Sangde la terre, 1995, 254 pp. [Autorisation accordĂ©e par les ayant-droit et les traducteurs, MM. Jacques Grinevald et Ivo Rens, UniversitĂ© de GenĂšve, le 17 fĂ©vrier 2004] Courriel: Ivo.Rens@ de caractĂšres utilisĂ©e : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points. ĂditionDerniĂšre mise Ă jour 07/06/2021 âą ProposĂ© par Pierre-Jean Haution professeur Texte Ă©tudiĂ© DâoĂč viennent les idĂ©es qui sâĂ©changent? Il ne faut pas croire que la vie sociale soit une habitude acquise et transmise. Lâhomme est organisĂ© pour la citĂ© comme la fourmi pour la fourmiliĂšre, avec cette diffĂ©rence pourtant que la fourmi possĂšde les moyens tout faits pour atteindre le but, tandis que nous apportons ce quâil faut pour les rĂ©inventer et par consĂ©quent pour en varier la forme. Chaque mot de notre langue a donc beau ĂȘtre conventionnel, le langage n'est pas une convention, et il est aussi naturel Ă l'homme de parler que de marcher. Or quelle est la fonction primitive du langage? C'est dâĂ©tablir une communication en vue d'une coopĂ©ration. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il dĂ©crit. Dans le premier cas, câest lâappel Ă lâaction immĂ©diate, dans le second, câest le signalement de la chose ou de quelquâune de ses propriĂ©tĂ©s, en vue de l'action future. Mais, dans un cas comme dans lâautre, la fonction est industrielle, commerciale militaire, toujours sociale. Les choses que le langage dĂ©crit ont Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©es dans le rĂ©el par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriĂ©tĂ©s qu'il dĂ©crit sont les appels de la chose Ă une activitĂ© humaine. Le mot sera donc le mĂȘme ... quand la dĂ©marche suggĂ©rĂ©e sera la mĂȘme, et notre esprit attribuera Ă des choses diverses la mĂȘme propriĂ©tĂ©, se les reprĂ©sentera de la mĂȘme maniĂšre, les groupera enfin sous la mĂȘme idĂ©e, partout oĂč la suggestion du mĂȘme parti Ă tirer, de la mĂȘme action Ă faire, suscitera le mĂȘme mot. Telles sont les origines du mot et de l'idĂ©e. Bergson, La PensĂ©e et le Mouvant Ce corrigĂ© est disponible sur un site externe Ă 20aubac. En cas de problĂšme d'accĂšs Ă la page originale, vous pouvez accĂ©der aux copies enregistrĂ©es. Consultez ce corrigĂ© Copie Copie format PDF
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Dissertationde 11 pages en culture générale & philosophie publié le 17 juillet 2006: Bergson : La pensée et le mouvant ; seconde partie de l'introduction ; p.84-86 : « Qu'est-ce en effet que l'intelligence ?. Ce document a été mis à jour le 17/07/2006
A quoi vise l'art, sinon Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. Au fur et Ă mesure qu'ils nous parlent, des nuances d'Ă©motion et de pensĂ©e nous apparaissent qui pouvaient ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l'image photographique qui n'a pas encore Ă©tĂ© plongĂ©e dans le bain oĂč elle se rĂ©vĂ©lera. Le poĂšte est ce rĂ©vĂ©lateur. [...] Remarquons que l'artiste a toujours passĂ© pour un idĂ©aliste ». On entend par lĂ qu'il est moins prĂ©occupĂ© que nous du cĂŽtĂ© positif et matĂ©riel de la vie. C'est, au sens propre du mot, un distrait ». Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă y voir plus de choses? On ne le comprendrait pas, si la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes n'Ă©tait une vision que notre attachement Ă la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă rĂ©trĂ©cir et Ă vider. De fait, il serait aisĂ© de montrer que, plus nous sommes prĂ©occupĂ©s de vivre, moins nous sommes enclins Ă contempler, et que les nĂ©cessitĂ©s de l'action tendent Ă limiter le champ de la vision. Henri Bergson. La pensĂ©e et le mouvant, 1938. PUF, Quadrige1990. Ă 151. ThĂšme L'art. La perception. Question Quelle est la finalitĂ© de l'art ? Vise-t-il seulement Ă exprimer un Ă©tat Ă©motionnel, une psychologie individuelle avec sa particularitĂ© et son arbitraire comme semble le croire la vulgate dĂ©posĂ©e dans les copies d'Ă©lĂšves ? Avec cette question, Bergson nous invite Ă interroger l'essence de l'art et Ă affronter la question au niveau qui est celui du grand art. Exit la miĂšvrerie psychologisante ; la grande affaire des artistes n'est pas le divan du psychanalyste et son horizon Ă©gotiste, c'est le rĂ©el tel qu'il s'offre Ă une libertĂ© qui s'en empare et en interroge l'ĂȘtre. A quoi vise donc l'activitĂ© artistique ? ThĂšse Ă nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience » rĂ©pond Bergson. L'art fait voir ce qu'ordinairement on ne sait pas voir. Il dĂ©couvre Ă nos regards ce qui s'y trouve depuis toujours mais demeure cachĂ© sans le dĂ©voilement qu'en opĂšre l'artiste. Au fond l'art atteste qu' une extension des facultĂ©s de percevoir est possible » Ibid, Ce qui conduit Bergson Ă affronter une nouvelle question. Question Comment rendre compte de cette possibilitĂ© ? Qu'est-ce qui permet ce pouvoir rĂ©vĂ©lateur de l'art ? ThĂšse La rĂ©ponse bergsonienne tient du paradoxe. Si la peinture, la littĂ©rature ont un pouvoir de rĂ©vĂ©lation, c'est que l'artiste est moins attachĂ© Ă la rĂ©alitĂ© » que le commun des hommes. Tout se passe comme si sa distraction », son dĂ©tachement Ă©tait le vecteur d'une perception plus Ă©clairante dans laquelle chacun retrouve sa propre expĂ©rience mais une expĂ©rience ayant besoin de l'artiste pour prendre conscience d'elle-mĂȘme. Que faut-il entendre par lĂ ? Explication dĂ©taillĂ©e I L'art est rĂ©vĂ©lation de ce qui est. L'art donne Ă voir apprend-on. Il montre, il fait surgir dans un matĂ©riau sensible un contenu insĂ©parable de la forme glorieuse dans laquelle il s'exhibe. La question est de savoir ce qu'il en est de ce contenu. Est-ce une rĂ©alitĂ© créée de toute piĂšce par l'artiste de telle sorte que l'art ouvrirait sur des fantaisies ou des mythologies personnelles ? Le propos bergsonien dissuade d'emblĂ©e d'envisager ainsi la crĂ©ation artistique en soulignant que l'art renvoie Ă l'expĂ©rience humaine universelle. Il met en jeu les donnĂ©es universelles de l'expĂ©rience des hommes. D'une part ce qui est et qui est constituĂ© aussi bien du monde extĂ©rieur, dĂ©signĂ© dans le texte par le mot de nature, que du monde intĂ©rieur, celui que le texte dĂ©signe comme monde de l'esprit. D'autre part les sens et la conscience. C'est, en effet, par l'intuition sensible ou par l'intuition que la conscience a de ses Ă©tats et des ses actes que nous avons accĂšs aux donnĂ©es naturelles ou spirituelles. La montagne qui se dĂ©coupe lĂ -bas, le petit coin de ciel bleu ou de mur jaune qui surgit dans le champ de vision sont ce qui existe pour nous par la mĂ©diation des sens et de la conscience. C'est pareil pour la vie de l'Ăąme avec ses modulations affectives, ses rĂȘves, ses joies et ses souffrances. Elle requiert un acte de la conscience pour ĂȘtre perçue. Or les sens et la conscience sont-ils par principe attentifs Ă l'infinie richesse du rĂ©el ? Il semble que non et ce qui l'atteste, selon Bergson, c'est l'expĂ©rience mĂȘme de l'art. Il y a, en effet, depuis des siĂšcles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement ». Ibid, La rĂ©flexion sur l'art engage donc une rĂ©flexion sur la perception car si la finalitĂ© de l'art est de porter Ă l'expression ce qui existe et que nous ne savons pas voir, cela signifie que la facultĂ© perceptive n'accomplit pas parfaitement sa fonction. PB Qu'est-ce que la perception et pourquoi est-elle en dĂ©faut par rapport au rĂ©el auquel elle renvoie ? La perception est la fonction de notre rapport au rĂ©el. C'est par elle que nous nous reprĂ©sentons des objets dans l'espace, que nous formons une image de ce qui existe, et ce n'est pas une mince affaire de savoir comment s'Ă©labore cette reprĂ©sentation. Suppose-t-elle une passive rĂ©ception de ce qui est donnĂ© aux sens et Ă la conscience ? A l'Ă©vidence non puisque le monde perçu varie d'un sujet Ă un autre et qu'avec Bergson on peut faire de la perception la pierre de touche de la distinction de l'artiste et du commun des hommes. Il semble donc qu'elle soit tributaire d'une maniĂšre de se projeter vers les choses, de les configurer de telle sorte que le sujet percevant intervient activement dans la construction de l'objet perçu. OpĂ©ration complexe donc que la perception, l'enjeu de ce texte Ă©tant d'Ă©tablir que la fonction de notre ouverture au rĂ©el, peut ĂȘtre moins ce qui nous le rĂ©vĂšle que ce qui fait Ă©cran et tisse un voile empĂȘchant d'accĂ©der Ă la rĂ©alitĂ© des choses. Le donnĂ© avec sa richesse et son originalitĂ© n'apparaĂźt pas nĂ©cessairement aux sens et Ă la conscience dans la clartĂ© de son offrande. Il ne frappe pas explicitement nos sens et notre conscience » dit Bergson. Entendons, il est possible que nous n'y soyons pas sensibles ou attentifs. Ce qui n'est pas explicitĂ© » est, en effet, ce qui n'est pas portĂ© Ă la lumiĂšre du jour, ce qui reste cachĂ©, ce qui demeure invisible au regard ou Ă la conscience. Ces effets d'occultation » sont le lot de la perception commune. Ex La coupe de fruits sur la table de la cuisine est bien perçue par la cuisiniĂšre mais il faut le grand art de CĂ©zanne pour rendre visible ce que l'on voit sans le voir vraiment la profondeur, le veloutĂ©, la mollesse, la duretĂ© mĂȘme des objets - CĂ©zanne disait mĂȘme leur odeur » Merleau-Ponty dans le doute de CĂ©zanne, Sens et non sens, Gallimard, p. 20. Ex De mĂȘme il faut l'art de Turner pour dĂ©voiler le paysage comme atmosphĂšre et on ne voit plus la lagune de Venise aprĂšs lui comme on la voyait avant. Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-lĂ , ont aperçu dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. - Dira-t-on qu'ils n'ont pas vu, mais créé, qu'ils nous ont livrĂ© des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu'elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement Ă regarder la nature Ă travers l'image que les grands peintres nous en ont tracĂ©e ? C'est vrai dans une certaine mesure; mais, s'il en Ă©tait uniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines oeuvres - celles des maĂźtres qu'elles sont vraies ? oĂč serait la diffĂ©rence entre le grand art et la pure fantaisie ? Approfondissons ce que nous Ă©prouvons devant un Turner ou un Corot nous trouverons que, si nous les acceptons et les admirons, c'est que nous avions dĂ©jĂ perçu quelque chose de ce qu'ils nous montrent. Mais nous avions perçu sans apercevoir. C'Ă©tait, pour nous, une vision brillante et Ă©vanouissante, perdue dans la foule de ces visions Ă©galement brillantes, Ă©galement Ă©vanouissantes, qui se recouvrent dans notre expĂ©rience usuelle comme des dissolving views» et qui constituent, par leur interfĂ©rence rĂ©ciproque, la vision pĂąle et dĂ©colorĂ©e que nous avons habituellement des choses. Le peintre l'a isolĂ©e; il l'a si bien fixĂ©e sur la toile que, dĂ©sormais, nous ne pourrons nous empĂȘcher d'apercevoir dans la rĂ©alitĂ© ce qu'il y a vu lui-mĂȘme. » La pensĂ©e et le mouvant, Si la peinture Ă©largit la facultĂ© perceptive, la littĂ©rature enrichit la conscience de la vie intĂ©rieure. Les romanciers comme les musiciens font entendre ou figurent dans des personnages la petite musique de l'Ăąme. Stendhal peint par exemple les Ă©motions, les dĂ©sirs, les espĂ©rances, les dĂ©ceptions de Julien Sorel, de Madame de RĂȘnal ou de Mathilde de la Mole, dans Le Rouge et le Noir. Comment pourrions-nous vivre de la vie de ces hĂ©ros s'ils ne nous parlaient pas de nous-mĂȘmes ? Le poĂšte et le romancier qui expriment un Ă©tat d'Ăąme ne le crĂ©ent certes pas de toutes piĂšces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n'observions pas en nous, jusqu'Ă un certain point, ce qu'ils nous disent d'autrui. » affirme Bergson. De fait qu'est-ce qui fait du personnage d'Emma Bovary une grande crĂ©ation littĂ©raire ? Il est vrai que Flaubert disait Madame Bovary c'est moi », mais si la tendance Ă fuir dans une vie fantasmatique la mĂ©diocritĂ© de son quotidien social et sentimental, si le dĂ©sir d'ĂȘtre autre chose que ce que l'on est n'avaient pas un Ă©cho en chacun de nous, Flaubert ne serait pas l'auteur d'une grande Ćuvre d'art. Le bovarysme n'aurait-il pas son siĂšge dans quelques uns des sous-moi qui composent notre complexe nature psychologique ? » demande judicieusement Georges Palante dans son essai sur le bovarysme 1903. C'est parce que le romancier a su Ă©lever son expĂ©rience Ă l'universel qu'il nous Ă©meut. Son gĂ©nie est de peindre un Ă©tat de notre Ăąme, si passager, si furtif pour certains qu'ils n'en soupçonnent mĂȘme pas l'existence. Lui, en rĂ©vĂšle les multiples nuances, les couleurs changeantes et en suivant Emma dans son exaltation ou son dĂ©sespoir, dans ses rĂȘves ou dans son ressentiment, Flaubert nous permet de dĂ©couvrir une part de nous-mĂȘmes qui nous Ă©tait inconnue ou du moins si peu sensible que nous ne la remarquions mĂȘme pas. Il eĂ»t fallu pour cela ĂȘtre attentif Ă la durĂ©e et Ă son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, thĂšme cher Ă notre philosophe. Tout ce qui existe dĂ©ploie son ĂȘtre dans le temps et celui-ci se caractĂ©rise par l'absence d'homogĂ©nĂ©itĂ©. Le temps vĂ©cu n'est pas le temps des horloges, temps