893 Cela, c’est veiller, c’est vivre la vie psychologique normale, c’est lutter, c’est vouloir ». 5 Id., MatiĂšre et mĂ©moire, ƒuvres complĂštes, op. cit., p. 294 Entre ces deux extrĂȘmes [l’impulsif et le rĂȘveur] se place l’heureuse disposition d’une mĂ©moire assez docile pour suivre avec prĂ©cision les contours de la situation prĂ©sente, mais assez Ă©nergique pour rĂ©sister Ă  tout autre appel. Le bon sens, ou sens pratique, n’est vraisemblablement pas autre chose ». 6 Il est, dans Le Rire, continuitĂ© mouvante de notre attention Ă  la vie », ƒuvres, op. cit., p. 475. 7 Ibid., p. 475. 8 MatiĂšre et MĂ©moire, op. cit., p. 296‑302. 9 MĂ©langes, op. cit., p. 620. 10 Le Rire, op. cit., p. 476. 11 V. JankĂ©lĂ©vitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 2008, p. 127‑128. 12 H. Bergson, MĂ©langes, op. cit., p. 620 Tous ne sont pas capables de cette vie de travail, tous n’ont pas Ă©galement le sens du rĂ©el, le bon sens ». Pierre Janet remarque chez les psychasthĂ©niques un caractĂšre fondamental, difficile Ă  expliquer, [
] le caractĂšre de la paresse » La force et la faiblesse psychologiques, Paris, Ă©ditions mĂ©dicales Norbert Maloine, 1932, p. 275. 13 Dans MatiĂšre et MĂ©moire, Bergson semble encore n’attribuer Ă  l’aliĂ©nation que des causes biologiques, Ă  savoir la perturbation des relations sensori-motrices Ă©tablies dans l’organisme » p. 313. 14 Le Rire, op cit., p. 450. 15 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1065. 16 Guy Lafrance, La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, Ottawa, Ă©ditions de l’universitĂ© d’Ottawa, 1974, p. 115 et suiv. 17 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1065. 18 Ibid., p. 1065. 19 Ibid., p. 1065. 20 Le Rire, op. cit., p. 457‑458. 21 Ibid., p. 451. 22 Ibid., p. 457. 23 Bergson fait rĂ©fĂ©rence de maniĂšre explicite Ă  la conception cartĂ©sienne du bon sens dans le discours de 1895, il est mĂȘme possible d’envisager que c’est en hommage au bon sens analysĂ© par Descartes dans le Discours de la mĂ©thode que Bergson a conservĂ© le terme bon sens » pour dĂ©signer l’équilibre psychique qu’il dĂ©crit. Les rĂ©fĂ©rences Ă  la problĂ©matique cartĂ©sienne du bon sens abondent dans le discours de 1895 le concept d’attention peut suggĂ©rer un arriĂšre plan cartĂ©sien, et Bergson y Ă©voque l’urgence de l’action en des termes qui rappellent ceux de Descartes pour qui les actions de la vie ne souffrent aucun dĂ©lai ». Dans le discours de 1895, Bergson dĂ©signe le bon sens comme une ignorance consciente d’elle-mĂȘme », termes qu’il rĂ©pĂ©tera Ă  l’identique dans son hommage Ă  Descartes en 1937, lorsqu’il fait de celui-ci l’auteur de l’idĂ©e selon laquelle la vraie connaissance a moins de rapport avec une information superficiellement encyclopĂ©dique qu’avec une ignorance consciente d’elle-mĂȘme ». Dans Le bon sens et les Ă©tudes classiques, Bergson ne nie pas directement que le bon sens soit la chose du monde la mieux partagĂ©e », mais il affirme que, si le bon sens est une facultĂ© innĂ©[e] et universel[le] », celle-ci est empĂȘchĂ©e par certains obstacles, notamment les prĂ©jugĂ©s et la distraction avec laquelle l’individu les reçoit l’universalitĂ© en droit du bon sens s’accorde bien avec l’idĂ©e que le bon sens reprĂ©sente une sorte de santĂ© mentale. Mais, Ă  la diffĂ©rence du bon sens cartĂ©sien, le bon sens bergsonien ne nĂ©cessite pas l’adoption d’une mĂ©thode l’adaptation Ă  la rĂ©alitĂ© qui rĂ©sulte du bon sens est spontanĂ©e, l’action qui en est issue tranche, brise le cercle, puisqu’elle est puissance d’invention de solutions. En outre, il n’est pas Ă  proprement parler une facultĂ©, que l’on pourrait rabattre soit sur l’intelligence, soit sur l’intuition, mais bien plutĂŽt un Ă©tat d’équilibre entre facultĂ©s, tempĂ©rant l’action de chacune en vue d’une bonne adaptation. 24 H. Bergson, Le Rire, op. cit., p. 452‑453. 25 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 26 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1174. 27 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 366. 28 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1056. 29 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 362. 30 Ce que Guy Lafrance appelle une justice intuitive », cf. La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, op. cit., p. 115 et suiv. 31 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 32 Ibid., p. 362. 33 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 34 Ibid. p. 1172. 35 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 36 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1017. 37 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364 Instrument, avant tout, de progrĂšs social, il ne peut tirer sa force que du principe mĂȘme de la vie sociale, l’esprit de justice ». 38 Ibid., p. 366. 39 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 40 Georges MourĂ©los, Bergson et les niveaux de rĂ©alitĂ©, Paris, PUF, 1964, p. 175‑176. 41 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 42 Id., Deux sources, op. cit., p. 1169. 43 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 44 Ibid., p. 360 Aussi la tĂąche de l’éducateur consiste surtout, en pareille matiĂšre Ă  conduire les uns par un artifice, lĂ  oĂč d’autres sont tout de suite placĂ©s par nature ». 45 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1004 Chacun de nous [