mathĂ©matique oĂč une heure est identique Ă une heure ; c'est la durĂ©e oĂč chaque instant est unique, diffĂ©rent d'un autre au point qu'ĂȘtre fidĂšle au rĂ©el impliquerait une disponibilitĂ© permanente Ă l'imprĂ©visible nouveautĂ© des choses extĂ©rieures et intĂ©rieures. Il y a une minute du monde qui passe, il faut la peindre dans sa rĂ©alitĂ© » disait CĂ©zanne. Comme le peintre, le poĂšte essaie de capter la vie mouvante de l'Ăąme, ses couleurs changeantes, ses ombres et ses clartĂ©s. Il s'agit de dĂ©voiler sous la pauvretĂ© de ce qui apparaĂźt Ă une perception rĂ©trĂ©cie une rĂ©alitĂ© concrĂšte que seule une attention pĂ©nĂ©trante peut mettre Ă jour. L'artiste est l'homme de cette attention. En lui la nature ou l'Ăąme se sent, se pense et s'exprime. C'est dire que l'artiste ne fait pas exister arbitrairement ce qu'il dĂ©peint. Ni il ne le crĂ©e absolument, ni il ne se contente de l'imiter. Il n'invente pas ; il dĂ©couvre au regard une rĂ©alitĂ© prĂ©existante. Il n'imite pas car l'opĂ©ration de dĂ©voiler est toujours transposition d'une rĂ©alitĂ© dans un Ă©lĂ©ment le poĂšme, le roman, la peinture, la musique d'une autre nature et dont les contraintes exigent de ruser avec le rĂ©el pour en restituer la vĂ©ritĂ©. L'esthĂ©tique de la mimesis n'a jamais Ă©tĂ© une invitation Ă reproduire le rĂ©el, le propos aristotĂ©licien disant que l'art imite la nature ou l'achĂšve» signifiant que l'artiste doit ĂȘtre un aussi bon artiste que la nature pour porter Ă l'expression ce qu'il cherche Ă en montrer. Or pour rivaliser avec la nature, il faut savoir lui ĂȘtre infidĂšle. Le corps humain n'a jamais eu les proportions de la statuaire grecque mais ce sont ces proportions qui en montrent la force et l'harmonie. L'homme qui marche n'a jamais eu les deux pieds rivĂ©s au sol, comme dans l'Ćuvre de Rodin, mais sans cette ruse, le mouvement serait suspendu. L'art est un mensonge qui dit la vĂ©ritĂ© ; tous les artistes le proclament Ă leur façon. La servile reproduction ne dĂ©voile rien. Quel intĂ©rĂȘt aurait une activitĂ© se contentant de reproduire ce qui se donne Ă la perception immĂ©diate ? La vocation de l'art consiste Ă dĂ©chirer les apparences qui dissimulent sous leur abstraction le concret pour faire apparaĂźtre ce qui n'apparaĂźt pas Ă la perception banale. Bergson recourt Ă une image pour illustrer la fonction rĂ©vĂ©latrice de l'art. Ce qui se passe dans l'art est comparable Ă ce qui se passe pour l'image photographique. Le bain dans lequel on plonge la pellicule pour faire apparaĂźtre l'image ne crĂ©e pas cette derniĂšre, il ne fait que la rĂ©vĂ©ler mais sans la solution nĂ©cessaire Ă la fixation de l'image, celle-ci demeurerait invisible. Ainsi en est-il de l'art. L'artiste n'invente pas la rĂ©alitĂ© qu'il donne Ă voir mais sans lui elle demeurerait invisible. La question est donc maintenant de comprendre pourquoi il a ce pouvoir. II La raison d'ĂȘtre de ce pouvoir. Et ce n'est pas un moindre paradoxe de dĂ©couvrir que si l'artiste est le rĂ©vĂ©lateur du rĂ©el, c'est parce qu'Ă la diffĂ©rence des autres hommes, il y est moins attachĂ© ». Il est, dit-on, un distrait », un idĂ©aliste ». Quelle que soit la dĂ©nomination, on signifie que l'artiste n'est pas inscrit dans le rĂ©el comme les hommes le sont ordinairement. Fait Ă©tonnant. Bergson s'y attarde en mettant en Ă©vidence le paradoxe Pourquoi, Ă©tant plus dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©, arrive-t-il Ă y voir plus de choses ? ». On a plutĂŽt tendance Ă penser qu'il faut ĂȘtre solidement arrimĂ© au rĂ©el pour le voir. Or l'artiste incarne le contraire de ce qui se revendique comme modalitĂ© d'ĂȘtre rĂ©aliste ». Le rĂ©aliste se croit au plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© parce que les besoins et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels des hommes sont ce qui structure son rapport au rĂ©el. Il a les pieds sur terre », lui ; il a le souci de l'utilitĂ© et de l'efficacitĂ© ! Il est Ă©tranger Ă ce qu'il qualifie d'idĂ©alisme » Ă savoir cette façon d'exister comme une sensibilitĂ© et une spiritualitĂ© libre, laissant subsister le rĂ©el dans son Ă©trange prĂ©sence pour en faire un objet de contemplation. La rĂ©alitĂ© est pour lui le corrĂ©lat de sa maniĂšre intĂ©ressĂ©e de se projeter vers elle. Aux antipodes de son affairement, de son pragmatisme, l'artiste lui semble dans la lune ». Sa maniĂšre d'ĂȘtre au monde est si dĂ©tachĂ©e de ses prĂ©occupations utilitaires qu'il lui semble en retrait, sur une autre planĂšte », et c'est ce que connote l'idĂ©e de distraction. Le distrait est aveugle Ă ce qui Ă©blouit les yeux des autres. Il ne voit pas ce qu'ils voient. Il a une maniĂšre d'ĂȘtre prĂ©sent au monde donnant le sentiment de l'absence. Les liens tissant les rapports des autres au rĂ©el sont chez lui comme suspendus. Bergson insiste sur son dĂ©tachement ». Le dĂ©tachement est la vertu que l'on reconnaĂźt habituellement au philosophe parce que le travail de la pensĂ©e exige le recul, la distance, la mise hors jeu des dĂ©sirs, des passions et des intĂ©rĂȘts matĂ©riels dont l'effet est de dĂ©tourner l'esprit de sa fin propre, Ă savoir de la recherche de la vĂ©ritĂ©. C'est aussi celle de l'artiste, selon Bergson, mais chez lui le dĂ©tachement n'est pas le rĂ©sultat d'une ascĂšse. Il n'est pas volontaire, conquis, il est un Ă©tat naturel ». Tout se passe comme si la nature avait donnĂ© Ă certains hommes le don de sentir ou de penser autrement que le commun des hommes. Pour prendre la mesure de leur singularitĂ©, il convient de dĂ©crire la maniĂšre usuelle d'ĂȘtre au monde. Elle se caractĂ©rise par le privilĂšge de l'action sur la contemplation et par le rĂ©trĂ©cissement du champ de vision. Pourquoi ? Parce que vivre c'est agir. Il y a lĂ une urgence de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Nous avons des besoins Ă satisfaire, des intĂ©rĂȘts vitaux et nous sommes tout naturellement enclins Ă ne saisir du rĂ©el que ce qui est en rapport avec ces besoins et ces intĂ©rĂȘts matĂ©riels. L'arbre en fleurs est pour le paysan la promesse d'une bonne rĂ©colte, il n'en perçoit que ce qu'il lui est utile d'en percevoir. Sa perception est intĂ©ressĂ©e, ses prĂ©occupations le dĂ©tournant de regarder l'arbre Ă la maniĂšre du peintre Bonnard. Ce dernier ne le voit pas pour ce qu'il pourra en tirer, il le voit pour lui-mĂȘme. Les formes, les couleurs, les volumes de l'amandier en fleurs s'imposent Ă lui dans l'Ă©nigme de leur visibilitĂ©. Dans son texte d'hommage Ă Berthe Morisot, ValĂ©ry insiste sur cette caractĂ©ristique du peintre d'ĂȘtre affranchi d'un rapport pragmatique au rĂ©el. A la diffĂ©rence du paysan, du militaire et du gĂ©ologue qui ne voient du paysage que ce qui fait sens pour leurs intĂ©rĂȘts, celui-ci est chose vue, simplement vue pour l'artiste peintre. Aux nĂ©cessitĂ©s de l'action structurant la perception des uns, s'oppose l'attitude contemplative de l'autre. Si l'on rajoute que pour les besoins de l'action, il a fallu dĂ©signer les choses par des mots, des mots qui finissent par se substituer Ă elles de telle sorte qu'on ne les voit plus dans leur originalitĂ© et leur unicitĂ© mais on se contente des Ă©tiquettes que le langage a collĂ©es sur elles, on comprend que la vision que nous avons ordinairement des objets extĂ©rieurs et de nous-mĂȘmes soit une vision que notre attachement Ă la rĂ©alitĂ©, notre besoin de vivre et d'agir, nous a amenĂ©s Ă vider et Ă rĂ©trĂ©cir ». A l'opposĂ©, le dĂ©sintĂ©rĂȘt des artistes pour l'action et les intĂ©rĂȘts matĂ©riels les rend disponibles pour une perception plus profonde de la rĂ©alitĂ©. Ils sont sensibles en gĂ©nĂ©ral par un seul sens et attentifs au concret, Ă son caractĂšre unique, original, mouvant. Leur perception est ouverte au don infiniment renouvelĂ© de la rĂ©alitĂ© pure. Elle en a la densitĂ© et, grĂące Ă eux, la perception commune rĂ©trĂ©cie et vidĂ©e » s'Ă©largit et s'enrichit. Il est donc bien vrai que l'art donne Ă voir. Il n'imite pas le visible, il rend visible » disait Klee. Il ouvre sur un monde qui, en un certain sens, est bien le monde de tel ou tel artiste car le sensible est toujours au point de convergence du sentant et du senti et le sentant est irrĂ©ductiblement un ĂȘtre singulier. C'est CĂ©zanne ou Flaubert. Mais si ce monde Ă©tait purement subjectif, l'oeuvre serait privĂ©e de toute puissance d'Ă©motion esthĂ©tique. Car, ainsi que l'Ă©crit Mikel Dufrenne Le critĂšre de la vĂ©racitĂ© esthĂ©tique, c'est l'authenticitĂ© Ă travers l'auteur de l'oeuvre, s'il est inspirĂ©, il semble que ce soit le monde comme Nature naturante qui nous fasse signe, et nous donne Ă dĂ©chiffrer un de ses visages. Chaque monde singulier est un possible du monde rĂ©el. [..] Le monde, c'est l'inĂ©puisable il dĂ©borde toujours ce que vivent, comme leur principal souci et leur principale tĂąche, les hommes d'une Ă©poque » EsthĂ©tique et philosophie, Klincksieck, p. 26. NĂ©anmoins peut-on affirmer que le monde ouvert par l'artiste procĂšde d'un accĂšs direct Ă la rĂ©alitĂ©? Bergson le soutient dans de nombreux textes La nature a oubliĂ© d'attacher leur facultĂ© de percevoir Ă leur facultĂ© d'agir. Quand ils regardent une chose, ils la voient pour elle, et non plus pour eux. Ils ne perçoivent plus simplement en vue d'agir ; ils perçoivent pour percevoir, - pour rien, pour le plaisir. Par un certain cĂŽtĂ© d'eux-mĂȘmes, soit par leur conscience soit par un de leurs sens, ils naissent dĂ©tachĂ©s ; et selon que ce dĂ©tachement est celui de tel ou tel sens, ou de la conscience, ils sont peintres ou sculpteurs, musiciens ou poĂštes. C'est donc bien une vision plus directe de la rĂ©alitĂ© que nous trouvons dans les diffĂ©rents arts ; et c'est parce que l'artiste songe moins Ă utiliser sa perception qu'il perçoit un plus grand nombre de choses » Ibid, p. 152, 153. Dans Le rire, il Ă©crit aussi Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des Ăąmes plus dĂ©tachĂ©es de la vie. Je ne parle pas de ce dĂ©tachement voulu, raisonnĂ©, systĂ©matique, qui est oeuvre de rĂ©flexion et de philosophie. Je parle d'un dĂ©tachement naturel, innĂ© Ă la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une maniĂšre virginale, en quelque sorte, de voir, d'entendre ou de penser. Si ce dĂ©tachement Ă©tait complet, si l'Ăąme n'adhĂ©rait plus Ă l'action par aucune de ses perceptions, elle serait l'Ăąme d'un artiste comme le monde n'en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts Ă la fois, ou plutĂŽt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur puretĂ© originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matĂ©riel que les plus subtils mouvements de la vie intĂ©rieure. » PUF, p. 120. 1900. Si l'on peut suivre Bergson dans l'idĂ©e qu'une perception dĂ©livrĂ©e des limites du besoin, des prĂ©occupations utilitaires et des conventions linguistiques est sans doute plus disponible Ă la richesse du donnĂ© que celle qui en est prisonniĂšre, en revanche il est difficile de le suivre lorsqu'il parle d'une maniĂšre virginale » de percevoir permettant de saisir les choses dans leur puretĂ© originelle ». Car cette idĂ©e d'une virginitĂ© possible des sens et de la conscience n'est-elle pas une illusion ? Les sens et la conscience ne sont-ils pas irrĂ©ductiblement des mĂ©diations dans le rapport au rĂ©el et ces mĂ©diations peuvent-elles jamais ĂȘtre virginales ? Ce serait oublier qu'elles ont Ă©tĂ© Ă©duquĂ©es dans un contexte culturel, qu'elles portent la marque d'une subjectivitĂ© mĂȘme si elle est Ă©levĂ©e Ă l'universel, et surtout qu'elles ne sont pas des instruments passifs dans la reprĂ©sentation. Le donnĂ© est toujours l'objet d'une transposition et toute transposition implique une part de construction. Peut-on sĂ©rieusement prĂ©tendre que l'artiste Ă©chapperait aux lois gĂ©nĂ©rales de la perception ? Telle Ă©tait l'aspiration des grands artistes modernes. Les Monet, Gauguin, CĂ©zanne, Malevitch, Klee Ă©taient obsĂ©dĂ©s par le souci de retrouver un rapport au rĂ©el vierge de toutes les influences d'une civilisation dont ils voulaient secouer le joug. Ils ont produit de grandes Ćuvres. Peut-on dire pour autant qu'ils nous ont donnĂ© accĂšs Ă la puretĂ© originelle des choses ? Conclusion Il y a dans ce texte une conception originale de l'art. Bergson soutient que l'art est une voie d'accĂšs plus directe Ă la rĂ©alitĂ© que la perception commune car les sens et la conscience de l'artiste sont en consonance avec le rĂ©el. Ce statut d'exception tient au fait que la nature a fait naĂźtre des Ăąmes qui, de maniĂšre innĂ©e, sont dĂ©tachĂ©es de la vie, ce dĂ©tachement naturel Ă©tant la garantie d'une maniĂšre virginale de percevoir. ThĂšse intĂ©ressante mais problĂ©matique. La question est en derniĂšre analyse de savoir s'il suffit d'ĂȘtre dĂ©livrĂ© des intĂ©rĂȘts pragmatiques pour mieux voir et faire disparaĂźtre les mĂ©diations. Est-il lĂ©gitime de prĂ©tendre qu'il y a pour l'homme une intuition possible de l'immĂ©diat ? C'est en tout cas ce qu'affirme Bergson. Par l'Ă©largissement de la facultĂ© perceptive et de la conscience qu'il implique, l'art a l'insigne privilĂšge de dĂ©truire les mĂ©diations occultantes pour donner accĂšs Ă la rĂ©alitĂ© pure.