] s’est demandĂ© ce que tel ou tel eĂ»t attendu de lui en pareille occasion ». 46 Ibid., p. 1060. 47 Bergson fonde probablement son interprĂ©tation de la morale kantienne sur l’analyse de la rupture d’une promesse ou celle du suicide dans Les fondements de la mĂ©taphysique des mƓurs et dans le chapitre premier de l’Analytique de la Critique de la raison pratique. Il critique Kant en affirmant que jamais [
] on ne sacrifierait au seul besoin de cohĂ©rence logique son intĂ©rĂȘt, sa passion. » Les deux sources, op. cit., p. 994. 48 Cf. Aristote, Ethique Ă  Nicomaque, traduction Jean Tricot, Paris, Vrin, 1997, p. 298. 49 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 987. 50 Id., Le Rire, op. cit., p. 461. 51 Id., Deux sources, p. 1174. 52 Ibid., p. 1061. 53 Ibid., p. 1021. 54 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1245. 55 Le bon sens supĂ©rieur est liĂ© Ă  la partie la plus intime de lui-mĂȘme que l’individu retrouve quand sa conscience, travaillant en profondeur, lui rĂ©vĂšle, Ă  mesure qu’il descend davantage, une personnalitĂ© de plus en plus originale, incommensurable avec les autres et d’ailleurs inexprimable » Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 986. 56 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1020. 57 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 58 P. Janet, De l’angoisse Ă  l’extase, Paris, FĂ©lix Alcan, 1926, p. 459. 59 Ibid., p. 464. 60 H. Bergson, Les deux sources, op. cit., p. 1170. 61 P. Janet, De l’angoisse Ă  l’extase, op. cit., p. 461. 62 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 63 Ibid., p. 986. 64 Ibid., p. 986. 65 Ibid., p. 1243. 66 D. Lapoujade, Sur un concept mĂ©connu de Bergson l’attachement Ă  la vie », in FrĂ©dĂ©ric Worms dir., Annales bergsoniennes, tome 4, Paris, PUF, 2009, p. 689. Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Clarisse ZOULIM, La notion de bon sens dans la philosophie d’Henri Bergson », Philonsorbonne, 6 2012, 83-96. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Clarisse ZOULIM, La notion de bon sens dans la philosophie d’Henri Bergson », Philonsorbonne [En ligne], 6 2012, mis en ligne le 04 fĂ©vrier 2013, consultĂ© le 23 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page poussettetrottine cassiopĂ©e carrefour / prix raccordement Ă©lectricitĂ© / bergson, le rire explication de texte. bergson, le rire explication de texte . by: poignĂ©e salle de bain - ikea 0 bĂŹnh luáș­n ThĂĄng Mười Một 16, 2021
Avis du professeur Texte de Bergson trÚs connu sur la vérité. Sans difficulté particuliÚre pour un élÚve de S qui doit avoir un bon cours sur la connaissance et le réel. LE SUJET ET SON CORRIGE Le sujet et le corrigé portant sur le Bac S - BERGSON, La pensée et le mouvant, 1934 est en cours de publication. 2022 Copyright France-examen - Reproduction sur support électronique interdite
Parmiles explications mĂ©canistes du vivant, la conception darwinienne de l’évolution du vivant est une de celle que Bergson ici va examiner. Cette confĂ©rence est liĂ©e Ă  Huxley qui fĂ»t un propagateur des conceptions de Darwin et les approfondĂźt. Rappelons que pour Darwin l’évolution est le fruit du hasard et de la nĂ©cessitĂ©.
La pensĂ©e et le langage Le concept de pensĂ©e » possĂšde au moins deux acceptions majeures. Au sens strict, c’est la pensĂ©e intellectuelle, passant par les idĂ©es, par les concepts, par les mots c’est le jugement. Au sens large, la pensĂ©e dĂ©signe tout phĂ©nomene conscient, comme par exemple l’imagination ou encore la perception. D’un cĂŽtĂ©, toute pensĂ©e semble passer nĂ©cessairement par le langage, mais de l’autre, elle semble facilement ne pas toujours emprunter la voie du langage pour se rĂ©aliser. Mais doit-on se satisfaire d’une telle p g N’y a-t’il pas tout d’ab conceptuelles, dont l’ tions non mble ĂȘtre un parfait exemple ? Le langage n’est-il alors qu’un simple instrument de la pensĂ©e puisqu’ici la langage semble excĂšder celle-ci ? Celle- ci serait alors indĂ©pendante, antĂ©rieure, voire plus large que le langage par lequel elle s’eprime. Le langage n’est-il pas au contraire une condition nĂ©cessaire de la pensĂ©e, c’est-Ă -dire ce sans quoi il n’y a de pensĂ©e, d’une part communiquĂ©e c’est Ă©vident, d’autre part solitaire semble moins Ă©vident. C’est ici entre autre le problĂšme de l’inĂ©ffable existe-t’il de l’indicible nĂ©anmoins pensĂ© ? D’autre part, SI la pensĂ©e comprise comme l’ensemble de la vie consciente, psychique semble bien pouvoir se passer d’un langage, n’est-ce pas une apparence to next page apparence trompeuse ? Des opĂ©rations de l’esprit comme l’imagination ou la perception sont-elles vraiment sans langage » ? Et si ces opĂ©rations avaient un langage, ne serait-ce pas en un sens plus large que celui de la pensĂ©e conceptuelle ? Quel est donc le rapport entre la pensĂ©e et le langage est-il extĂ©rieur, accidentel, ou au contraire constitutif ? Bref peut-on penser sans langage ? -La pensĂ©e indĂ©pendante du langage La thĂšse selon laquelle il serait possible de penser sans langage revient entre autre Ă  considĂ©rer le langage comme un simple instrument de la pensĂ©e. La pensĂ©e est alors ici une rĂ©alitĂ© prĂ©existante, antĂ©rieure, dont le langage se fait simple mĂ©diateur. En ce sens la pensĂ©e conceptuelle, passant par des mots ne serait qu’une espĂšce du genre pensĂ©e, ce ne serait qu’une forme, restreinte, qu’elle peut prendre. La pesnĂ©e serait du spirituel, de l’immatĂ©riel qui peut se matĂ©rieliser avec la langage ou bien rester immatĂ©rielle. On en arrive alors par exemple au problĂšme e l’adĂ©quation du langage avec la pensĂ©e qu’elle doit exprimer la langage est-il un bon intermĂ©iaire ? La pensĂ©e ne se fait- elle pas en quelque sorte en dĂ©pit du langage, dans le sens oĂč les mots, les concepts, les langues ne seraient que des outils imparfaits pour la matĂ©rialisation et la transmission de la pensĂ©e ? Le fait que l’on cherche parfois nos mots peut par exemple ĂȘtre intĂ©prĂštĂ© en faveur de cette thĂšse, du moins en fav 2 OF s nos mots peut par exemple ĂȘtre IntĂ©prĂštĂ© en faveur de cette thĂšse, du moins en faveur de la thĂšse selon laquelle la pensĂ©e erait antĂ©rieure au langage, celui-ci extĂ©rieur Ă  celle-lĂ . Certains philosophes ont soulignĂ© les limites de la pensĂ©e conceptuelle, c’est-Ă -dire les limites du concpet pour exprimer au moins certaines formes de pensĂ©e. Bergson a par exemple mis en exergue l’impossibilitĂ© de saisir conceptuellement ce qu’est la vie, e tnotamment sa forme la plus Ă©levĂ©e qu’est la vie consciente, du fait d’une sorte de raideur des concepts. Notre existence est profondĂ©ment temporelle. Il s’agit de ressaisir en deça de toute activitĂ© consciente la vie de l’esprit comme durĂ©e, flux. Saisir ce flux temporel, cest saisir quelque chose de toujours identique en moi, c’est atteindre une vĂ©ritĂ©. Cette vĂ©ritĂ© est saisie par une intuition, c’est-Ă -dire ici une vision de soi par soi cette intuition intellectuelle peut ĂȘtre comprise comme le contact immĂ©diat entre la pensĂ©e et son objet, sans le passage par l’intermĂ©diaire d’un concept. Ce qui signifie que l’accĂšs Ă  cette vĂ©ritĂ© que notre vie consciente est profondĂ©ment durĂ©e se fait par un mouvement qui va contre l’intellect et s’enracinne dans le vouloir, comme si la volontĂ© se retournait sur elle-mĂȘme. Cest un acte de l’esprit, donc en ce sens il existerait une pensĂ©e non conceptuelle, prenant ici la forme de l’intuition intellectuelle. Tout le problĂšme est alors de dire, de communique 3 OF s est alors de dire, de communiquer cette durĂ©e, car elle est au- delĂ  du langafe. La pensĂ©e conceptuelle montre ici ses limite. En un sens, notre durĂ©e est quelque chose d’inĂ©ffable, d’indicible il y a ici une inadĂ©quation entre la pensĂ©e intuitive et le langage. Mais on peut tout de mĂȘme en faire une monstration, une description. Cest ce que ait Bergson, souvent par des formules Ă©gatives et limitatives, mais Ă©galement par des mĂ©taphores comme mĂ©lodie organisme Cest comme s’il tentait d’encercler l’objet de son intuition sans pouvoir le montrer directement. Ainsi, chez Bergson, d’une part, il existe de la pensĂ©e non concpetuelle, qui n’est pas mĂ©diatisĂ©e par le langage, et, d’autre part, la communicationde cette intuition ne peut se faire qu’imparfaitement, comme le prouve l’emploi de mĂ©taphores et de descriptions nĂ©gatives. Il y aurait donc des formes de pensĂ©e intellectuelle sans langage. Enfin, Ă  cĂŽtĂ© de ce sens de la restreint de la pensĂ©e, il est possible e mettre en avant un sens bien plus large, que l’on retrouve par exemple chez Descartes, pour qui la pensĂ©e peut ĂȘtre comprise comme Pensemble des phĂ©nomĂšnes de la vie consciente. Dans les RĂ©ponses aux secondes objections, Descartes propose cette dĂ©finition de la pensĂ©e Par le nom de pensĂ©e, je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immĂ©diatement conscients. Ain 4 OF S comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immĂ©diatement conscients. Ainsi toutes les opĂ©rations de la volontĂ©, de l’entendement, de l’imagination et des sens sont des pensĂ©ees b. La pensĂ©e, c’est donc ici ce dont on est ImmĂ©diatement conscient. L’imagination fonctionne par images, reprĂ©sente des choses par le biai d’images. Il