ï»żexplicationde texte bergson l'Ă©nergie spirituelle la conscience. Tristan Et Iseut Chapitre 4 Analyse, Assassin's Creed Odyssey Valeurs Familiales HĂ©rodote, Pliage Oiseau Papier Facile, Laurier Du Caucase Allergie, Le Petit Corps Culbutant De Travers, Aphasie Mots FlĂ©chĂ©s, ClĂ© D'identification Des Insectes, Robot Tondeuse Husqvarna, Boucle D'oreille Double Trou Or, Voici le texte intĂ©gral de la lettre de Spinoza Ă propos de la libertĂ©, adressĂ©e Ă G. H. texte complet de la lettre est suivi par un commentaire de texte, qui constitue une correction possible si le sujet vous est posĂ© lors dâune Ă©preuve de corrigĂ©s vous permettront de mieux comprendre le texte et expliquent ce quâil faut lire derriĂšre les lignes. NĂ©anmoins, la lecture de la lettre originale est importante avant de lire la correction â commentaire de intĂ©gral de la lettre de Spinoza sur la libertĂ©Jâappelle libre, quant Ă moi, une chose qui est et agit par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature ; contrainte, celle qui est dĂ©terminĂ©e par une autre Ă exister et Ă agir dâune certaine façon par exemple, existe librement bien que nĂ©cessairement parce quâil existe par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature. De mĂȘme aussi Dieu se connaĂźt lui-mĂȘme librement parce quâil existe par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature. De mĂȘme aussi Dieu se connaĂźt lui-mĂȘme et connaĂźt toutes choses librement, parce quâil suit de la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la libertĂ© dans un libre dĂ©cret mais dans une libre descendons aux choses créées qui sont toutes dĂ©terminĂ©es par des causes extĂ©rieures Ă exister et Ă agir dâune certaine façon dĂ©terminĂ©e. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose trĂšs simple une pierre par exemple reçoit dâune cause extĂ©rieure qui la pousse, une certaine quantitĂ© de mouvements et, lâimpulsion de la cause extĂ©rieure venant Ă cesser, elle continuera Ă se mouvoir nĂ©cessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce quâelle est nĂ©cessaire, mais parce quâelle doit ĂȘtre dĂ©finie par lâimpulsion dâune cause extĂ©rieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut lâentendre de toute chose singuliĂšre, quelle que soit la complexitĂ© quâil vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent ĂȘtre ses aptitudes, parce que toute chose singuliĂšre est nĂ©cessairement dĂ©terminĂ©e par une cause extĂ©rieure Ă exister et Ă agir dâune certaine maniĂšre maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis quâelle continue de se mouvoir, pense et sache quâelle fait effort, autant quâelle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurĂ©ment, puisquâelle a conscience de son effort seulement et quâelle nâest en aucune façon indiffĂ©rente, croira quâelle est trĂšs libre et quâelle ne persĂ©vĂšre dans son mouvement que parce quâelle le est cette libertĂ© humaine que tous se vantent de possĂ©der et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appĂ©tits et ignorent les causes qui les dĂ©terminent. Un enfant croit librement appĂ©ter le lait, un jeune garçon irritĂ© vouloir se venger et, sâil est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre dĂ©cret de son Ăąme ce quâensuite, revenu Ă la sobriĂ©tĂ©, il aurait voulu taire. De mĂȘme un dĂ©lirant, un bavard, et bien dâautres de mĂȘme farine, croient agir par un libre dĂ©cret de lâĂąme et non se laisser prĂ©jugĂ© Ă©tant naturel, congĂ©nital parmi tous les hommes, ils ne sâen libĂšrent pas aisĂ©ment. Bien quâen effet lâexpĂ©rience enseigne plus que suffisamment que, sâils est une chose dont les hommes soient peu capables , câest de rĂ©gler leurs appĂ©tits et, bien quâils constatent que partagĂ©s entre deux affections contraires, souvent ils voient le meilleur et font le pire, ils croient cependant quâils sont libres, et cela parce quâil y a certaines choses nâexcitant en eux quâun appĂ©tit lĂ©ger, aisĂ©ment maitrisĂ© par le souvenir frĂ©quemment rappelĂ© de quelque autre SPINOZA, lettre Ă Schuller, Lettre LVIII, in ĆuvresCommentaire de texte Explications sur la lettre de Spinoza Ă propos de la libertĂ©[INTRODUCTION][ThĂšme]Dans sa correspondance, dont une partie prend place aprĂšs la parution de lâEthique, Spinoza a maintes fois lâoccasion dâaborder le thĂšme de la libertĂ©. Il en est ici de nouveau question.[PrĂ©sentation de lâauteur]Baruch Spinoza est un philosophe nĂ©erlandais du XVIIe siĂšcle, dont les Ă©crits lui ont valu une excommunication de la communautĂ© juive. Si ses ouvrages sont alors scandaleux, ce nâest pas tant par un quelconque refus de la religion, mais bien par sa rĂ©interprĂ©tation ou son interprĂ©tation simplement des concepts religieux mais aussi philosophiques, au nombre desquels la libertĂ© doit compter.[Enjeu] Cette lettre sâinscrit donc Ă une Ă©poque oĂč la libertĂ© entendue comme libre-arbitre veut ĂȘtre prĂ©servĂ©e, notamment pour rendre compte du pĂ©chĂ© comme acte dĂ©libĂ©rĂ© et contre la rĂ©forme protestante qui un siĂšcle plus tĂŽt en Europe Ă©galement ouvre la voie Ă la notion de prĂ©destination.[ProblĂ©matique] Ainsi, le problĂšme auquel rĂ©pond Spinoza dans sa lettre Ă G. H. Schuller est celui de comprendre comment le prĂ©jugĂ© du libre-arbitre peut ĂȘtre percĂ© et Ă©lucidĂ© par les ĂȘtres humains. Comment la libertĂ© peut ĂȘtre conçue pour ce quâelle est, Ă savoir une libre nĂ©cessitĂ© plutĂŽt quâun libre dĂ©cret, ce dernier nâĂ©tant quâune illusion ?[ThĂšse]Spinoza souligne lâimportance de se dĂ©faire des superstitions, au rang desquelles appartient le libre-arbitre, et qui rĂ©side dans le fait que lâhomme pense savoir quâil vit selon sa propre dĂ©cision, alors quâil ne fait que suivre la nĂ©cessitĂ©.[Plan]Pour aboutir Ă cette thĂšse, il est possible dâidentifier trois mouvements dans le texte selon ses trois paragraphes dâabord, Spinoza rappelle les conclusions de lâEthique, en prĂ©cisant ce quâi appelle libertĂ©. Puis il fait voir les dĂ©veloppements et les consĂ©quences de ces conclusions en insistant sur le fait que toute chose est dĂ©terminĂ©e si elle est singuliĂšre. Enfin, il porte un coup Ă lâillusion de maĂźtrise des hommes en dĂ©voilant par plusieurs exemples que lâhomme nâest pas cet empire dans un empire » Ethique quâil croit ĂȘtre.[Importance]Cette dĂ©couverte, Ă savoir que la libertĂ© en tant que libre-arbitre nâest quâillusion, est fondamentale dans lâhistoire de la philosophie, puisque les auteurs Ă venir ne feront que se situer par rapport Ă Spinoza sur cette question ; dâoĂč la phrase de Hegel lâalternative est Spinoza ou pas de philosophie. ».[PREMIĂRE PARTIE]Dans la premiĂšre partie, Spinoza entend donc rappeler les conclusions de lâ commence donc par faire la distinction entre ce qui est libre et contraint. Est libre une chose qui est et agit par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature ». Pour Spinoza, la nĂ©cessitĂ© consiste en ce qui ne peut pas ne pas ĂȘtre, ce qui dans lâEthique vaut pour Dieu lui-mĂȘme et donc le monde. Si tout nâest pas libre, tout est nĂ©cessaire pour Spinoza. Le contingent nâest pas une caractĂ©ristique du monde possible. Il est donc plus important dâinsister sur les mots la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature » dans le sens oĂč rien dâextĂ©rieur nâintervient, et câest ce qui donne le caractĂšre libre. Au contraire, ce qui est contraint est dĂ©terminĂ© par une autre Ă exister ». Câest bien lâagent extĂ©rieur qui fonde la distinction, car tout est est il est possible de dire de Dieu quâil est libre. Car si lui-mĂȘme est nĂ©cessaire, câest-Ă -dire quâil nâaurait pas pu ne pas ĂȘtre ou ĂȘtre diffĂ©rent, pour autant rien ne lâa poussĂ© Ă exister ou Ă persĂ©vĂ©rer dans son ĂȘtre de maniĂšre causale et par un agent extĂ©rieur. Dieu, Ă©galement, connaĂźt toutes choses librement » de façon Ă©vidente Ă la lecture de lâEthique, puisque Dieu consiste en le monde entier, il est illimitĂ© et infini, ces attributs dĂ©rivant de sa nature par dĂ©finition. Puisquâil est toutes choses, il connaĂźt » toutes pourquoi Spinoza rectifie contre la possibilitĂ© de galvauder les termes lâidĂ©e que la libertĂ© pour lui reviendrait au libre dĂ©cret » notion synonyme de libre-arbitre » tel quâil est posĂ© par Saint Thomas dâAquin dans sa Somme thĂ©ologique, dĂ©cret » insistant sur le pouvoir dĂ©cisionnel. La libertĂ© pour Spinoza consiste donc Ă suivre sa propre nature, et rien dâautre.[DEUXIĂME PARTIE]Dans la seconde partie de ce texte, Spinoza prend lâexemple dâune chose singuliĂšre pour rendre compte quâelle est dĂ©terminĂ©e par une cause extĂ©rieure et donc bien comprendre lâexemple que prend Spinoza, il convient de voir quâi prĂ©pare en fait une comparaison avec lâĂȘtre humain. Mais Ă ce moment, Spinoza se contente de descendre » Ă une chose singuliĂšre, dont personne nâaffirme ou nâa affirmĂ© quâelle pourrait ĂȘtre libre en lâoccurrence une pierre. Ainsi une pierre jetĂ©e par quelquâun, ou entraĂźnĂ©e par quelque chose dâautre, imprimera un mouvement et sera en dĂ©placement. Personne ne soupçonnerait alors que cette pierre est libre. Si cette rĂ©flexion servira pour la troisiĂšme partie, dans la prĂ©sente Spinoza dĂ©finit ainsi une chose contrainte, et gĂ©nĂ©ralise depuis a pierre Ă toute chose singuliĂšre, câest-Ă -dire toute chose qui est unique et bien prĂ©sente, matĂ©rielle. Il est important de dire que Spinoza inclut les ĂȘtres vivants, animaux comme humains, visĂ©s en particulier par formule quelque chose la complexitĂ© quâil vous plaise de lui attribuer ». Ainsi il nâest pas de diffĂ©rence radicale entre une pierre, un animal et un ĂȘtre humain, si ce nâest par la complexitĂ©, qui sont tous des choses singuliĂšres. Or toute chose chose singuliĂšre, donc un homme u compris, existe par une cause et dâune certaine façon dĂ©terminĂ©e, tout comme la pierre a Ă©tĂ© jetĂ©e. La seule exception Ă©tant bien sĂ»r Dieu, qui nâest provoquĂ© ou engendrĂ© par aucune cause extĂ©rieure ni dĂ©terminĂ© Ă agir dâaucune sorte.[TROISIĂME PARTIE]Spinoza dans la troisiĂšme partie montre par lâexemple comment comprendre le prĂ©jugĂ© du dĂ©monstration par lâexemple passe par lâidĂ©e dâaccorder Ă la pierre, donc pour rappel personne ne soupçonne quâelle soit libre, la pensĂ©e et la conscience. Bien sĂ»r le parallĂšle avec lâhomme est voulu et important. Il sâagit pour Spinoza de faire voir que lâhomme a simplement conscience et sait quâil se meut et quâil persĂ©vĂšre dans son mouvement » sans pour autant ĂȘtre maĂźtre de ses actions, sans quâil ne soit cet empire dans un empire », illusion dĂ©noncĂ©e dĂ©jĂ dans lâEthique. Ainsi que la pierre nâest pas dotĂ©e de libertĂ© mais est contrainte, de mĂȘme lâhomme est dĂ©terminĂ©. Lâillusion tient donc seulement au fait que les hommes sont conscients de leur conatus, terme spinoziste dĂ©crivant lâeffort de persĂ©vĂ©rer dans son ĂȘtre. Mais les hommes ne se rendant pas compte de toutes les causes qui les poussent Ă agir, de mĂȘme que la pierre ne sâentraĂźne pas elle-mĂȘme, ils croient alors quâils sont libres. Il serait possible dâajouter que cette dĂ©sillusion est une humiliation pour lâhomme comme le dĂ©note lâutilisation du terme se vante », car cette illusion participait pour lâhomme de se croire tout puissant sur en ce sens Ă©numĂšre une sĂ©rie dâexemples pour renforcer son argumentation et ainsi au passage marquer le fait quâil nây a pas de radicale diffĂ©rence entre un enfant », un jeune garçon irritĂ© », un ivrogne », un dĂ©lirant » ou encore un bavard », mais surtout avec un adulte qui nâa aucune de ces conditions ou de condition similaire. Ils sont certes diffĂ©rents par la conscience et la pensĂ©e quâils ont sur eux-mĂȘmes, mais pas du tout dans le fait quâis sont entiĂšrement humain, quelle que soit sa condition ou sa proximitĂ© avec des standards normaux » nâest donc pas libre dans le sens dâun libre dĂ©cret. Circonstance attĂ©nuante de cette Ă©erreur, Spinoza explique que cette illusion est naturelle, câest-Ă -dire quâelle vient Ă lâesprit spontanĂ©ment. Mais lâEthique est bien lâouvrage qui appelle Ă se dĂ©tacher de cette opinion, et cette lettre conclut de faire comprendre ce quâest rĂ©ellement la libertĂ© pour Spinoza.[CONCLUSION][Bilan] En conclusion, il sâagit dans cette lettre Ă G. H. Schuller non seulement de rappeler le rĂ©sultat de lâEthique en matiĂšre de libertĂ©, mais surtout de pourfendre dĂ©finitivement le caractĂšre illusoire du libre-arbitre, en dĂ©voilant par lâexemple ce quâest vraiment la libertĂ© et ce quâelle nâest pas.[Ouvertures] LâĂȘtre humain, duquel il faut exclure tout libre-arbitre, se trouve ainsi remis Ă sa place dans lâimmensitĂ© du monde que Dieu est. Câest pourquoi, il faudrait dâune part rĂ©flĂ©chir sur cette humiliation, ou blessure narcissique » dâaprĂšs les termes de Freud, ce dernier ne lâayant pas inclus dans son Introduction Ă la psychanalyse comme une des blessures, alors quâil pourrait ĂȘtre remarquĂ© un rapprochement avec la critique de lâinconscient, qui pousse Ă dire que lâhomme nâest pas son propre maĂźtre. Dâautre part, il serait intĂ©ressant de voir comment pour Spinoza la destruction de lâillusion du libre-arbitre conduit Ă mieux connaĂźtre Dieu, et par consĂ©quent se rapprocher de la fĂ©licitĂ©.