semble douteux qu’en imaginant on pense avec le langage, du moins si l’on considĂšre celui-ci comme la facultĂ© de communiquer la pensĂ©e par un systĂšme de signes. On peut traduire le contenu de l’imagination par le langage, mais elle n’est pas elle-mĂȘme un langage. De mĂȘme la perception semble bel et bien se passer d’un langage. par consĂ©quent, la pensĂ©e semble bien pouvoir se passer du langage, ce qui revient Ă  considĂ©rer celui-ci comme un simple nstrument, et la pensĂ©e comme antĂ©rieure et plus vaste que le langage. L’intuition peut apparaitre comme une forme de pensĂ©e non conceptuelle dont on ne peut que difficilement rendre compte par langage il faut par exemple utiliser des descriptions indirectes. La possibilitĂ© d’une pensĂ©e indĂ©pendante du langage apparait encore plus nettement si l’on adopte un sens large de la pensĂ©e. Mais ce rapport instaurĂ© entre le langage et la pensĂ©e est-il satisfaisant ? Ne faut-il pas, notamment, restreindre le sens de pensĂ©e » et prĂ©ciser le sens de ce concept ? S OF s
Stage- Explication de texte : La pensée et le mouvant, Bergson : accédez au QCM de ce cours du chapitre Explications de texte en Philosophie Terminale. Parse error syntax error, unexpected T_STATIC, expecting T_OLD_FUNCTION or T_FUNCTION or T_VAR or '}' in /home/maroloko/www/rsu9wz/ on line 3 Nousabordons le langage aujourdù hui, par le problÚme philosophique du rapport entre la pensée et le langage: entre lù intériorité de la pensée et lù extériorit
PAPEETE, le 19 juin 2018. es Ă©lĂšves de terminale ont travaillĂ© ce matin de 7h30 Ă  11h30 sur leur copie de philosophie, Ă©preuve qui ouvre traditionnellement leur semaine d'examen. Voici les sujets de l'Ă©preuve de philosophie donnĂ©s ce mardi matin aux Ă©lĂšves polynĂ©siens. Pour la sĂ©rie L ‱ "L'expĂ©rience suffit-elle Ă  Ă©tablir une vĂ©ritĂ© ?" ‱ "La justice peut-elle se passer des lois?" ‱ L'explication d'un extrait de "L'Etre et le nĂ©ant" de Jean-Paul Sartre. Pour la sĂ©rie S ‱ "Peut-on ne pas se comprendre soi-mĂȘme?", ‱ "Qu'est-ce qui me dicte ce que je dois faire?" ‱ Explication du texte extrait La QuĂȘte inachevĂ©e de Popper Pour la sĂ©rie ES ‱ Le langage peut-il ne pas nous tromper? ‱ A-t-on le devoir d'ĂȘtre heureux ? ‱ Explication de l'extrait de La PensĂ©e et le mouvant de Bergson Pour la sĂ©rie technologique sĂ©rie STHR– ‱ "Chercher la vĂ©ritĂ©, est-ce renoncer Ă  ses croyances?" ‱ "La technique ne vise-t-elle que l'efficacitĂ©?" ‱ Explication d’un texte extrait de L'utilitarisme de Mill. Pour la sĂ©rie technologique toutes sĂ©ries sauf TMD et STHR – Session 2018 ‱ "Raisonne-ton mieux seul ou Ă  plusieurs ?" ‱ "Etre libre, est-ce ne se soumettre Ă  rien ?" ‱ L'explication d'un texte du livre Mes mĂ©moires de Mill
Pourles notes de bas de page : Times, 10 points. dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition complte le 14 aot 2003 Chicoutimi, Qubec. Avec la prcieuse coopration de M. Bertrand Gibier, bnvole, professeur de philosophie, qui a rcrit en grec moderne toutes les
La pensĂ©e et le mouvant Ce mot trĂšs opaque en appelle Ă  une double interrogation sĂ©mantique et ... dĂšs lors que l'exercice souverain d'un rĂ©cit nunĂ©gocentrĂ© »[12] serait la seule issue, ...... auto-significativitĂ© », mĂȘme si immĂ©diatement aprĂšs ce schĂšme est corrigĂ© ..... la doxa rĂ©aliste pour cette entreprise canonique du classicisme postvidalien. Part of the document Henri BERGSON 1859-1941 La pensĂ©e et le mouvant ESSAIS ET CONFÉRENCES. Articles et confĂ©rences datant de 1903 Ă  1923 Un document produit en version numĂ©rique par Mme Marcelle Bergeron, bĂ©nĂ©vole Professeure Ă  la retraite de l'École Dominique-Racine de Chicoutimi, QuĂ©bec et collaboratrice bĂ©nĂ©vole Courriel mailtomabergeron Site web Dans le cadre de la collection "Les classiques des sciences sociales" dirigĂ©e et fondĂ©e par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au CĂ©gep de Chicoutimi Site web s/ Une collection dĂ©veloppĂ©e en collaboration avec la BibliothĂšque Paul-Émile-Boulet de l'UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  Chicoutimi Site web Un document produit en version numĂ©rique par Mme Marcelle Bergeron, bĂ©nĂ©vole, professeure Ă  la retraie de l'École Dominique-Racine de Chicoutimi, QuĂ©bec courriel mailtomabergeron site web Ă  partir de Henri Bergson 1859-1941 La pensĂ©e et le mouvant. Essais et confĂ©rences. Recueil d'articles et de confĂ©rences datant de 1903 Ă  1923 Une Ă©dition Ă©lectronique rĂ©alisĂ©e du livre La pensĂ©e et le mouvant. Paris Les Presses universitaires de France, 1969, 79e Ă©dition, 294 pages. Collection BibliothĂšque de philosophie contemporaine. Polices de caractĂšres utilisĂ©e Pour le texte Times, 12 points. Pour les citations Times 10 points. Pour les notes de bas de page Times, 10 points. Édition Ă©lectronique rĂ©alisĂ©e avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE US letter, x 11'' Édition complĂ©tĂ©e le 14 aoĂ»t 2003 Ă  Chicoutimi, QuĂ©bec. Avec la prĂ©cieuse coopĂ©ration de M. Bertrand Gibier, bĂ©nĂ©vole, professeur de philosophie, qui a réécrit en grec moderne toutes les citations ou expressions grecques contenues dans l'?uvre originale ac- [pic] Table des matiĂšres Avant-propos I. - Introduction premiĂšre partie. Croissance de la vĂ©ritĂ©. Mouvement rĂ©trograde du vrai II. - Introduction deuxiĂšme partie. De la position des problĂšmes 22 janvier 1922 III. - Le possible et le rĂ©el. Essai publiĂ© dans la revue suĂ©doise Nordisk Tidskrift en novembre 1930 IV. - L'intuition philosophique. ConfĂ©rence faite au CongrĂšs de Philosophie de Bologne le 10 avril 1911 V. - La perception du changement. ConfĂ©rences faites Ă  l'UniversitĂ© d'Oxford les 26 et 27 mai 1911 PremiĂšre confĂ©rence DeuxiĂšme confĂ©rence VI. - Introduction Ă  la mĂ©taphysique VII. - La philosophie de Claude Bernard. Discours prononcĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie du Centenaire de Claude Bernard, au CollĂšge de France, le 30 dĂ©cembre 1913. VIII. - Sur le pragmatisme de William James. VĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ© IX. - La vie et l'?uvre de Ravaisson Henri Bergson 1869-1941 La pensĂ©e et le mouvant Essais et confĂ©rences Paris Les Presses universitaires de France Collection BibliothĂšque de philosophie contemporaine. __ 1969, 294 pages Retour Ă  la table des matiĂšres La pensĂ©e et le mouvant Essais et confĂ©rences. Avant-propos Retour Ă  la table des matiĂšres Le prĂ©sent recueil comprend d'abord deux essais introductifs que nous avons Ă©crits pour lui spĂ©cialement, et qui sont par consĂ©quent inĂ©dits. Ils occupent le tiers du volume. Les autres sont des articles ou des confĂ©rences, introuvables pour la plupart, qui ont paru en France ou Ă  l'Ă©tranger. Les uns et les autres datent de la pĂ©riode comprise entre 1903 et 1923. Ils portent principalement sur la mĂ©thode que nous croyons devoir recommander au philosophe. Remonter Ă  l'origine de cette mĂ©thode, dĂ©finir la direction qu'elle imprime Ă  la recherche, tel est plus particuliĂšrement l'objet des deux essais composant l'introduction. Dans un livre paru en 1919 sous le titre de L'Énergie spirituelle nous avions rĂ©uni des essais et confĂ©rences » portant sur les rĂ©sultats de quelques-uns de nos travaux. Notre nouveau recueil, oĂč se trouvent groupĂ©s des essais et confĂ©rences » relatifs cette fois au travail de recherche lui-mĂȘme, sera le complĂ©ment du premier. Les Delegates of the Clarendon Press d'Oxford ont bien voulu nous autoriser Ă  reproduire ici les deux confĂ©rences, si soigneusement Ă©ditĂ©es par eux, que nous avions faites en 1911 Ă  l'UniversitĂ© d'Oxford. Nous leur adressons tous nos remerciements. H. B. La pensĂ©e et le mouvant Essais et confĂ©rences. I Introduction premiĂšre partie Croissance de la vĂ©ritĂ©. Mouvement rĂ©trograde du vrai. De la prĂ©cision en philosophie. - Les systĂšmes. - Pourquoi ils ont nĂ©gligĂ© la question du Temps. - Ce que devient la connaissance quand on y rĂ©intĂšgre les considĂ©rations de durĂ©e. - Effets rĂ©troactifs du jugement vrai. - Mirage du prĂ©sent dans le passĂ©. - De l'histoire et des explications historiques. - Logique de rĂ©trospection. Retour Ă  la table des matiĂšres Ce qui a le plus manquĂ© Ă  la philosophie, c'est la prĂ©cision. Les systĂšmes philosophiques ne sont pas taillĂ©s Ă  la mesure de la rĂ©alitĂ© oĂč nous vivons. Ils sont trop larges pour elle. Examinez tel d'entre eux, convenablement choisi vous verrez qu'il s'appliquerait aussi bien Ă  un monde oĂč il n'y aurait pas de plantes ni d'animaux, rien que des hommes ; oĂč les hommes se passeraient de boire et de manger ; oĂč ils ne dormiraient, ne rĂȘveraient ni ne divagueraient ; oĂč ils naĂźtraient dĂ©crĂ©pits pour finir nourrissons ; oĂč l'Ă©nergie remonterait la pente de la dĂ©gradation ; oĂč tout irait Ă  rebours et se tiendrait Ă  l'envers. C'est qu'un vrai systĂšme est un ensemble de conceptions si abstraites, et par consĂ©quent si vastes, qu'on y ferait tenir tout le possible, et mĂȘme de l'impossible, Ă  cĂŽtĂ© du rĂ©el. L'explication que nous devons juger satisfaisante est celle qui adhĂšre Ă  son objet point de vide entre eux, pas d'interstice oĂč une autre explication puisse aussi bien se loger ; elle ne convient qu'Ă  lui, il ne se prĂȘte qu'Ă  elle. Telle peut ĂȘtre l'explication scientifique. Elle comporte la prĂ©cision absolue et une Ă©vidence complĂšte ou croissante. En dirait-on autant des thĂ©ories philosophiques ? Une doctrine nous avait paru jadis faire exception, et c'est probablement pourquoi nous nous Ă©tions attachĂ© Ă  elle dans notre premiĂšre jeunesse. La philosophie de Spencer visait Ă  prendre l'empreinte des choses et Ă  se modeler sur le dĂ©tail des faits. Sans doute elle cherchait encore son point d'appui dans des gĂ©nĂ©ralitĂ©s vagues. Nous sentions bien la faiblesse des Premiers Principes. Mais cette faiblesse nous paraissait tenir Ă  ce que l'auteur, insuffisamment prĂ©parĂ©, n'avait pu approfondir les idĂ©es derniĂšres » de la mĂ©canique. Nous aurions voulu reprendre cette partie de son ?uvre, la complĂ©ter et la consolider. Nous nous y essayĂąmes dans la mesure de nos forces. C'est ainsi que nous fĂ»mes conduit devant l'idĂ©e de Temps. LĂ , une surprise nous attendait. Nous fĂ»mes trĂšs frappĂ© en effet de voir c ï»ż