â Explications du Discours de la MĂ©thode â Descartes corrigĂ©bts professions immobiliĂšres 2020 ; tony gallopin et sa nouvelle compagne Mon - Sun 10:00 - 20:00. lettre de demande de rĂ©duction des frais de scolaritĂ© pdf; garp one piece fruit du dĂ©mon; liste des chaĂźnes canal+ plus; macaron vanille cyril lignac; dĂ©finition de colonie grecque. Home; About Us; Services; Cars; Blog; Contact; radis jaune corĂ©en bienfaits. explication delapensĂ©e et le mouvant explication de texte. November 16, 2021; classement national des cabinets d'expertise comptable 2020Avant-propos Le recueil est prĂ©sentĂ© comme complĂ©ment » de LâĂnergie spirituelle, ce dernier portant sur des rĂ©sultats » tandis que lâautre porte sur la mĂ©thode », et plus prĂ©cisĂ©ment sur lâorigine » de celle-ci, ainsi que sur la direction quâelle imprime Ă la recherche ». La distinction entre les deux nâa rien de nouveau, et remonte aux Grecs, notamment Ă Platon et Aristote. LâidĂ©e sâest rapidement imposĂ©e que la dĂ©couverte du vrai supposait un cheminement adĂ©quat de la pensĂ©e. Mais distinction ne signifie pas dissociation. Câest la pensĂ©e moderne, avec Descartes, qui fait de la dĂ©finition de la mĂ©thode un prĂ©alable Ă la dĂ©marche de connaissance, conception que prolonge le criticisme kantien en jugeant nĂ©cessaire Ă la connaissance une dĂ©termination prĂ©alable des limites de la connaissance, Ă partir dâune rĂ©flexion philosophique sur les mĂ©thodes des mathĂ©matiques et de la physique expĂ©rimentale, censĂ©e valoir pour la connaissance en gĂ©nĂ©ral. Il apparaĂźtra vite assez Ă©vident que Bergson sâoppose, souvent explicitement, aux diverses formes de lâidĂ©alisme moderne gĂ©omĂ©trisation de la physique chez Descartes, et rĂ©duction kantienne du temps, Ă lâinstar de lâespace, au statut de forme de la sensibilitĂ©, condition a priori des constructions conceptuelles de la mathĂ©matique. Par lĂ Bergson se rapproche sans doute des Grecs, et notamment dâAristote â car le rationalisme cartĂ©sien est une rĂ©surgence du platonisme. Pour lâaristotĂ©lisme, aucune mĂ©thode correcte de recherche scientifique ne peut ĂȘtre dĂ©finie purement a priori, indĂ©pendamment dâune certaine connaissance prĂ©alable de son objet, acquise fondamentalement Ă partir de lâexpĂ©rience sensible. La sĂ©paration de la mĂ©thode et des rĂ©sultats est une modalitĂ© pĂ©dagogique de leur prĂ©sentation la dĂ©finition de celle-lĂ suppose que certains de ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©jĂ acquis. Cela est vrai a fortiori de la mĂ©thode bergsonienne, Ă savoir lâintuition », laquelle nâest pas dĂ©finissable abstraitement et Ă part, mais nâest connaissable que dans son acte mĂȘme. Hegel Ă©crivait dĂ©jĂ quâen philosophie, la mĂ©thode ne fait quâun avec lâobjet, nâĂ©tant pas un mode dâemploi de la pensĂ©e quâil faudrait appliquer, mais au contraire lâautodĂ©veloppement, tout Ă la fois, de la pensĂ©e et de son objet qui, dans la connaissance, ne font quâun. Or Hegel lâentendait dans un sens conceptualiste et rationaliste que prĂ©cisĂ©ment Bergson rĂ©cuse, tout en cherchant dans lâintuition la vĂ©ritable pensĂ©e du devenir, en ce quâelle nâen est pas la reconstruction conceptuelle, mais au contraire lâapprĂ©hension immĂ©diate dans et par le devenir mĂȘme de la pensĂ©e. On comprend que sâil est possible de dĂ©finir la direction » de la recherche » sans prĂ©juger des rĂ©sultats de celle-ci, ce ne peut ĂȘtre quâen montrant, de façon nĂ©gative, lâincapacitĂ© dâautres mĂ©thodes, rĂ©pondant Ă des projets spĂ©cifiques, Ă donner connaissance de ce dont elles supposent lâexistence sans permettre de vraiment lâapprĂ©hender, cela mĂȘme que Bergson appelle la durĂ©e. [Voir Sur cette notion de direction », voir Les sciences, Ćuvres de lâintelligence conceptualisante, visent Ă la maĂźtrise du monde matĂ©riel. Cela ne les empĂȘche pas dâĂȘtre vraies, mais si lâon peut montrer que, ce faisant, elles renoncent Ă considĂ©rer quelque chose que pourtant elles supposent, on ouvrira par lĂ âmĂȘme une autre voie de recherche, qui retrouvera la visĂ©e thĂ©orique, câest-Ă -dire spĂ©culative et non plus pragmatique, qui Ă©tait celle de la philosophie grecque. Bergson pense simplement que la limite de cette derniĂšre est dâavoir cru quâil Ă©tait possible de remplir cette visĂ©e au moyen de concepts qui ne peuvent convenir vraiment quâau travail dâexplication scientifique. Kant a pour lui montrĂ© lâimpasse de cette forme de la spĂ©culation mĂ©ta-scientifique, mais il sây est Ă son tour enfermĂ© et, tout en voyant quâelle ne serait possible que par le recours Ă une intuition, a jugĂ© Ă tort cette derniĂšre impossible, faute de considĂ©rer lâapprĂ©hension du temps dans ce quâelle a de joints La pensĂ©e et le mouvant. Commentaire - Introduction I et II - Le possible et le rĂ©el - L'intuition philosophique extrait La pensĂ©e et le mouvant. Commentaire - Introduction I et II - Le possible et le rĂ©el - L'intuition philosophique complet Bergson, La PensĂ©e et le Mouvant La connaissance de la doctrine de lâauteur nâest pas requise. Il faut et il suffit que lâexplication rende compte, par la comprĂ©hension prĂ©cise du texte, du RĂ©sumĂ© Le but de cet article est de montrer que lâĂ©tude minutieuse du trajet de la notion de bon sens dans la pensĂ©e de Bergson, au croisement de rĂ©flexions sur le normal psychologique, les normes sociales, et lâaction morale, rĂ©vĂšle au sein de son Ćuvre un ensemble de profondes tensions entre la question de la nature de la santĂ© mentale et de celle de lâaptitude morale. Haut de page EntrĂ©es dâindex Haut de page Texte intĂ©gral 1 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, MĂ©langes, Paris, PUF, 1972, p. 370. 1La notion de bon sens, mentionnĂ©e explicitement dans la plupart des ouvrages de Bergson, depuis MatiĂšre et MĂ©moire jusquâaux Deux sources de la morale et de la religion, ne constitue pas Ă proprement parler un concept central de la pensĂ©e bergsonienne, ne serait-ce quâen vertu du peu dâimportance qui lui est, quantitativement, accordĂ©. Cela dit, aprĂšs lâavoir examinĂ©e pour la premiĂšre fois en dĂ©tail dans le discours de remise des prix du concours gĂ©nĂ©ral prononcĂ© le 30 juillet 1895 et intitulĂ© Le bon sens et les Ă©tudes classiques, Bergson nâaura de cesse de revenir sur la dĂ©finition de cette notion et sur la description de la rĂ©alitĂ© Ă laquelle elle renvoie. LâĂ©tude de cette notion a donnĂ© lieu Ă des interprĂ©tations trĂšs diffĂ©rentes chez les commentateurs et il semble que cela soit dĂ» Ă deux facteurs premiĂšrement, cherchant pour la plupart Ă considĂ©rer la notion de bon sens comme un bloc homogĂšne malgrĂ© certaines contradictions manifestes entre les diffĂ©rents ouvrages, ils nâont pas assez pris en compte les Ă©volutions et modifications qui ont marquĂ© le trajet de la notion de bon sens dans le corpus bergsonien depuis le discours de 1895. DeuxiĂšmement, il semble que la plupart dâentre eux ait accordĂ© une trop faible importance Ă la distinction que Bergson opĂšre dans Les deux sources de la morale et de la religion, entre un bon sens ordinaire et un bon sens quâil dĂ©signe comme bon sens supĂ©rieur ». Ainsi, sans cĂ©der Ă la tentation de produire une exposition plus systĂ©matique de la doctrine et aussi lâapparence dâune clartĂ© supĂ©rieure »1, nous souhaiterions mettre en avant le fait que lâexamen attentif des variations subies par la notion de bon sens permet de mettre en lumiĂšre le trajet de la pensĂ©e de Bergson elle-mĂȘme en ce qui concerne la question de lâaction juste et plus largement, du champ de lâactivitĂ© morale. 2 Ibid., p. 364. 3 Ibid., p. 360. 4 H. Bergson, LâĂ©nergie spirituelle, op. cit., p. 893 Cela, câest veiller, câest vivre la vie psy ... 2En effet on peut remarquer, dĂšs le discours de 1895, lâentrecroisement de deux lignes dans la dĂ©finition du bon sens il est posĂ© Ă la fois comme une santĂ© mentale, comme le bon fonctionnement de lâesprit qui permet son adaptation souple, sa disponibilitĂ© Ă lâĂ©gard dâune rĂ©alitĂ© se renouvelant sans cesse, mais aussi comme un instrument, avant tout, de progrĂšs social »2, mu par ce que Bergson dĂ©signe comme lâesprit de justice ». Cette binaritĂ© est reprise dans la lettre Ă O. GĂ©rard, prĂ©ambule du discours dans lâĂ©dition des MĂ©langes le bon sens est la facultĂ© de raisonner juste, non seulement sur ses propres affaires, mais encore et surtout sur celles du pays »3, le bon sens Ă©tant caractĂ©risĂ© Ă la fois par la justesse de son adaptation et la justice de son action. Or, il apparaĂźt trĂšs vite que les ouvrages immĂ©diatement ultĂ©rieurs ne reprennent et nâapprofondissent que la premiĂšre dimension de cette dĂ©finition, faisant du bon sens une forme originale de santĂ© mentale, pensĂ©e comme effort et comme Ă©quilibre. Ă partir du Rire puis dans lâĂvolution crĂ©atrice, cette caractĂ©risation du bon sens comme vie psychologique normale »4 sâenrichit dâune rĂ©flexion sur la dimension proprement sociale de la rĂ©alitĂ© humaine le bon sens, sens social dĂ©fini comme souple disponibilitĂ© Ă lâĂ©gard de la fluiditĂ© des Ă©changes humains, intĂšgre Ă prĂ©sent un certain nombre de normes et de paramĂštres sociaux dans son fonctionnement. Câest cette dĂ©pendance du normal psychologique Ă lâĂ©gard des normes sociales que nous envisagerons dans un premier temps. 3Câest seulement dans Les deux sources de la morale et de la religion, sur la base dâune rĂ©flexion sociologique renouvelĂ©e qui distingue Ă prĂ©sent deux types de sociĂ©tĂ©s câest-Ă -dire, deux types de rapports entre individus et normes sociales et deux types de justices, que le bon sens retrouve la dimension morale comme facteur de progrĂšs social produisant des actions justes que le discours lui prĂȘtait. Mais ce retour ne se fait quâau prix de la distinction entre un bon sens supĂ©rieur et un bon sens ordinaire qui permet, certes, de rĂ©soudre les difficultĂ©s posĂ©es par le discours de 1895, en expliquant par le bon sens supĂ©rieur » la possibilitĂ© dâune action crĂ©atrice de normes, mais qui semble cependant remettre en question la dĂ©finition du normal psychologique donnĂ©e prĂ©cĂ©demment, ou qui suggĂšre tout du moins lâexistence dâun conflit latent entre la morale et le normal dans la pensĂ©e bergsonienne. Nous examinerons donc en second lieu cette distinction capitale, qui met dâautant plus en jeu le rapport de la dĂ©finition du normal » Ă la problĂ©matique morale selon laquelle lâindividu moral, le mystique, est un individu anormal en au moins deux sens, qui se trouvaient au cĆur du bon sens ordinaire dâune part, en Ă©chappant Ă lâĂ©goĂŻsme et la loi du talion qui prĂ©valent dans la sociĂ©tĂ© close, il ne sâadapte plus aux normes sociales mais les modifie ; et dâautre part, sa singularitĂ© sâexprime par des manifestations pathologiques, quâelles soient appelĂ©es dĂ©lire mystique ou perceptions anormales ». 5 Id., MatiĂšre et mĂ©moire, Ćuvres complĂštes, op. cit., p. 294 Entre ces deux extrĂȘmes [lâimpulsif ... 6 Il est, dans Le Rire, continuitĂ© mouvante de notre attention Ă la vie », Ćuvres, op. cit., p. 475 ... 7 Ibid., p. 475. 8 MatiĂšre et MĂ©moire, op. cit., p. 296â302. 9 MĂ©langes, op. cit., p. 620. 10 Le Rire, op. cit., p. 476. 11 V. JankĂ©lĂ©vitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 2008, p. 127â128. 12 H. Bergson, MĂ©langes, op. cit., p. 620 Tous ne sont pas capables de cette vie de travail, tous ... 13 Dans MatiĂšre et MĂ©moire, Bergson semble encore nâattribuer Ă lâaliĂ©nation que des causes biologique ... 4 Un bref examen du bon sens tel quâil est caractĂ©risĂ© depuis MatiĂšre et MĂ©moire jusquâĂ lâĂvolution crĂ©atrice permet de voir combien le normal, la santĂ© mentale quâil incarne, est dĂ©terminĂ© par les exigences vitales et sociales Ă partir de MatiĂšre et MĂ©moire, le bon sens apparaĂźt en effet Ă la fois comme un Ă©quilibre psychologique entre deux tendances ennemies de lâaction, la tendance corporelle Ă lâautomatisme et la tendance spirituelle au rĂȘve5, et comme effort dâattention Ă la rĂ©alitĂ©6. Il est en effet prĂ©sentĂ© comme une tension visant Ă tenir Ă Ă©gale distance les souvenirs issus des deux pĂŽles opposĂ©s du moi que sont la mĂ©moire corporelle et la mĂ©moire pure et qui cherchent Ă sâinsĂ©rer dans la perception prĂ©sente. Agissant en amont du travail discriminant de la conscience en laiss[ant] tous les souvenirs dans le rang »7, le bon sens dĂ©blaie le terrain Ă partir duquel celle-ci sĂ©lectionnera, en sâappuyant sur les formes motrices, la schĂ©matisation des souvenirs purs, les lois du rappel et la condition gĂ©nĂ©rale de ressemblance, le souvenir apte Ă sâintĂ©grer profitablement Ă la perception prĂ©sente pour lâinformer. En tant que sens pratique », il est gage de souplesse dans la prise en compte de la rĂ©alitĂ© prĂ©sente et muselle la tendance Ă agir mĂ©caniquement, sous lâimpulsion de la reconnaissance automatique quâa la mĂ©moire habitude des idĂ©es gĂ©nĂ©rales »8 dans la perception. En tant que sens du rĂ©el »9, il est liĂ© Ă la veille et est un effort de tension contre lâĂ©vasement, la diffusion des souvenirs purs qui caractĂ©rise la dĂ©rive pathologique de Don Quichotte, en qui la mĂ©moire pure a pris lâascendant et qui, au lieu dâutiliser ses souvenirs pour percevoir de maniĂšre adaptĂ©e, se sert au contraire de ce quâil perçoit pour donner un corps au souvenir prĂ©fĂ©rĂ© »10. En tant quâ oubli rĂ©glementĂ© et durable, [âŠ] art de liquider son passĂ© »11, le bon sens sâinsĂšre dans une conception du normal fondĂ©e sur lâidĂ©e que la santĂ© mentale rĂ©sulte dâun effort de tension qui sâĂ©carte donc par degrĂ©s du pathologique qui peut rĂ©sulter alors dâune forme de paresse psychologique telle quâelle a Ă©tĂ© identifiĂ©e par Pierre Janet chez les psychasthĂ©niques12, telle quâelle sâexprime surtout Ă partir de lâEnergie spirituelle13. Par cet effort de tension, lâindividu se rend capable de fournir une rĂ©ponse ajustĂ©e aux circonstances et Ă ce que requiert la situation, le bon sens est donc liĂ© aux exigences vitales qui dĂ©terminent lâadaptation de lâindividu, la survie individuelle. 14 Le Rire, op cit., p. 450. 15 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1065. 16 Guy Lafrance, La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, Ottawa, Ă©ditions de lâu ... 17 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1065. 18 Ibid., p. 1065. 19 Ibid., p. 1065. 