BERGSON La pensée et le mouvant, 1934 Corrigé du sujet de l'extrait de Henri Bergon: Il est question dans ce texte de la vérité. ThÚse de l'auteur: La vérité est dite comme l'affirmation qui concorde avec la réalité. Or cette concordance n'est pas seulement une copie de la réalité. Henri Bergson (1859- 1941) a beaucoup écrit sur la vérité, et sur la durée. Il pense etre autre
Unit 1 - Corpus Sujets - 1 Sujet La matiĂšre et l'esprit CorrigĂ© 25 La raison et le rĂ©el phiT_1211_11_03C Nouvelle-CalĂ©donie ‱ Novembre 2012 explication de texte ‱ SĂ©rie L > Expliquer le texte suivant Celui qui pourrait regarder Ă  l'intĂ©rieur d'un cerveau en pleine activitĂ©, suivre le va-et-vient des atomes et interprĂ©ter tout ce qu'ils font, celui-lĂ  saurait sans doute quelque chose de ce qui se passe dans l'esprit, mais il n'en saurait que peu de chose. Il en connaĂźtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l'Ă©tat d'Ăąme contient d'action en voie d'accomplissement, ou simplement naissante le reste lui Ă©chapperait. Il serait, vis-Ă -vis des pensĂ©es et des sentiments qui se dĂ©roulent Ă  l'intĂ©rieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur la scĂšne, mais n'entend pas un mot de ce qu'ils disent. Sans doute, le va-et-vient des acteurs, leurs gestes et leurs attitudes, ont leur raison d'ĂȘtre dans la piĂšce qu'ils jouent ; et si nous connaissons le texte, nous pouvons prĂ©voir Ă  peu prĂšs le geste ; mais la rĂ©ciproque n'est pas vraie, et la connaissance des gestes ne nous renseigne que fort peu sur la piĂšce, parce qu'il y a beaucoup plus dans une fine comĂ©die que les mouvements par lesquels on la scande. Ainsi, je crois que si notre science du mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral Ă©tait parfaite, et parfaite aussi notre psychologie, nous pourrions deviner ce qui se passe dans le cerveau pour un Ă©tat d'Ăąme dĂ©terminĂ© ; mais l'opĂ©ration inverse serait impossible, parce que nous aurions le choix, pour un mĂȘme Ă©tat du cerveau, entre une foule d'Ă©tats d'Ăąme diffĂ©rents, Ă©galement appropriĂ©s. Henri Bergson, L'Énergie spirituelle, 1919. DĂ©gager la problĂ©matique du texte Nous pouvons, en neurosciences, observer les mouvements du cerveau aussi bien lorsqu'il y a une perception que lorsqu'il y a une action commandĂ©e. Pouvons-nous dire pour autant que nous sommes capables de dĂ©crire les mouvements de l'esprit ? Ce texte questionne la relation entre le cerveau et la pensĂ©e, et plus gĂ©nĂ©ralement entre le corps et l'Ăąme s'agit-il d'une mĂȘme substance ? S'agit-il de deux substances qui agissent en parallĂšle ? La pensĂ©e est-elle logĂ©e dans le cerveau comme dans un lieu ou au contraire est-ce qu'elle l'enveloppe ou le dĂ©borde ? RepĂ©rer la structure du texte et les procĂ©dĂ©s d'argumentation Pour y rĂ©pondre Bergson procĂšde en trois parties. Il commence par imaginer l'expĂ©rimentation parfaite qui permettrait d'observer tous les mouvements du cerveau elle ne permettrait pas de saisir l'ensemble des mouvements de l'Ăąme. Il explique alors, dans un deuxiĂšme moment, ce qu'on pourrait y voir Ă  l'aide d'une comparaison l'observateur, qui cherche Ă  comprendre l'esprit par l'observation des mouvements du cerveau, serait comme l'observateur d'une piĂšce de théùtre dont on aurait coupĂ© le son. Il conclut alors que les mouvements de l'Ăąme dĂ©bordent toujours ceux du cerveau. Éviter les erreurs Ce texte semble, par la richesse de ses images, facile Ă  comprendre. Or il engage des problĂšmes mĂ©taphysiques trĂšs complexes sur la relation entre l'Ăąme et le corps, la pensĂ©e et le cerveau. Il implique de se dĂ©gager de tout a priori purement matĂ©rialiste ou au contraire purement spiritualiste, dans la mesure oĂč Bergson pose une thĂšse tout Ă  fait originale il existe un cerveau matĂ©riel mais aussi une conscience en interaction avec lui, sans pour autant que l'un se confonde avec l'autre. Introduction Si l'on peut observer des mouvements dans le cerveau d'un individu chaque fois qu'il perçoit quelque chose ou qu'il commande par exemple Ă  son corps de marcher, peut-on pour autant identifier l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale et la pensĂ©e ? C'est Ă  cette question de la relation entre l'Ăąme et le cerveau que Bergson tente d'apporter des rĂ©ponses, avec cet extrait de L'Énergie spirituelle. La pensĂ©e se confond-elle avec