5MĂȘme si Bergson distinguait dĂ©jĂ dans le discours de 1895 le milieu naturel, domaine dâaction des sens, du milieu social », domaine dâaction du bon sens, câest seulement Ă partir du Rire quâil entame une analyse de la dimension proprement sociale de lâexistence, et câest aussi dans cet ouvrage que le bon sens, dont lâopposĂ© est dĂ©sormais le comique [qui] exprime avant tout une certaine inadaptation particuliĂšre de la personne Ă la sociĂ©tĂ© »14, se prĂ©cise sous lâaspect dâune adaptation au rĂ©el dans sa dimension sociale. Cet aspect de la notion se retrouve, trĂšs fortement accentuĂ©, dans Les deux sources, oĂč le bon sens est non seulement dĂ©crit comme sens social » mais encore caractĂ©risĂ© comme innĂ© Ă lâhomme normal »15 cette innĂ©itĂ© qui Ă©quivaut Ă la prĂ©figuration de la sociĂ©tĂ© dans lâindividu »16, sâexplique par la nĂ©cessitĂ© pour la nature de donner Ă lâhomme des directives, au moins gĂ©nĂ©rales, pour la coordination de sa conduite Ă celle de ses semblables »17. Aussi, sâil nây a nul doute que notre structure psychologique ne tienne Ă la nĂ©cessitĂ© de conserver et de dĂ©velopper la vie individuelle et sociale »18, cela signifie que le bon sens embrasse dans sa comprĂ©hension de la situation prĂ©sente la comprĂ©hension des normes qui rĂ©gissent lâagir en sociĂ©tĂ© et, par consĂ©quent, que celles-ci sâintĂšgrent Ă ce qui fait chez Bergson la santĂ© mentale. Ainsi, le dĂ©lire dâinterprĂ©tation » qui se caractĂ©rise par une incapacitĂ© Ă comprendre le comportement dâautrui, rĂ©sulterait, selon Les deux sources, dâun dĂ©faut de bon sens qui sâexpliquerait in fine par une insuffisance psychique [âŠ] congĂ©nitale »19. Le bon sens prend donc ici les traits dâune prĂ©disposition Ă sâadapter avec fluiditĂ© aux impĂ©ratifs sociaux, câest-Ă -dire dâune souplesse adaptative prĂ©dĂ©terminĂ©e, point qui marque sans conteste une originalitĂ© de la pensĂ©e biologique et sociologique bergsonienne. 20 Le Rire, op. cit., p. 457â458. 21 Ibid., p. 451. 22 Ibid., p. 457. 6DĂ©jĂ , Ă travers les mutations subies entre lâEssai et le Rire par la notion de caractĂšre » qui devient dans le Rire ce quâil y a de tout fait dans notre personne, ce qui est en nous Ă lâĂ©tat de mĂ©canisme une fois montĂ©, capable de fonctionner automatiquement »20, apparaĂźt une tension entre lâidĂ©e, exprimĂ©e dans le discours, que le bon sens aurait partie liĂ©e avec la libertĂ© du moi telle quâelle Ă©tait Ă©voquĂ©e par lâEssai, et sa dĂ©finition comme capacitĂ© de souple adaptation sociale dans le Rire. En effet, il faut remarquer non seulement que cette adaptation Ă la mouvance de la rĂ©alitĂ© sociale aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© jugĂ©e automatique du point de vue de lâEssai en tant quâĂ©manant des couches superficielles du moi comme dans le fameux exemple du rĂ©veil, mais encore que la critique de lâautomatisme dans le Rire effectue un renversement puisquâelle nâest plus tournĂ©e contre ce quâune action peut avoir dâimpersonnel mais bien contre ce quâelle peut avoir de trop personnel au dĂ©triment dâune prise en compte des autres est comique le personnage qui suit automatiquement son chemin sans se soucier de prendre contact avec les autres »21 et qui nĂ©glige de regarder autour de soi »22. Sâil est possible de considĂ©rer, pour rĂ©soudre cette tension, que le bon sens a partie liĂ©e avec la transition du moi profond vers le moi superficiel, nĂ©cessaire Ă lâinsertion de lâesprit dans la matiĂšre en amont de lâinsertion dans une situation sociale, il nâempĂȘche quâelle apparaĂźtra Ă nouveau dans la distinction entre bon sens ordinaire et bon sens supĂ©rieur, sous la forme dâune tension entre une impulsion venue du moi profond et sâimposant Ă lâextĂ©rieur et une impulsion venue de lâextĂ©rieur sâimposant, en le solidifiant, au moi profond. 23 Bergson fait rĂ©fĂ©rence de maniĂšre explicite Ă la conception cartĂ©sienne du bon sens dans le discour ... 24 H. Bergson, Le Rire, op. cit., p. 452â453. 7Si la description du bon sens ordinaire a mis hors-jeu la problĂ©matique de la justice et de lâaction morale en charge du progrĂšs social telle quâelle Ă©tait exprimĂ©e dans le discours de 1895 et qui rappelait le lien Ă©tabli par Descartes entre bon sens et recherche dâune vĂ©ritĂ© pratique23, câest prĂ©cisĂ©ment dâune part parce que le principe selon lequel le vital engendrerait le social qui engendrerait Ă son tour le normal, que Bergson pose au fondement mĂȘme de sa dĂ©finition de la santĂ© mentale, contribue Ă substituer Ă la problĂ©matique de la justice de lâaction celle de la justesse de lâadaptation. Dâautre part, cela est incontestablement liĂ© Ă lâexamen du fonctionnement de la vie sociale auquel Bergson se livre dans Le Rire puis dans Les deux sources, et qui lui a permis dâaffirmer dĂšs le premier de ces ouvrages quâ ĂȘtre en rĂšgle avec la stricte morale » nâa rien Ă voir avec le fait de se mettre en rĂšgle avec la sociĂ©tĂ© »24 le bon sens, devenu facultĂ© dâadaptation souple au rĂ©el social et dâinsertion bien ajustĂ©e dans le tissu humain, apparaĂźt dĂ©finitivement liĂ© Ă cette seconde opĂ©ration. Reste Ă prĂ©sent Ă examiner, sur la base mĂȘme de cette dĂ©finition de la santĂ© mentale et de son lien avec la vie sociale, comment la notion de bon sens supĂ©rieur se trouve au cĆur dâun renversement de la pensĂ©e bergsonienne prenant corps dans Les deux sources et qui a pour but de rendre possible lâaction morale. 25 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 26 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1174. 27 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 366. 28 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1056. 29 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 362. 30 Ce que Guy Lafrance appelle une justice intuitive », cf. La philosophie sociale de Bergson, sourc ... 31 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 32 Ibid., p. 362. 33 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 34 Ibid. p. 1172. 35 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 36 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1017. 8Câest parce que le bon sens est au cĆur de la rĂ©flexion bergsonienne sur le rapport de lâindividu aux normes sociales et sur la justice que lâĂ©tude de cette notion permet dâaborder sous un jour nouveau lâitinĂ©raire et lâĂ©volution de la pensĂ©e bergsonienne concernant lâaction juste. Cette problĂ©matique, laissĂ©e de cĂŽtĂ© de MatiĂšre et MĂ©moire Ă lâĂvolution crĂ©atrice, rĂ©apparaĂźt dans Les deux sources et la plupart de ce qui Ă©tait posĂ© Ă titre de postulat dans le discours de 1895 y est repris, repensĂ© et intĂ©grĂ© Ă la problĂ©matique plus vaste dâune rĂ©flexion sur les rapports qui unissent morale et sociĂ©tĂ©. Le discours de 1895 apparaĂźt donc comme un programme, un ensemble dâintuitions abandonnĂ©es en lâabsence dâun appareillage conceptuel suffisant. Il est important de souligner les correspondances qui existent entre les deux Ćuvres pour mieux comprendre ce qui explique lâabandon puis la reprise de la problĂ©matique morale dans la dĂ©finition de la notion de bon sens dans lâĆuvre de Bergson. Ainsi, lâidĂ©e dâune action de bon sens orientĂ©e vers le progrĂšs de lâensemble de la sociĂ©tĂ© Ă©tait soutenue dans le discours par le pressentiment dâun lien unissant principe de la vie et capacitĂ© Ă produire des actions justes et progressistes de la part de lâindividu de bon sens. Bergson y affirmait en effet de la notion de bon sens si elle porte ainsi avec elle lâintelligence de la vie, câest sans doute quâelle en a touchĂ© le principe »25, cette idĂ©e essentielle dâun fondement de la morale dans la prise de contact avec le principe de la vie se retrouve dans Les deux sources oĂč Bergson Ă©voque au sujet des agents du progrĂšs humain lâaction de lâĂ©lan de la vie, cet Ă©lan mĂȘme, communiquĂ© intĂ©gralement Ă des privilĂ©giĂ©s qui voudraient alors lâimprimer Ă lâhumanitĂ© entiĂšre »26. Et de fait, Ă lâidĂ©e exprimĂ©e dans le discours selon laquelle il est rare que la nature produise spontanĂ©ment une Ăąme affranchie et maĂźtresse dâelle-mĂȘme, une Ăąme accordĂ©e Ă lâunisson de la vie »27, rĂ©pond lâaffirmation des Deux sources selon laquelle les mystiques et les ĂȘtres novateurs constituent en eux-mĂȘmes une espĂšce nouvelle composĂ©e dâun individu unique »28. En outre, la dĂ©finition du bon sens comme ignorance consciente dâelle-mĂȘme »29 dans le discours de 1895 trouve un Ă©cho dans la dĂ©finition du bon sens supĂ©rieur donnĂ©e dans les Deux sources comme innocence acquise », Bergson ajoutant dans les deux cas que cette ignorance doit sâaccompagner dâun effort. LĂ nâest sans doute pas pourtant le plus important en effet, la principale difficultĂ© du discours est lâaffirmation selon laquelle le bon sens produit irrĂ©mĂ©diablement les actions les plus justes possibles30 dans un contexte donnĂ©, sans quâil consiste pourtant ni dans une expĂ©rience plus vaste, ni dans des souvenirs mieux classĂ©s, ni mĂȘme, plus gĂ©nĂ©ralement, dans une logique plus rigoureuse »31, arguant quâil choisit la meilleure solution Ă une situation donnĂ©e parce quâil peut en prĂ©voir [l]es consĂ©quences, ou plutĂŽt les pressentir »32. La question de lâinfaillibilitĂ© morale de lâaction de bon sens est finalement abordĂ©e Ă nouveau par Bergson lorsquâil Ă©voque dans Les deux sources le bon sens supĂ©rieur des mystiques, en termes de discernement prophĂ©tique du possible et de lâimpossible »33 qui fournit du premier coup la dĂ©marche utile, lâacte dĂ©cisif, le mot sans rĂ©plique »34. De plus, on retrouve enfin clairement exprimĂ©e lâidĂ©e que le bon sens est, comme on pouvait le lire dans le discours, un instrument de progrĂšs social »35, puisque Bergson, qui fait du bon sens supĂ©rieur lâapanage des mystiques, gratifie ceux-ci dâune capacitĂ© essentielle Ă pousser lâhumanitĂ© en avant »36. 37 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364 Instrument, avant tout, de p ... 38 Ibid., p. 366. 39 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 40 Georges MourĂ©los, Bergson et les niveaux de rĂ©alitĂ©, Paris, PUF, 1964, p. 175â176. 9Si Bergson, aprĂšs le discours, avait Ă©cartĂ© au profit dâune rĂ©flexion sur la santĂ© mentale cette problĂ©matique de lâaction morale quâil retrouvera dans Les deux sources, câest peut ĂȘtre Ă cause de lâinsuffisance des outils conceptuels dont il disposait en matiĂšre dâanalyse des rapports entre morale et sociĂ©tĂ© en 1895, dans la mesure oĂč il nâavait pas analysĂ© les liens que la sociĂ©tĂ© entretient avec le dĂ©veloppement dâune morale. En effet, la rĂ©flexion sociologique qui sous-tend le discours de 1895 semble assez irrĂ©aliste poussĂ©e jusquâau bout, elle implique que, nâĂ©tait le pouvoir pĂ©trificateur de lâintelligence, lâensemble de la sociĂ©tĂ©, guidĂ© par le bon sens, agirait toujours non seulement de maniĂšre parfaitement adaptĂ©e Ă la situation prĂ©sente mais encore toujours en vue du plus grand bien et du plus grand progrĂšs social, Ă©tant constamment animĂ© par lâ esprit de justice »37. Cette conception optimiste qui attribue comme principe Ă la vie sociale ce mĂȘme esprit de justice », puisquâon ne peu[t] [s]e reprĂ©senter ces volontĂ©s associĂ©es sans une fin derniĂšre raisonnable »38, a cĂ©dĂ© le pas dans les Ćuvres ultĂ©rieures Ă une analyse de lâorigine vitale de la vie sociale orientĂ©e vers la survie de lâespĂšce et qui dĂ©termine, par ses normes, lâapprĂ©hension du rĂ©el il semble donc que ce soit une modification au sein mĂȘme de la rĂ©flexion bergsonienne sur la sociĂ©tĂ©, ses normes, et le rapport des individus Ă ces normes, qui a dĂ» prĂ©sider au destin de la notion de bon sens dans son Ćuvre. Si le discours de 1895 distinguait en passant une justice abstraite » dâune justice incarnĂ©e dans lâhomme juste »39 la premiĂšre Ă©tant discrĂ©ditĂ©e au profit de la seconde, pour pouvoir penser lâacte vĂ©ritablement moral, cette distinction nâĂ©tait pas assez prĂ©cise, ne sâappuyant pas sur lâarriĂšre-plan sociologique Ă©laborĂ© dans Les deux sources qui seul permet, en distinguant la sociĂ©tĂ© close de la sociĂ©tĂ© ouverte, de distinguer par lĂ mĂȘme deux vĂ©ritables types de justices une justice relative et une justice absolue. Câest cette distinction qui permet en effet de rĂ©soudre le paradoxe du bon sens comme Ă©tant Ă la fois un sens de lâadaptation au rĂ©el social mais aussi une aspiration innĂ©e au progrĂšs au sein de chaque individu, puisquâelle permet de lier la premiĂšre tendance Ă la justice relative, celle dont le fondement est Ćil pour Ćil, dent pour dent et qui sâexprime dans la dimension close de la sociĂ©tĂ© puisque la raison dâĂȘtre de la morale close est, comme lâont soulignĂ© certains, lâadaptation de lâindividu40. La seconde est dĂ©sormais liĂ©e Ă une justice absolue, qui fonde une morale de lâaspiration, elle-mĂȘme visant lâavĂšnement dâune sociĂ©tĂ© ouverte. 41 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 42 Id., Deux sources, op. cit., p. 1169. 43 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 10En outre, dans Les deux sources, Bergson expose une double conception du rapport de lâindividu aux normes sociales en ce qui concerne la sociĂ©tĂ© de type clos, les normes sociales agissent sur lâindividu dans la mesure oĂč elles poussent son moi profond Ă se solidifier en sâextĂ©riorisant, processus auquel, nous lâavons vu, le bon sens ordinaire nâest pas Ă©tranger, mais lâidĂ©e dâune sociĂ©tĂ© ouverte permet de briser le cercle dans lequel tournoie lâespĂšce humaine, prise dans la circularitĂ© close, en permettant de penser lâinfluence de lâindividu dâexception, ayant presque par miracle Ă©chappĂ© Ă lâobsession de lâutilitĂ© vitale, sur la sociĂ©tĂ©, par le biais de la crĂ©ation de valeurs morales. Ă un mouvement passif de rĂ©ception et dâintĂ©gration des normes afin de bien sâinsĂ©rer dans le rĂ©el, analysĂ© dans le Rire et lâĂvolution crĂ©atrice, peut succĂ©der un mouvement de projection hors de soi qui modifie en retour le rĂ©el, mouvement requis par les thĂšses du discours de 1895. La distinction entre une sociĂ©tĂ© close et une sociĂ©tĂ© ouverte est ce qui permet Ă Bergson de comprendre Ă nouveau le bon sens comme une poussĂ©e vers le progrĂšs moral guidĂ©e, comme le voulait le discours de 1895, par lâesprit de justice qui lui montre les injustices Ă corriger et le bien Ă faire »41. En effet, le bon sens supĂ©rieur recherche non pas lâadaptation Ă des normes prĂ©existantes en vue de favoriser la survie individuelle, mais bien une action en retour sur la sociĂ©tĂ©, lâĂ©tablissement de normes radicalement nouvelles dont le principe est dĂ©sormais le contraire de celui dâutilitĂ©, Ă savoir la justice absolue fondĂ©e sur lâamour. Le bon sens supĂ©rieur, loin de recevoir passivement une stimulation Ă lâaction Ă©manant des impĂ©ratifs vitaux et sociaux de la situation prĂ©sente, loin de fournir seulement une rĂ©ponse aux questions posĂ©es par son environnement, prĂ©cĂšde toute sollicitation extĂ©rieure et vise Ă imposer dans la rĂ©alitĂ© commune la rĂ©ponse Ă une sollicitation Ă©manant du fond de lâindividu. Il est ainsi un goĂ»t de lâaction » mis en jeu lorsque le mystique choisit de diffuser son esprit dans la matĂ©rialitĂ© et est encore, Ă ce titre, comme le bon sens ordinaire, une capacitĂ© de sâadapter et se rĂ©adapter »42 Ă la mouvance du rĂ©el. Cependant sa visĂ©e nâest plus lâajustement aux exigences vitales mais bien, comme le voulait le discours, la production de la plus grande somme de bien »43. Ce nâest quâau prix de la transformation du bon sens en un bon sens supĂ©rieur, appuyĂ© sur une justice absolue et non plus relative, et supĂ©rieur » puisquâentre temps le bon sens avait Ă©tĂ© dĂ©fini comme santĂ© mentale, que Bergson a pu en 1932 retrouver ce quâil avait seulement supposĂ© en 1895. 44 Ibid., p. 360 Aussi la tĂąche de lâĂ©ducateur consiste surtout, en pareille matiĂšre Ă conduire le ... 45 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1004 Chacun de nous [âŠ] s ... 46 Ibid., p. 1060. 11Si elle permet de valider, par-delĂ lâanalyse du bon sens comme santĂ© mentale, les conclusions du discours de 1895, la distinction entre bon sens ordinaire, conduite sociale normale, et bon sens supĂ©rieur, conduite morale modifiant les normes sociales, est aussi lâannonce dâun changement dans la pensĂ©e morale bergsonienne. En effet, Ă prĂ©sent, seul un nombre restreint de personnalitĂ©s gĂ©niales possĂšde le pouvoir de faire progresser la sociĂ©tĂ© que le discours de 1895 attribuait, Ă travers le bon sens comme santĂ© de lâesprit, Ă chaque individu, Ă quelques degrĂ©s prĂšs de dispositions44. Ainsi, lâhumanitĂ© ordinaire est rĂ©duite, en ce qui concerne la vĂ©ritable morale, Ă un rĂŽle passif dâimitation des grands modĂšles45, imitation qui devient dĂšs lors, pour elle, le fondement de lâaction morale et juste pour qui est dĂ©pourvu de gĂ©niale crĂ©ativitĂ© cette passivitĂ© est tout juste corrigĂ©e par lâidĂ©e que cette imitation peut aussi se faire communication de lâĂ©lan et ĂȘtre lâoccasion dâune Ă©closion puisquâil peut y avoir en nous un mystique qui sommeille et qui attend seulement une occasion de se rĂ©veiller »46. Si le bon sens du discours trouve sa formulation finale dans le bon sens supĂ©rieur, alors lâespoir en un homme nouveau est interdit, puisque seule une Ă©lite morale, celle des mystiques et des ĂȘtres dotĂ©s du bon sens supĂ©rieur, peut constituer une espĂšce nouvelle, chaque fois rĂ©duite Ă un individu unique. 47 Bergson fonde probablement son interprĂ©tation de la morale kantienne sur lâanalyse de la rupture dâ ... 48 Cf. Aristote, Ethique Ă Nicomaque, traduction Jean Tricot, Paris, Vrin, 1997, p. 298. 49 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 987. 50 Id., Le Rire, op. cit., p. 461. 12Le postulat de lâinfaillibilitĂ© du bon sens Ă toujours produire lâaction la plus juste, repris du discours dans Les deux sources, demande Ă ĂȘtre interrogĂ©, et la question du fondement de la justice de lâaction se pose dâautant plus Ăąprement que, dans Les deux sources, Bergson rejette fermement aussi bien la tentative kantienne de fonder la morale dans la logique ou ce quâil voit comme tel47 que les thĂ©ories de type platonicien faisant dĂ©river la justice de lâidĂ©e de Bien. En tant quâinstance poussant Ă accomplir irrĂ©mĂ©diablement lâaction la plus juste, il pourrait rappeler lâeustochia aristotĂ©licienne, ou la justesse de coup dâĆil »48 portĂ© sur la situation, qui se passe de raisonnement, cependant, le fait que Bergson refuse de faire dĂ©river le bon sens de lâhabitude ou de lâexpĂ©rience contredit ce rapprochement. Notons en tout cas que le fondement de lâexcellence de lâaction de bon sens semble reposer, suivant un schĂ©ma tout aristotĂ©licien, sur lâexcellence de lâagent qui dispose dâun bon sens supĂ©rieur, quâelle contribue Ă exprimer en retour. Dans la mesure mĂȘme oĂč lâaspiration essentiellement morale du mystique ou du hĂ©ros prĂ©cĂšde sa tendance Ă accomplir des actions morales, et que la crise mystique nâest pas lâexpression du bon sens supĂ©rieur mais ce qui prĂ©cĂšde son apparition, câest en dĂ©finitive de lâexcellence morale ou aspiration Ă la justice absolue que dĂ©rive la justice de lâaction rĂ©alisĂ©e par le bon sens supĂ©rieur. Or dans la mesure oĂč le bon sens supĂ©rieur se caractĂ©rise par un certain dĂ©tachement Ă lâĂ©gard des exigences biologiques Ă©goĂŻstement utilitaires Ă la fois vitales et sociales dans leur dimension close, dĂ©tachement liĂ© au fait que, mĂȘme si nous trouvons [la sociĂ©tĂ©] prĂ©sente en nous », sa prĂ©sence est plus ou moins marquĂ©e selon les individus »49, lâapparition de lâaspiration morale est due, comme le souligne Bergson, Ă une sorte de hasard vital comparable Ă celui qui prĂ©side, dans le Rire, Ă lâapparition des artistes50. Si la justesse de son ajustement Ă la situation prĂ©sente est encore le signe du lien quâentretient le bon sens supĂ©rieur avec les exigences vitales circulaires de la survie en sociĂ©tĂ© close, la justice de ce quâil vise Ă produire a partie liĂ©e avec le vital au sens de la constante marche de lâĂ©lan, procĂ©dant par bonds, vers la crĂ©ation dâune sociĂ©tĂ© ouverte. Câest en cela que le bon sens supĂ©rieur est rĂ©vĂ©lateur au sein de la pensĂ©e bergsonienne de ce quâon pourrait appeler la contradiction du vital », câest-Ă -dire la coexistence en son sein de lâĂ©lan et de la retombĂ©e. 51 Id., Deux sources, p. 1174. 52 Ibid., p. 1061. 53 Ibid., p. 1021. 54 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1245. 55 Le bon sens supĂ©rieur est liĂ© Ă la partie la plus intime de lui-mĂȘme que lâindividu retrouve quand ... 56 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1020. 13Cette contradiction logĂ©e au cĆur de la distinction entre les deux bons sens se retrouve dans lâexpression de contradiction rĂ©alisĂ©e », employĂ©e par Bergson pour dĂ©signer la capacitĂ© des mystiques Ă convertir en effort crĂ©ateur cette chose créée quâest une espĂšce, faire un mouvement de ce qui est par dĂ©finition un arrĂȘt »51. Si lâaspiration morale, qui brise le cercle dans lequel tournent les individus et la sociĂ©tĂ© close, est encore une expression du vital, câest que celui-ci a Ă©tĂ© redĂ©fini entre lâĂvolution crĂ©atrice et Les deux sources, passant dâun Ă©lan vers la vie sociale Ă un Ă©lan qui contient lui-mĂȘme un germe moral, puisque selon le dernier ouvrage toute morale [âŠ] est dâessence biologique »52 et que le contact avec le principe vital est devenu la seule source oĂč puiser la force dâaimer lâhumanitĂ© »53. Si lâeffort qui prĂ©side Ă ce contact est dĂ©crit par Bergson comme effort en sens inverse de la nature, câest dans la mesure oĂč la natura naturans effectue sa poussĂ©e contre lâinertie de la natura naturata ainsi, la morale de lâaspiration qui unit les individus dâun bon sens supĂ©rieur est dite rendre lâindividu Ă sa destination naturelle en le rendant crĂ©ateur, en accord avec lâunivers dans sa dimension de machine Ă faire des dieux »54. Par consĂ©quent, la distinction entre un bon sens supĂ©rieur et un bon sens ordinaire, tous les deux naturels en ces deux sens opposĂ©s, exprime la spĂ©cificitĂ© de lâespĂšce humaine en laquelle coexistent, en tant quâelle est une espĂšce sociale, Ă©lan tension vers la sociĂ©tĂ© ouverte Ă travers des personnalitĂ©s gĂ©niales et retombĂ©e tendance Ă la clĂŽture. Câest dans un rapport croisĂ© entre le moi » et la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et sociale que sâexprime lâentrecroisement de ces deux naturels ainsi, le bon sens supĂ©rieur, qui favorise lâaction en direction du progrĂšs de tous, est naturel dans la mesure oĂč il naĂźt dâun contact avec la rĂ©alitĂ© mouvante qui fait le fond des choses et les couches profondes du moi, ce quâil y a de plus personnel, tandis que le bon sens ordinaire, qui vise un but essentiellement individuel lâadaptation en vue de la survie, est le produit dâune solidification naturelle du moi par le biais de normes et de processus dâadaptation essentiellement impersonnels exerçant une force dâinertie, ou plutĂŽt entraĂźnant dans un mouvement circulaire. Si la crise mystique qui prĂ©cĂšde lâapparition du bon sens supĂ©rieur nâest pas sans rappeler lâexplosion crĂ©atrice du moi dâen bas, dans lâEssai, câest peut-ĂȘtre parce quâelle constitue la forme finale prise par lâacte libre dans la pensĂ©e bergsonienne, dans la mesure oĂč elle est pensĂ©e Ă partir de la prise en compte de la pression fondamentale que la sociĂ©tĂ© exerce sur la constitution mĂȘme de lâindividu Ă laquelle participe le bon sens ordinaire qui nâavait pas encore Ă©tĂ© analysĂ©e au moment de lâEssai55. Exprimant les deux sens de la nature en lâhomme, la distinction entre bon sens ordinaire et bon sens supĂ©rieur rĂ©pond finalement Ă la constatation de ce que la morale comprend [âŠ] deux parties distinctes, dont lâune a sa raison dâĂȘtre dans la structure originelle de la sociĂ©tĂ© humaine et dont lâautre trouve son explication dans le principe explicatif de cette structure »56. 57 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 14Cette distinction permet Ă©galement de rĂ©soudre le problĂšme du rapport du bon sens Ă la pratique artistique câest le bon sens supĂ©rieur, qui rĂ©sulte dâun contact avec le principe crĂ©ateur de la vie et produit des actes moraux prenant Ă leur tour la forme de crĂ©ations Ă la fois de normes nouvelles et dâun nouveau moi, qui est dans la vie pratique, ce que le gĂ©nie est dans les sciences et les arts »57 selon la formule du discours, et câest le bon sens ordinaire qui, Ă©tant liĂ© Ă la perception utilitaire de la rĂ©alitĂ© quâil contribue Ă morceler avec souplesse, sâoppose Ă la pratique artistique comme au rĂȘve, selon les analyses du Rire. 58 P. Janet, De lâangoisse Ă lâextase, Paris, FĂ©lix Alcan, 1926, p. 459. 59 Ibid., p. 464. 60 H. Bergson, Les deux sources, op. cit., p. 1170. 61 P. Janet, De lâangoisse Ă lâextase, op. cit., p. 461. 62 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 15La question de savoir si la supĂ©rioritĂ© morale ne peut surgir que dâun effort dirigĂ© contre le bon sens ordinaire, antĂ©rieurement dĂ©fini comme Ă©tat normal de lâesprit humain et santĂ© psychologique, et ses prĂ©occupations utilitaires, engage la viabilitĂ© de la morale bergsonienne. En effet, si la santĂ© mentale dâun individu est liĂ©e Ă sa disponibilitĂ© passive Ă lâĂ©gard de lâenvironnement social et si le fondement de lâaspiration morale qui gĂ©nĂšre le bon sens supĂ©rieur est la libĂ©ration Ă lâĂ©gard de lâutilitĂ© vitale et des normes sociales, alors apparaĂźt la possibilitĂ© dâun conflit sous-jacent dans la pensĂ©e bergsonienne entre les dĂ©finitions de lâindividu normal et de lâindividu moral. En ce qui concerne la problĂ©matique de la santĂ© mentale, le principal interlocuteur, ou adversaire, de Bergson est Pierre Janet qui a pour ambition, dans De lâangoisse Ă lâextase, de mettre Ă jour la racine pathologique du dĂ©lire mystique quâil apparente Ă un trouble psychasthĂ©nique. Ă ce titre, il note que les croyances brutales » de sa patiente Madeleine, quâil compare Ă ThĂ©rĂšse dâAvila, prĂ©sentent en maints endroits des contradictions et ne tiennent aucun compte des rĂšgles vulgaires du bon sens »58, la principale caractĂ©ristique du discours mystique Ă©tant pour lui dâĂȘtre une pensĂ©e en rĂ©gression, analogue Ă celle des petits enfants et des sauvages »59. Pour lui rĂ©pondre, Bergson tente dâabord de distinguer lâanormal de lâextraordinaire, puis finit par admettre quâen tant que passage Ă lâextraordinaire câest-Ă -dire au dynamique et Ă lâouvert, la violence mĂȘme du processus de libĂ©ration mystique peut gĂ©nĂ©rer lâapparition de symptĂŽmes anormaux au sens de morbides et dĂ©ranger les rapports habituels entre conscient et inconscient »60. Il est intĂ©ressant de constater que câest de la prĂ©sence, chez les mystiques, du bon sens supĂ©rieur sous la forme dâun goĂ»t de lâaction », câest-Ă -dire de ce par quoi le bon sens supĂ©rieur ressemble au bon sens ordinaire, que Bergson cherche Ă tirer argument pour justifier la santĂ© mentale des mystiques contre Janet. Mais, comme le note celui-ci contre lâidĂ©e que la foisonnante activitĂ© des mystiques serait le signe de leur santĂ© mentale lâĂ©tat proprement psychasthĂ©nique nâest pas constant et un malade [âŠ] peut ĂȘtre en dehors de ces crises assez actif et persĂ©vĂ©rant pour accomplir des Ćuvres intĂ©ressantes »61. Mais lâoriginalitĂ© du bon sens supĂ©rieur est dâunir, dans le prolongement de la crise mĂȘme » au sens oĂč lâentend Janet, lâajustement de lâaction au rĂ©el et la visĂ©e plus haute inspirĂ©e par lâamour. Câest pourquoi Bergson va plus loin dans sa rĂ©ponse et avance que le bon sens supĂ©rieur est une santĂ© intellectuelle solidement assise, exceptionnelle, qui se reconnaĂźt sans peine »62. Et, en effet, si lâon considĂšre que lâaspiration morale est une forme de santĂ© dans la mesure oĂč elle est contact avec lâĂ©lan vital, nature naturante supĂ©rieure Ă la circularitĂ© de la nature naturĂ©e, et, dans la mesure oĂč cette santĂ© est rĂ©servĂ©e Ă une Ă©lite, alors se comprend le fait quâil existe une santĂ© mentale en un sens non mĂ©taphorique se caractĂ©risant par lâexception et non par la moyenne cette santĂ© est normale en un sens normatif sans ĂȘtre normal en un sens statistique. Mais si le bon sens supĂ©rieur est une santĂ© intellectuelle », de quel genre dâĂ©tat mental sâagit-il ? Lâintelligence Ă laquelle Bergson fait rĂ©fĂ©rence ici ne peut pas ĂȘtre celle qui soumet le rĂ©el Ă son dĂ©coupage utilitaire, mais au contraire une intelligence qui parvient Ă retrouver, entre les lignes de ce morcellement, le rĂ©el mouvant. 