celle du cerveau ? Si ce n'est pas le cas, est-elle une activitĂ© parallĂšle Ă  celle du cerveau, en est-elle un Ă©piphĂ©nomĂšne, ou bien encore une activitĂ© radicalement diffĂ©rente ? Il ne s'agit pas pour Bergson de nier certaines corrĂ©lations entre l'esprit et la matiĂšre, ni mĂȘme de minimiser les progrĂšs de la science mais de montrer que l'activitĂ© de la pensĂ©e ne se limite pas Ă  celle du cerveau. Pour cela, il commence par dĂ©crire ce que l'on peut observer d'un point de vue strictement matĂ©riel dans un cerveau aussi parfaite que puisse ĂȘtre une expĂ©rience, elle ne peut rendre compte de toute l'activitĂ© de l'esprit. Pour le comprendre, il Ă©tablit une comparaison dans une seconde partie entre le cerveau et une scĂšne de théùtre dont on ne pourrait que voir bouger les acteurs sans les entendre. Il conclut alors dans un troisiĂšme temps que l'action de l'Ăąme dĂ©passe celle du cerveau. 1. La vision du neurologue sur le cerveau informe peu sur l'activitĂ© de l'esprit A. On peut repĂ©rer certains mouvements matĂ©riels du cerveau Bergson imagine que l'on puisse observer Ă  l'intĂ©rieur d'un cerveau les diffĂ©rents mouvements de la matiĂšre jusque dans leurs plus petites parties, les atomes. Cette idĂ©e semble concevable aujourd'hui avec les techniques d'imagerie mĂ©dicale qui permettent dĂ©jĂ  d'apprĂ©hender certaines variations. Le cerveau est la partie du corps qui constitue le centre neurologique Ă  son endroit se relient les mouvements nerveux centrifuges et centripĂštes, centre de rĂ©ception des sensations et centre de commandement des actions. Il y a donc un endroit, un lieu oĂč se localisent dans le corps la rĂ©ception d'images de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et le point moteur de l'action. En ce sens par exemple, le docteur Broca a Ă©tabli en 1861, Ă  partir de l'Ă©tude d'un patient aphasique, qu'Ă  un endroit particulier du cerveau, que l'on appelle depuis l'aire de Broca, se trouve le centre des commandes du langage. B. Mais ils ne se confondent pas avec ceux de l'esprit On pourrait alors imaginer que, si on peut localiser dans le cerveau ce qui provoque des reprĂ©sentations et nous engage Ă  parler, si on peut localiser et observer ce qui est source et expression de la pensĂ©e, alors on pourrait, avec un outillage perfectionnĂ©, savoir ce qui se passe dans l'esprit. Or, dit Bergson, cet observateur privilĂ©giĂ© n'en saurait finalement que peu de choses. Pourquoi ? Parce qu'il convient de distinguer justement l'esprit de ses effets matĂ©riels. L'esprit ne se confond pas avec ce qui est exprimable en geste », il semblerait y avoir tout un domaine inexprimable, dont on ne peut rendre compte matĂ©riellement. Il y a bien de l'Ăąme une partie qui se rĂ©percute dans l'action naissante, le moment oĂč l'Ăąme impulse un nouveau mouvement. Mais tout le reste lui Ă©chapperait ». Tout ce qui de l'esprit n'est pas immĂ©diatement rĂ©injectĂ©, actualisĂ©, dans un mouvement matĂ©riel, demeure inconnu pour l'observateur du cerveau, aussi parfaite que soit son imagerie mĂ©dicale. [Transition] Mais quel est donc cet excĂ©dent qui ne se matĂ©rialise pas et que l'on ne peut repĂ©rer par l'expĂ©rimentation scientifique ? 2. Le cerveau est comme la scĂšne d'un théùtre dont on n'entend pas le son A. Observer les mouvements du cerveau, c'est comme regarder une piĂšce sans le son Pour y rĂ©pondre Bergson va utiliser une analogie entre le rapport du cerveau Ă  l'esprit et celui des gestes vus sur une scĂšne de théùtre au sens mĂȘme de la piĂšce. En effet, celui qui veut comprendre la pensĂ©e d'un homme en regardant simplement les scanners que l'on a pu faire de son cerveau, serait comme celui qui tenterait de comprendre une piĂšce de théùtre alors mĂȘme qu'il n'y aurait pas de son. Il ne verrait que des mouvements, des gestes, mais le sens et la signification lui Ă©chapperaient dans bien des cas. De la mĂȘme maniĂšre, les images des cerveaux peuvent parfois coĂŻncider avec, par exemple, un ordre donnĂ© par l'Ăąme ou une Ă©motion ressentie lors d'une sensation, mais en aucun cas elles ne donnent accĂšs Ă  l'interprĂ©tation que l'on peut en faire. On peut observer que certaines zones du cerveau rĂ©agissent lorsque l'individu regarde une Ɠuvre d'art, mais finalement, on n'est pas renseignĂ© sur ce qu'il en pense, s'il la trouve belle ou laide, si elle lui rappelle des souvenirs et lesquels, ou si au contraire, cette Ɠuvre lui donne des idĂ©es de projets. B. Le sens profond de la piĂšce dĂ©passe les simples gestes comme les mouvements de la conscience Ă©chappent aux simples mouvements du cerveau Bien sĂ»r, il y a une relation de cause Ă  effet entre le sens de la piĂšce et le va-et-vient » des acteurs, leur comportement. C'est bien le sens de la piĂšce, son Ă©criture ou le scĂ©nario, qui guide le comportement, le jeu des acteurs, leurs gestes et dĂ©placements. Tel scĂ©nario peut impliquer telle action sur scĂšne mais a contrario, tel geste peut renvoyer Ă  plusieurs causes diffĂ©rentes. Le fait qu'un personnage indique Ă  un autre oĂč se trouve un objet engage trĂšs certainement qu'il tende la main dans cette direction. Il y a bien en ce sens relation de cause Ă  effet, de la mĂȘme maniĂšre qu'un mouvement de l'aire Broca indique qu'un homme va se mettre Ă  parler. En revanche la rĂ©ciproque n'est pas vraie » l'observation sans le son d'une main tendue ne nous renseigne pas sur l'intention du personnage. Elle peut par exemple dĂ©signer une blessure, une menace de gifle, le fait qu'elle soit vide, ou encore la possibilitĂ© d'aider l'autre