63 Ibid., p. 986. 64 Ibid., p. 986. 65 Ibid., p. 1243. 16LâĂ©quilibre des facultĂ©s qui caractĂ©risait le bon sens ordinaire se transforme dans le bon sens supĂ©rieur en un Ă©quilibre dâun autre genre »63 auquel Bergson fait allusion au dĂ©but des Deux sources, sans le lier Ă la problĂ©matique du bon sens supĂ©rieur qui nâa pas encore Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e, ainsi que le suggĂšre allusivement le dĂ©but des Deux sources, prĂ©cisant toutefois au sujet de lâeffort qui permet de sâenfoncer ainsi en soi Ă la dĂ©couverte de son moi sâil est possible, il est exceptionnel »64. Il est possible dâavancer que cet Ă©quilibre dâun nouveau genre peut ĂȘtre liĂ© Ă une forme de perception rĂ©elle quoiquâanormale, justement parce quâelle nâest pas contrainte par les exigences de lâaction il doit y avoir, soit dans le corps, soit dans la conscience quâil limite, des dispositifs spĂ©ciaux dont la fonction est dâĂ©carter de la perception humaine les objets soustraits par leur nature Ă lâaction de lâhomme. Que ces mĂ©canismes se dĂ©rangent, la porte quâils maintenaient fermĂ©e sâentrouvre quelque chose passe dâun en dehors », qui est peut ĂȘtre un au-delà ». Câest de ces perceptions anormales que sâoccupe la science psychique »65. Ce qui serait ordinairement jugĂ© pathologique, Ă savoir ces perceptions anormales », reçoit finalement une justification morale, puisque ces perceptions Ă©manent de la santĂ© supĂ©rieure que constitue lâĂ©quilibre supĂ©rieur de lâesprit mystique soustrait aux exigences dâutilitĂ©. Cela signifie non seulement que le normal psychologique qui nâest que lâĂ©tat moyen de lâesprit des individus rivĂ©s Ă leur intĂ©rĂȘt nâa pas Ă recevoir un statut normatif, mais surtout que le moral est une norme qui enjoint de dĂ©passer purement et simplement lâĂ©quilibre normal de lâesprit, le rĂ©el se trouvant modifiĂ© Ă son tour parce quâĂ©tendu Ă ce que les exigences vitales rejetaient. 66 D. Lapoujade, Sur un concept mĂ©connu de Bergson lâattachement Ă la vie », in FrĂ©dĂ©ric Worms di ... 17Lâanormal est peut-ĂȘtre mĂȘme alors plus rĂ©el que le rĂ©el morcelĂ© par les exigences vitales, auquel lâĂ©tat normal de lâesprit donne accĂšs, car tout se passe comme si lâĂ©quilibre humain, comme si la normalitĂ© engendrĂ©e par cet Ă©quilibre cessait dâĂȘtre viable ; Ă un niveau plus profond, il est perçu et vĂ©cu comme un dĂ©sĂ©quilibre en tant que son modus vivendi ne cesse de rĂ©primer les forces crĂ©atrices au sein de lâindividu »66. Ăriger lâanormal en norme morale permet donc Ă Bergson de modifier en retour la dĂ©finition du normal par la mise en question de la validitĂ© de la perception normale câest-Ă -dire habituelle elle-mĂȘme, qui Ă©tait au fondement Ă la fois de la dĂ©finition de lâadaptation au rĂ©el, mais aussi du rĂ©el lui-mĂȘme. Ce renversement illustre finalement pleinement la contradiction quâon trouve au sein de lâĆuvre bergsonienne entre le vital compris comme ensemble dâexigences dâutilitĂ© pour la survie individuelle et dâautre part comme Ă©lan crĂ©ateur le second lâemporte finalement sur le premier puisque lâaspiration morale contribue Ă dĂ©faire le dĂ©coupage utilitaire du rĂ©el et donne ainsi accĂšs Ă lâĂ©lan vital lui-mĂȘme. Haut de page Notes 1 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, MĂ©langes, Paris, PUF, 1972, p. 370. 2 Ibid., p. 364. 3 Ibid., p. 360. 4 H. Bergson, LâĂ©nergie spirituelle, op. cit., p. 893 Cela, câest veiller, câest vivre la vie psychologique normale, câest lutter, câest vouloir ». 5 Id., MatiĂšre et mĂ©moire, Ćuvres complĂštes, op. cit., p. 294 Entre ces deux extrĂȘmes [lâimpulsif et le rĂȘveur] se place lâheureuse disposition dâune mĂ©moire assez docile pour suivre avec prĂ©cision les contours de la situation prĂ©sente, mais assez Ă©nergique pour rĂ©sister Ă tout autre appel. Le bon sens, ou sens pratique, nâest vraisemblablement pas autre chose ». 6 Il est, dans Le Rire, continuitĂ© mouvante de notre attention Ă la vie », Ćuvres, op. cit., p. 475. 7 Ibid., p. 475. 8 MatiĂšre et MĂ©moire, op. cit., p. 296â302. 9 MĂ©langes, op. cit., p. 620. 10 Le Rire, op. cit., p. 476. 11 V. JankĂ©lĂ©vitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 2008, p. 127â128. 12 H. Bergson, MĂ©langes, op. cit., p. 620 Tous ne sont pas capables de cette vie de travail, tous nâont pas Ă©galement le sens du rĂ©el, le bon sens ». Pierre Janet remarque chez les psychasthĂ©niques un caractĂšre fondamental, difficile Ă expliquer, [âŠ] le caractĂšre de la paresse » La force et la faiblesse psychologiques, Paris, Ă©ditions mĂ©dicales Norbert Maloine, 1932, p. 275. 13 Dans MatiĂšre et MĂ©moire, Bergson semble encore nâattribuer Ă lâaliĂ©nation que des causes biologiques, Ă savoir la perturbation des relations sensori-motrices Ă©tablies dans lâorganisme » p. 313. 14 Le Rire, op cit., p. 450. 15 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1065. 16 Guy Lafrance, La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, Ottawa, Ă©ditions de lâuniversitĂ© dâOttawa, 1974, p. 115 et suiv. 17 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1065. 18 Ibid., p. 1065. 19 Ibid., p. 1065. 20 Le Rire, op. cit., p. 457â458. 21 Ibid., p. 451. 22 Ibid., p. 457. 23 Bergson fait rĂ©fĂ©rence de maniĂšre explicite Ă la conception cartĂ©sienne du bon sens dans le discours de 1895, il est mĂȘme possible dâenvisager que câest en hommage au bon sens analysĂ© par Descartes dans le Discours de la mĂ©thode que Bergson a conservĂ© le terme bon sens » pour dĂ©signer lâĂ©quilibre psychique quâil dĂ©crit. Les rĂ©fĂ©rences Ă la problĂ©matique cartĂ©sienne du bon sens abondent dans le discours de 1895 le concept dâattention peut suggĂ©rer un arriĂšre plan cartĂ©sien, et Bergson y Ă©voque lâurgence de lâaction en des termes qui rappellent ceux de Descartes pour qui les actions de la vie ne souffrent aucun dĂ©lai ». Dans le discours de 1895, Bergson dĂ©signe le bon sens comme une ignorance consciente dâelle-mĂȘme », termes quâil rĂ©pĂ©tera Ă lâidentique dans son hommage Ă Descartes en 1937, lorsquâil fait de celui-ci lâauteur de lâidĂ©e selon laquelle la vraie connaissance a moins de rapport avec une information superficiellement encyclopĂ©dique quâavec une ignorance consciente dâelle-mĂȘme ». Dans Le bon sens et les Ă©tudes classiques, Bergson ne nie pas directement que le bon sens soit la chose du monde la mieux partagĂ©e », mais il affirme que, si le bon sens est une facultĂ© innĂ©[e] et universel[le] », celle-ci est empĂȘchĂ©e par certains obstacles, notamment les prĂ©jugĂ©s et la distraction avec laquelle lâindividu les reçoit lâuniversalitĂ© en droit du bon sens sâaccorde bien avec lâidĂ©e que le bon sens reprĂ©sente une sorte de santĂ© mentale. Mais, Ă la diffĂ©rence du bon sens cartĂ©sien, le bon sens bergsonien ne nĂ©cessite pas lâadoption dâune mĂ©thode lâadaptation Ă la rĂ©alitĂ© qui rĂ©sulte du bon sens est spontanĂ©e, lâaction qui en est issue tranche, brise le cercle, puisquâelle est puissance dâinvention de solutions. En outre, il nâest pas Ă proprement parler une facultĂ©, que lâon pourrait rabattre soit sur lâintelligence, soit sur lâintuition, mais bien plutĂŽt un Ă©tat dâĂ©quilibre entre facultĂ©s, tempĂ©rant lâaction de chacune en vue dâune bonne adaptation. 24 H. Bergson, Le Rire, op. cit., p. 452â453. 25 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 26 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1174. 27 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 366. 28 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1056. 29 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 362. 30 Ce que Guy Lafrance appelle une justice intuitive », cf. La philosophie sociale de Bergson, sources et interprĂ©tation, op. cit., p. 115 et suiv. 31 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 32 Ibid., p. 362. 33 Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 34 Ibid. p. 1172. 35 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 36 Les deux sources de la morale et de la religion, p. 1017. 37 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364 Instrument, avant tout, de progrĂšs social, il ne peut tirer sa force que du principe mĂȘme de la vie sociale, lâesprit de justice ». 38 Ibid., p. 366. 39 Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 364. 40 Georges MourĂ©los, Bergson et les niveaux de rĂ©alitĂ©, Paris, PUF, 1964, p. 175â176. 41 H. Bergson, Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 365. 42 Id., Deux sources, op. cit., p. 1169. 43 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 44 Ibid., p. 360 Aussi la tĂąche de lâĂ©ducateur consiste surtout, en pareille matiĂšre Ă conduire les uns par un artifice, lĂ oĂč dâautres sont tout de suite placĂ©s par nature ». 45 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1004 Chacun de nous [âŠ] sâest demandĂ© ce que tel ou tel eĂ»t attendu de lui en pareille occasion ». 46 Ibid., p. 1060. 47 Bergson fonde probablement son interprĂ©tation de la morale kantienne sur lâanalyse de la rupture dâune promesse ou celle du suicide dans Les fondements de la mĂ©taphysique des mĆurs et dans le chapitre premier de lâAnalytique de la Critique de la raison pratique. Il critique Kant en affirmant que jamais [âŠ] on ne sacrifierait au seul besoin de cohĂ©rence logique son intĂ©rĂȘt, sa passion. » Les deux sources, op. cit., p. 994. 48 Cf. Aristote, Ethique Ă Nicomaque, traduction Jean Tricot, Paris, Vrin, 1997, p. 298. 49 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 987. 50 Id., Le Rire, op. cit., p. 461. 51 Id., Deux sources, p. 1174. 52 Ibid., p. 1061. 53 Ibid., p. 1021. 54 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1245. 55 Le bon sens supĂ©rieur est liĂ© Ă la partie la plus intime de lui-mĂȘme que lâindividu retrouve quand sa conscience, travaillant en profondeur, lui rĂ©vĂšle, Ă mesure quâil descend davantage, une personnalitĂ© de plus en plus originale, incommensurable avec les autres et dâailleurs inexprimable » Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 986. 56 H. Bergson, Deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1020. 57 Id., Le bon sens et les Ă©tudes classiques, op. cit., p. 361. 58 P. Janet, De lâangoisse Ă lâextase, Paris, FĂ©lix Alcan, 1926, p. 459. 59 Ibid., p. 464. 60 H. Bergson, Les deux sources, op. cit., p. 1170. 61 P. Janet, De lâangoisse Ă lâextase, op. cit., p. 461. 62 H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, op. cit., p. 1169. 63 Ibid., p. 986. 64 Ibid., p. 986. 65 Ibid., p. 1243. 66 D. Lapoujade, Sur un concept mĂ©connu de Bergson lâattachement Ă la vie », in FrĂ©dĂ©ric Worms dir., Annales bergsoniennes, tome 4, Paris, PUF, 2009, p. 689. Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Clarisse ZOULIM, La notion de bon sens dans la philosophie dâHenri Bergson », Philonsorbonne, 6 2012, 83-96. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Clarisse ZOULIM, La notion de bon sens dans la philosophie dâHenri Bergson », Philonsorbonne [En ligne], 6 2012, mis en ligne le 04 fĂ©vrier 2013, consultĂ© le 23 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page poussettetrottine cassiopĂ©e carrefour / prix raccordement Ă©lectricitĂ© / bergson, le rire explication de texte. bergson, le rire explication de texte . by: poignĂ©e salle de bain - ikea 0 bĂŹnh luáșn ThĂĄng Mưá»i Má»t 16, 2021
Avis du professeur Texte de Bergson trÚs connu sur la vérité. Sans difficulté particuliÚre pour un élÚve de S qui doit avoir un bon cours sur la connaissance et le réel. LE SUJET ET SON CORRIGE Le sujet et le corrigé portant sur le Bac S - BERGSON, La pensée et le mouvant, 1934 est en cours de publication. 2022 Copyright France-examen - Reproduction sur support électronique interdite
PAPEETE, le 19 juin 2018. es Ă©lĂšves de terminale ont travaillĂ© ce matin de 7h30 Ă 11h30 sur leur copie de philosophie, Ă©preuve qui ouvre traditionnellement leur semaine d'examen. Voici les sujets de l'Ă©preuve de philosophie donnĂ©s ce mardi matin aux Ă©lĂšves polynĂ©siens. Pour la sĂ©rie L âą "L'expĂ©rience suffit-elle Ă Ă©tablir une vĂ©ritĂ© ?" âą "La justice peut-elle se passer des lois?" âą L'explication d'un extrait de "L'Etre et le nĂ©ant" de Jean-Paul Sartre. Pour la sĂ©rie S âą "Peut-on ne pas se comprendre soi-mĂȘme?", âą "Qu'est-ce qui me dicte ce que je dois faire?" âą Explication du texte extrait La QuĂȘte inachevĂ©e de Popper Pour la sĂ©rie ES âą Le langage peut-il ne pas nous tromper? âą A-t-on le devoir d'ĂȘtre heureux ? âą Explication de l'extrait de La PensĂ©e et le mouvant de Bergson Pour la sĂ©rie technologique sĂ©rie STHRâ âą "Chercher la vĂ©ritĂ©, est-ce renoncer Ă ses croyances?" âą "La technique ne vise-t-elle que l'efficacitĂ©?" âą Explication dâun texte extrait de L'utilitarisme de Mill. Pour la sĂ©rie technologique toutes sĂ©ries sauf TMD et STHR â Session 2018 âą "Raisonne-ton mieux seul ou Ă plusieurs ?" âą "Etre libre, est-ce ne se soumettre Ă rien ?" âą L'explication d'un texte du livre Mes mĂ©moires de Mill
BERGSON La pensĂ©e et le mouvant, 1934 CorrigĂ© du sujet de l'extrait de Henri Bergon: Il est question dans ce texte de la vĂ©ritĂ©. ThĂšse de l'auteur: La vĂ©ritĂ© est dite comme l'affirmation qui concorde avec la rĂ©alitĂ©. Or cette concordance n'est pas seulement une copie de la rĂ©alitĂ©. Henri Bergson (1859- 1941) a beaucoup Ă©crit sur la vĂ©ritĂ©, et sur la durĂ©e. Il pense etre autreUnit 1 - Corpus Sujets - 1 Sujet La matiĂšre et l'esprit CorrigĂ© 25 La raison et le rĂ©el phiT_1211_11_03C Nouvelle-CalĂ©donie âą Novembre 2012 explication de texte âą SĂ©rie L > Expliquer le texte suivant Celui qui pourrait regarder Ă l'intĂ©rieur d'un cerveau en pleine activitĂ©, suivre le va-et-vient des atomes et interprĂ©ter tout ce qu'ils font, celui-lĂ saurait sans doute quelque chose de ce qui se passe dans l'esprit, mais il n'en saurait que peu de chose. Il en connaĂźtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l'Ă©tat d'Ăąme contient d'action en voie d'accomplissement, ou simplement naissante le reste lui Ă©chapperait. Il serait, vis-Ă -vis des pensĂ©es et des sentiments qui se dĂ©roulent Ă l'intĂ©rieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur la scĂšne, mais n'entend pas un mot de ce qu'ils disent. Sans doute, le va-et-vient des acteurs, leurs gestes et leurs attitudes, ont leur raison d'ĂȘtre dans la piĂšce qu'ils jouent ; et si nous connaissons le texte, nous pouvons prĂ©voir Ă peu prĂšs le geste ; mais la rĂ©ciproque n'est pas vraie, et la connaissance des gestes ne nous renseigne que fort peu sur la piĂšce, parce qu'il y a beaucoup plus dans une fine comĂ©die que les mouvements par lesquels on la scande. Ainsi, je crois que si notre science du mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral Ă©tait parfaite, et parfaite aussi notre psychologie, nous pourrions deviner ce qui se passe dans le cerveau pour un Ă©tat d'Ăąme dĂ©terminĂ© ; mais l'opĂ©ration inverse serait impossible, parce que nous aurions le choix, pour un mĂȘme Ă©tat du cerveau, entre une foule d'Ă©tats d'Ăąme diffĂ©rents, Ă©galement appropriĂ©s. Henri Bergson, L'Ănergie spirituelle, 1919. DĂ©gager la problĂ©matique du texte Nous pouvons, en neurosciences, observer les mouvements du cerveau aussi bien lorsqu'il y a une perception que lorsqu'il y a une action commandĂ©e. Pouvons-nous dire pour autant que nous sommes capables de dĂ©crire les mouvements de l'esprit ? Ce texte questionne la relation entre le cerveau et la pensĂ©e, et plus gĂ©nĂ©ralement entre le corps et l'Ăąme s'agit-il d'une mĂȘme substance ? S'agit-il de deux substances qui agissent en parallĂšle ? La pensĂ©e est-elle logĂ©e dans le cerveau comme dans un lieu ou au contraire est-ce qu'elle l'enveloppe ou le dĂ©borde ? RepĂ©rer la structure du texte et les procĂ©dĂ©s d'argumentation Pour y rĂ©pondre Bergson procĂšde en trois parties. Il commence par imaginer l'expĂ©rimentation parfaite qui permettrait d'observer tous les mouvements du cerveau elle ne permettrait pas de saisir l'ensemble des mouvements de l'Ăąme. Il explique alors, dans un deuxiĂšme moment, ce qu'on pourrait y voir Ă l'aide d'une comparaison l'observateur, qui cherche Ă comprendre l'esprit par l'observation des mouvements du cerveau, serait comme l'observateur d'une piĂšce de théùtre dont on aurait coupĂ© le son. Il conclut alors que les mouvements de l'Ăąme dĂ©bordent toujours ceux du cerveau. Ăviter les erreurs Ce texte semble, par la richesse de ses images, facile Ă comprendre. Or il engage des problĂšmes mĂ©taphysiques trĂšs complexes sur la relation entre l'Ăąme et le corps, la pensĂ©e et le cerveau. Il implique de se dĂ©gager de tout a priori purement matĂ©rialiste ou au contraire purement spiritualiste, dans la mesure oĂč Bergson pose une thĂšse tout Ă fait originale il existe un cerveau matĂ©riel mais aussi une conscience en interaction avec lui, sans pour autant que l'un se confonde avec l'autre. Introduction Si l'on peut observer des mouvements dans le cerveau d'un individu chaque fois qu'il perçoit quelque chose ou qu'il commande par exemple Ă son corps de marcher, peut-on pour autant identifier l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale et la pensĂ©e ? C'est Ă cette question de la relation entre l'Ăąme et le cerveau que Bergson tente d'apporter des rĂ©ponses, avec cet extrait de L'Ănergie spirituelle. La pensĂ©e se confond-elle avec celle du cerveau ? Si ce n'est pas le cas, est-elle une activitĂ© parallĂšle Ă celle du cerveau, en est-elle un Ă©piphĂ©nomĂšne, ou bien encore une activitĂ© radicalement diffĂ©rente ? Il ne s'agit pas pour Bergson de nier certaines corrĂ©lations entre l'esprit et la matiĂšre, ni mĂȘme de minimiser les progrĂšs de la science mais de montrer que l'activitĂ© de la pensĂ©e ne se limite pas Ă celle du cerveau. Pour cela, il commence par dĂ©crire ce que l'on peut observer d'un point de vue strictement matĂ©riel dans un cerveau aussi parfaite que puisse ĂȘtre une expĂ©rience, elle ne peut rendre compte de toute l'activitĂ© de l'esprit. Pour le comprendre, il Ă©tablit une comparaison dans une seconde partie entre le cerveau et une scĂšne de théùtre dont on ne pourrait que voir bouger les acteurs sans les entendre. Il conclut alors dans un troisiĂšme temps que l'action de l'Ăąme dĂ©passe celle du cerveau. 1. La vision du neurologue sur le cerveau informe peu sur l'activitĂ© de l'esprit A. On peut repĂ©rer certains mouvements matĂ©riels du cerveau Bergson imagine que l'on puisse observer Ă l'intĂ©rieur d'un cerveau les diffĂ©rents mouvements de la matiĂšre jusque dans leurs plus petites parties, les atomes. Cette idĂ©e semble concevable aujourd'hui avec les techniques d'imagerie mĂ©dicale qui permettent dĂ©jĂ d'apprĂ©hender certaines variations. Le cerveau est la partie du corps qui constitue le centre neurologique Ă son endroit se relient les mouvements nerveux centrifuges et centripĂštes, centre de rĂ©ception des sensations et centre de commandement des actions. Il y a donc un endroit, un lieu oĂč se localisent dans le corps la rĂ©ception d'images de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et le point moteur de l'action. En ce sens par exemple, le docteur Broca a Ă©tabli en 1861, Ă partir de l'Ă©tude d'un patient aphasique, qu'Ă un endroit particulier du cerveau, que l'on appelle depuis l'aire de Broca, se trouve le centre des commandes du langage. B. Mais ils ne se confondent pas avec ceux de l'esprit On pourrait alors imaginer que, si on peut localiser dans le cerveau ce qui provoque des reprĂ©sentations et nous engage Ă parler, si on peut localiser et observer ce qui est source et expression de la pensĂ©e, alors on pourrait, avec un outillage perfectionnĂ©, savoir ce qui se passe dans l'esprit. Or, dit Bergson, cet observateur privilĂ©giĂ© n'en saurait finalement que peu de choses. Pourquoi ? Parce qu'il convient de distinguer justement l'esprit de ses effets matĂ©riels. L'esprit ne se confond pas avec ce qui est exprimable en geste », il semblerait y avoir tout un domaine inexprimable, dont on ne peut rendre compte matĂ©riellement. Il y a bien de l'Ăąme une partie qui se rĂ©percute dans l'action naissante, le moment oĂč l'Ăąme impulse un nouveau mouvement. Mais tout le reste lui Ă©chapperait ». Tout ce qui de l'esprit n'est pas immĂ©diatement rĂ©injectĂ©, actualisĂ©, dans un mouvement matĂ©riel, demeure inconnu pour l'observateur du cerveau, aussi parfaite que soit son imagerie mĂ©dicale. [Transition] Mais quel est donc cet excĂ©dent qui ne se matĂ©rialise pas et que l'on ne peut repĂ©rer par l'expĂ©rimentation scientifique ? 2. Le cerveau est comme la scĂšne d'un théùtre dont on n'entend pas le son A. Observer les mouvements du cerveau, c'est comme regarder une piĂšce sans le son Pour y rĂ©pondre Bergson va utiliser une analogie entre le rapport du cerveau Ă l'esprit et celui des gestes vus sur une scĂšne de théùtre au sens mĂȘme de la piĂšce. En effet, celui qui veut comprendre la pensĂ©e d'un homme en regardant simplement les scanners que l'on a pu faire de son cerveau, serait comme celui qui tenterait de comprendre une piĂšce de théùtre alors mĂȘme qu'il n'y aurait pas de son. Il ne verrait que des mouvements, des gestes, mais le sens et la signification lui Ă©chapperaient dans bien des cas. De la mĂȘme maniĂšre, les images des cerveaux peuvent parfois coĂŻncider avec, par exemple, un ordre donnĂ© par l'Ăąme ou une Ă©motion ressentie lors d'une sensation, mais en aucun cas elles ne donnent accĂšs Ă l'interprĂ©tation que l'on peut en faire. On peut observer que certaines zones du cerveau rĂ©agissent lorsque l'individu regarde une Ćuvre d'art, mais finalement, on n'est pas renseignĂ© sur ce qu'il en pense, s'il la trouve belle ou laide, si elle lui rappelle des souvenirs et lesquels, ou si au contraire, cette Ćuvre lui donne des idĂ©es de projets. B. Le sens profond de la piĂšce dĂ©passe les simples gestes comme les mouvements de la conscience Ă©chappent aux simples mouvements du cerveau Bien sĂ»r, il y a une relation de cause Ă effet entre le sens de la piĂšce et le va-et-vient » des acteurs, leur comportement. C'est bien le sens de la piĂšce, son Ă©criture ou le scĂ©nario, qui guide le comportement, le jeu des acteurs, leurs gestes et dĂ©placements. Tel scĂ©nario peut impliquer telle action sur scĂšne mais a contrario, tel geste peut renvoyer Ă plusieurs causes diffĂ©rentes. Le fait qu'un personnage indique Ă un autre oĂč se trouve un objet engage trĂšs certainement qu'il tende la main dans cette direction. Il y a bien en ce sens relation de cause Ă effet, de la mĂȘme maniĂšre qu'un mouvement de l'aire Broca indique qu'un homme va se mettre Ă parler. En revanche la rĂ©ciproque n'est pas vraie » l'observation sans le son d'une main tendue ne nous renseigne pas sur l'intention du personnage. Elle peut par exemple dĂ©signer une blessure, une menace de gifle, le fait qu'elle soit vide, ou encore la possibilitĂ© d'aider l'autre⊠Le simple fait de voir un geste ne nous renseigne que fort peu sur la piĂšce », c'est-Ă -dire que les gestes ne sont pas porteurs de sens indĂ©pendamment du contexte dans lequel ils se dĂ©ploient, et ce contexte est lui-mĂȘme tributaire des dialogues entre les personnages. De la mĂȘme maniĂšre un mouvement de l'aire de Broca ne prĂ©sume en rien du contenu de ce que va dire l'individu qui parle. [Transition] Mais si les mouvements d'un cerveau ne permettent pas de dĂ©crire les mouvements de l'Ăąme, est-ce Ă dire que leurs actions sont indĂ©pendantes ? 3. Ainsi l'action de l'Ăąme dĂ©passe celle du cerveau A. Un mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral peut rendre compte d'un Ă©tat psychique Monisme ThĂšse philosophique selon laquelle tout ce qui existe â l'univers, le cosmos, le monde â est essentiellement un tout unique. Il ne s'agit pas de nier l'interaction entre le cerveau et la pensĂ©e, entre la matiĂšre et l'esprit, et en cela la philosophie de Bergson n'est pas un monisme. En effet, si nous avions d'un cĂŽtĂ© une connaissance parfaite de ce qui se passe matĂ©riellement dans un cerveau, c'est-Ă -dire une science du mĂ©canisme cĂ©rĂ©bral », et d'un autre cĂŽtĂ©, une connaissance parfaite des mouvements de l'Ăąme d'un individu, de ses pensĂ©es, c'est-Ă -dire une parfaite psychologie », alors peut-ĂȘtre que nous pourrions Ă©tablir une correspondance entre les mouvements du premier qui exprimeraient les mouvements du second. On pourrait retrouver pour un Ă©tat d'Ăąme prĂ©cis la cause matĂ©rielle dans le cerveau. Est-ce que cerveau et esprit agissent de maniĂšre parallĂšle, se faisant Ă©cho comme par une harmonie préétablie » selon l'expression de Leibniz ? B. Mais la rĂ©ciproque n'est pas vraie C'est justement la critique de toutparallĂ©lisme qu'entend faire ici Bergson. En effet, si Ă un certain mouvement de l'Ăąme correspond un certain mouvement du cerveau, la rĂ©ciproque n'est pas vraie. Un mouvement prĂ©cis du cerveau peut renvoyer Ă une infinitĂ© de mouvements diffĂ©rents de l'Ăąme, de la mĂȘme maniĂšre qu'un geste sur une scĂšne de théùtre peut avoir une multiplicitĂ© d'interprĂ©tations possibles. Ainsi l'action de l'esprit, si elle se trouve mĂȘlĂ©e Ă celle du cerveau, ne peut pas pour autant lui ĂȘtre totalement superposable. L'action de l'Ăąme dĂ©borde de loin celle de l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale. Cela laisse envisager la possibilitĂ© pour l'Ăąme de survivre au corps, autrement dit d'accĂ©der Ă l'immortalitĂ©. Pour rendre compte du rapport entre le cerveau et la pensĂ©e, Bergson a recours par ailleurs dans le mĂȘme ouvrage, Ă une image le cerveau est comme le clou qui soutient un manteau, Ă©quivalant de l'Ăąme. On ne peut nier que le cerveau ne doit pas ĂȘtre endommagĂ© pour que la pensĂ©e se fasse correctement. Des accidents tĂ©moignent des troubles psychiques engendrĂ©s par des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales. De la mĂȘme maniĂšre on ne peut nier que sans le clou, le manteau tombe, mais l'on ne peut affirmer que la forme du clou dĂ©termine toute la forme du manteau. Ainsi le cerveau constitue bien une condition pour que la conscience puisse agir, mais en aucun cas il ne constitue une condition suffisante, il n'en est pas la cause. Conclusion Ă la question de savoir quels sont les rapports de la conscience et du cerveau, Bergson rĂ©pond par une rĂ©futation du matĂ©rialisme l'esprit ne peut en ĂȘtre un simple Ă©piphĂ©nomĂšne, une simple fonction secondaire. Il ne nie pas pour autant l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale et ses interactions avec la pensĂ©e, et en cela il n'est pas purement spiritualiste. GrĂące Ă l'image de la piĂšce de théùtre, il montre alors qu'il ne s'agit pas d'un simple parallĂ©lisme entre esprit et cerveau car si, Ă un mouvement prĂ©cis de l'Ăąme peut correspondre un certain mouvement du cerveau, la rĂ©ciproque n'est pas vraie un mouvement du cerveau peut Ă©voquer une multitude de variations psychologiques. Ainsi l'Ăąme dĂ©borde toujours sur le corps et, par lĂ mĂȘme, la mĂ©taphysique est possible.
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