 Le simple fait de voir un geste ne nous renseigne que fort peu sur la piĂšce », c'est-Ă -dire que les gestes ne sont pas porteurs de sens indĂ©pendamment du contexte dans lequel ils se dĂ©ploient, et ce contexte est lui-mĂȘme tributaire des dialogues entre les personnages. De la mĂȘme maniĂšre un mouvement de l'aire de Broca ne prĂ©sume en rien du contenu de ce que va dire l'individu qui parle. [Transition] Mais si les mouvements d'un cerveau ne permettent pas de dĂ©crire les mouvements de l'Ăąme, est-ce Ă  dire que leurs actions sont indĂ©pendantes ? 3. Ainsi l'action de l'Ăąme dĂ©passe celle du cerveau A. Un mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral peut rendre compte d'un Ă©tat psychique Monisme ThĂšse philosophique selon laquelle tout ce qui existe – l'univers, le cosmos, le monde – est essentiellement un tout unique. Il ne s'agit pas de nier l'interaction entre le cerveau et la pensĂ©e, entre la matiĂšre et l'esprit, et en cela la philosophie de Bergson n'est pas un monisme. En effet, si nous avions d'un cĂŽtĂ© une connaissance parfaite de ce qui se passe matĂ©riellement dans un cerveau, c'est-Ă -dire une science du mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral », et d'un autre cĂŽtĂ©, une connaissance parfaite des mouvements de l'Ăąme d'un individu, de ses pensĂ©es, c'est-Ă -dire une parfaite psychologie », alors peut-ĂȘtre que nous pourrions Ă©tablir une correspondance entre les mouvements du premier qui exprimeraient les mouvements du second. On pourrait retrouver pour un Ă©tat d'Ăąme prĂ©cis la cause matĂ©rielle dans le cerveau. Est-ce que cerveau et esprit agissent de maniĂšre parallĂšle, se faisant Ă©cho comme par une harmonie préétablie » selon l'expression de Leibniz ? B. Mais la rĂ©ciproque n'est pas vraie C'est justement la critique de toutparallĂ©lisme qu'entend faire ici Bergson. En effet, si Ă  un certain mouvement de l'Ăąme correspond un certain mouvement du cerveau, la rĂ©ciproque n'est pas vraie. Un mouvement prĂ©cis du cerveau peut renvoyer Ă  une infinitĂ© de mouvements diffĂ©rents de l'Ăąme, de la mĂȘme maniĂšre qu'un geste sur une scĂšne de théùtre peut avoir une multiplicitĂ© d'interprĂ©tations possibles. Ainsi l'action de l'esprit, si elle se trouve mĂȘlĂ©e Ă  celle du cerveau, ne peut pas pour autant lui ĂȘtre totalement superposable. L'action de l'Ăąme dĂ©borde de loin celle de l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale. Cela laisse envisager la possibilitĂ© pour l'Ăąme de survivre au corps, autrement dit d'accĂ©der Ă  l'immortalitĂ©. Pour rendre compte du rapport entre le cerveau et la pensĂ©e, Bergson a recours par ailleurs dans le mĂȘme ouvrage, Ă  une image le cerveau est comme le clou qui soutient un manteau, Ă©quivalant de l'Ăąme. On ne peut nier que le cerveau ne doit pas ĂȘtre endommagĂ© pour que la pensĂ©e se fasse correctement. Des accidents tĂ©moignent des troubles psychiques engendrĂ©s par des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales. De la mĂȘme maniĂšre on ne peut nier que sans le clou, le manteau tombe, mais l'on ne peut affirmer que la forme du clou dĂ©termine toute la forme du manteau. Ainsi le cerveau constitue bien une condition pour que la conscience puisse agir, mais en aucun cas il ne constitue une condition suffisante, il n'en est pas la cause. Conclusion À la question de savoir quels sont les rapports de la conscience et du cerveau, Bergson rĂ©pond par une rĂ©futation du matĂ©rialisme l'esprit ne peut en ĂȘtre un simple Ă©piphĂ©nomĂšne, une simple fonction secondaire. Il ne nie pas pour autant l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale et ses interactions avec la pensĂ©e, et en cela il n'est pas purement spiritualiste. GrĂące Ă  l'image de la piĂšce de théùtre, il montre alors qu'il ne s'agit pas d'un simple parallĂ©lisme entre esprit et cerveau car si, Ă  un mouvement prĂ©cis de l'Ăąme peut correspondre un certain mouvement du cerveau, la rĂ©ciproque n'est pas vraie un mouvement du cerveau peut Ă©voquer une multitude de variations psychologiques. Ainsi l'Ăąme dĂ©borde toujours sur le corps et, par lĂ  mĂȘme, la mĂ©taphysique est possible.
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